CHAPITRE IV
Seconde Mission en Suisse.
Raisons pour lesquelles le Saint-Père décide d'accepter en prin cipe le projet de la réunion de Berne. — Premières bases d'un accord. — Abstention du canton de Berne. — Le Saint-Siège décide de commencer les négociations. — Le Conseil fédéral choisit comme représentants MM. Oepli et Peterelli de Savognino. — Le Saint-Père m'envoie comme Délégué. — Importance et difficulté de cette mission.
Mes rapports, la lettre de Mgr. Lâchât, les renseigneraents que j'avais fournis verbalement décidèrent le Saint-Père à ordonner un nouvel examen de la délicate question du diocèse de Bâle et de celle qui lui était désormais connexe, du Tessin.
On connaissait maintenant avec certitude les vraies dispositions de Mgr. Lâchât : on possédait même des éléments plus considérables pour apprécier celles du Conseil fédéral. De plus, quelques jours après mon retour à Rome, on apprit une autre nouvelle de grande importance. L'épiscopat suisse, auquel Mgr. Lâchât avait communiqué confidentiellement lé projet tout entier, avait tenu le 10 septembre 1883 sa conférence annuelle : il ne formula contre ce projet aucune objection, aux termes du rapport que Mgr. Egger. évêque de Saint-Gall, envoyait au Saint-Siège. Ce même prélat communiquait aussi les idées de plusieurs laïques distingués ; ils trouvaient la combinaison des deux projets heureuse non seulement pour Bâle et le Tessin, mais pour la Suisse entière.
Munie de toutes ces informations, la S. Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires examina, par ordre
du Saint-Père, s'il était opportun ou non d'admettre en principe le projet présenté par les autorités tessinoises. Les raisons pour et contre furent discutées à fond et la conclusion fut affirmative, c'est à dire que le projet devait être accepté en principe, sauf à en discuter ultérieurement les modalités au fur et à mesure que les événements se dérouleraient.
La principale raison qui touchait le Saint-Siège était le désir de mettre fin à la situation anormale où se trouvaient, au point de vue religieux, le Tessin et le diocèse de Bâle. Le salut des âmes et le bien de la religion ne permettaient pas de s'arrêter aux conditions secondaires, pas plus qu'à certaines imperfections, faciles à découvrir dans ce projet. Les cardinaux et le Saint-Père se rendaient compte que repousser le projet, tout imparfait qu'il fût, équivalait à exaspérer la lutte religieuse, fermer tout accès à l'espoir d'un avenir meilleur, et rendre plus critique la ■ situation du diocèse de Bâle et du Tessin. Si des considérations spéciales à ces deux questions particulières on s'élevait jusqu'aux intérêts généraux de l'Eglise catholique en Suisse, en voyait encore s'accroître les avantages de la proposition relative au Tessin.
L'une des mesures les plus funestes à l'Eglise, prises en Suisse par le pouvoir civil, était l'interdiction d'exercer le ministère pastoral portée contre les évêques légitimement préconisés par le Saint-Siège. Si l'on adoptait le projet tessinois, le diocèse de Bâle, le plus important du pays, et le Tessin lui-même rentraient sous la juridiction régulière et pacifique de leurs pasteurs légitimes; et l'unité territoriale des antiques circonscriptions du diocèse de Bâle était affirmée et consolidée par le fait public et solennel de la soumission des cantons dissidents. De plus c'était la voie ouverte à la pacification complète du diocèse de Lausanne et
de Genève : le gouvernement de ce dernier canton avait proclamé le schisme après la nomination récente de Mgr. Mermillod, préconisé aa consistoire du 15 mars 1883 et reconnu comme évêque de Lausanne et Genève par le gouvernement fédéral et tous les cantons diocésains ; mais ce schisme officiel d'un seul canton serait devenu, si le projet tessinois aboutissait, un fait tellement exceptionnel pour toute la Suisse, qu'il n'aurait pu durer longtemps.
En outre, le conflit religieux prenait fin au moment où la présidence du Conseil fédéral était occupée par M. Ruchonnet, protestant radical, et l'un des hommes les plus influents et les plus autorisés de la Suisse. Ce devenait une démonstration éclatante que cet homme, bien qu'opposé au Saint-Siège par sa foi politique et religieuse, guidé par son bon sens et son patriotisme élevé, reconnaissait la nécessité de recourir à Rome pour assurer la paix religieuse, ce qui était un fait sans précédent depuis la rupture des rapports diplomatiques avec le Saint-Siège. Cette circonstance devenait une garantie pour la solidité de cette paix religieuse, car dans les vicissitudes politiques qui ramenaient tour à tour à la présidence radicaux et conservateurs, la conduite de M. Ruchonnet restait pour les premiers un exemple, et fournissait aux seconds une base ferme et indiscutable pour des solutions ultérieures plus équitables.
Enfin le Saint-Siège ne perdait pas de vue que la pacification religieuse en Suisse, ce foyer primitif de luttes et de persécutions, aurait une bonne influence sur les conditions générales de l'Europe, et pourrait préparer, en d'autres pays, des dispositions plus favorables chez les gouvernants, et des événements plus propices à l'Eglise.
Toutes ces considérations décidèrent les cardinaux formant la S. Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordi-
naires, dans leur réunion du 17 octobre ISSB.Jà appuyer la proposition du Tessin; et cette décision fut approuvée par le Saint-Père. En conséquence, le 20 du même mois, le cardinal Secrétaire d'Etat envoyait une note officielle au président du Conseil d'Etat du Tessin. Il relevait, dans le projet présenté au Saint-Siège, la pénible condition de demander sa démission à un prélat aussi méritant que Mgr. Lâchât; il ajoutait que le Saint-Siège était néanmoins disposé à négocier sur la base de ce projet, à la condition toutefois d'y inclure le rétablissement du chapitre cathédral de Soleure et du diocèse de Bâle, suivant les prescriptions de la bulle Inter praecipua : il demandait enfin que dans les sept cantons diocésains, on fit disparaître les obstacles qui s'opposaient au libre exercice du ministère épiscopal, conformément aux saints canons.
Copie de la lettre du cardinal Jacobini fut remise par M. Pedrazzini, au nom du Conseil d'Etat du Tessin, à M. Ruchonnet, président de la Confédération. M. Ruchonnet accueillit l'envoyé du Tessin avec une complaisance visible ; il manifesta sa joie de ce que les négociations engagées par le gouvernement tessinois, d'accord avec lui, avaient rencontré chez le Saint-Père des dispositions bienveillantes : et il promit de provoquer sans tarder une réponse des gouvernements cantonaux diocésains sur les points qui les regardaient.
En effet, vers la fin d'octobre, le Conseil fédéral adressait à ces cantons une circulaire, les invitant à donner leur avis sur une reconstitution régulière du diocèse de Bâle combinée avec l'arrangement des affaires ecclésiastiques du Tessin. A cette fin on les priait d'envoyer des délégués à une conférence qui se tiendrait à Berne durant le mois de novembre pour déterminer la ligne à suivre et charger le Conseil fédéral de poursuivre les négociations avec le Saint-Siège.
Les cinq gouvernements dissidents firent bon accueil à cette invitation ; seul celui de Berne répondit au Conseil fédéral, le 19 novembre, qu'il ne prendrait point part à la conférence, soit parce que la question du diocèse du Tessin lui était étrangère, soit parce qu'il ne voulait se mêler à au cune négociation concernant Mgr. Lâchât, qu'il considérait comme destitué, et dont n'y il avait pas lieu de s'occuper.
Ce refus rendait impossibles les conditions posées par le Saint-Siège dès le commencement des négociations ; il ne découragea pourtant pas les partisans du projet, qui gardaient l'espoir du succès final.
Le Conseil tessinois, ne recevant pas de réponse à sa note du 23 octobre, s'adressa de nouveau le 3 janvier 1884 au Conseil fédéral. Se plaignant du retard de la solution, il déclarait que si le projet convenu rencontrait des obstacles, il entendait revenir à la demande, formulée dès le début, de l'érection immédiate du Tessin en diocèse. Le Conseil tessinois donnait la même information au cardinal Jacobini par une lettre du 4 janvier.
Bientôt une nouvelle invitation plus pressante fut adressée par le gouvernement de Soleure aux autres cantons, en vue de la conférence de Berne ; cette fois tous les cantons acceptèrent, y compris celui de Berne, qui envoya comme les autres son délégué. La conférence eut lieu le 12 mars sous la présidence de M. Vigier, de Soleure, qui proposa d'admettre aux délibérations un délégué du Conseil fédéral. Cette proposition fut adoptée. M. Welti fut alors introduit ; il était cette année-là président de la Confédération. Il exposa clairement aux membres de la conférence l'état de la question, et il indiqua dans les grandes lignes la solution qu'il estimait plus opportune. Les déclarations de M. Welti furent bien accueillies, mais le délégué de Bâle dit que son
gouvernement était en train d'étudier s'il ne convenait pas au canton de Berne de se séparer du diocèse de Bâle ; par suite il n'avait d'autre mandat que de transmettre les délibérations de cette conférence. Il ajoutait pourtant que, les catholiques du Jura désirant rester sous la juridiction de Bâle, le gouvernement bernois se déclarait prêt à permettre au nouvel évêque l'exercice de ses fonctions, et même à lui payer un traitement, à la condition que l'on observât la loi bernoise de 1874 sur l'organisation du culte.
L'abstention que le canton de Berne entendait garder dans ces négociations était plutôt un bien. Son hostilité n'aurait servi qu'à susciter des embarras. On regardait même comme un avantage le fait qu'il voulait rester en dehors de l'administration diocésaine: le futur évêque aurait moins de difficultés. Par ailleurs, comme l'art. 50 de la constitution garantit le libre exercice des cultes, qui implique les fonctions épiscopales, le Conseil fédéral devrait s'interposer, si le gouvernement bernois, en dépit des déclarations de son délégué, voulait empêcher le nouvel évêque d'exercer sa juridiction dans le Jura.
Restait à savoir quelles seraient les dispositions du Saint- Siège devant l'attitude prise par le canton de Berne. M. "Welti me chargea de l'informer en voie confidentielle, si cette attitude ne serait pas un obstacle; il se réservait de faire des démarches pour ouvrir les négociations officielles, qui, à son avis, pourraient avoir lieu soit à Berne, soit à Lucerne.
Le Saint-Siège ne manqua pas d'examiner avec tout le soin possible la situation qui résultait des communications confidentielles du gouvernement suisse, et de l'attitude prise par le canton de Berne. Le projet tessinois avait été accepté en principe par le Saint-Siège, mais, comme on l'a vu, à trois conditions : 1° l'abolition des principales lois hostiles
à l'Eglise, 2° la reconstitution du chapitre de Soleure, 3** la restauration du diocèse de Bâle dans les sept cantons diocésains conformément à la bulle Inter praecipua de Léon XII.
Le langage du délégué bernois et les déclarations de M. Welti excluaient péremptoirement, au moins pour le moment, la première condition. « Malheureusement, écrivait le diplomate, il faut absolument renoncer à l'espoir de voir abroger solennellement cette loi sur l'organisation, par le peuple bernois». Quant aux deux autres conditions, on laissait espérer qu'elles seraient remplies, du moins en partie.
Le Saint-Père ordonna à la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires de se réunir de nouveau, à fin d'examiner la question sous toutes ses faces, et de prendre une décision définitive. La Congrégation estima qu'il ne fallait pas repousser les ouvertures du gouvernement fédéral, même sur les bases restreintes maintenant assignées, et tempéra les conditions exprimées l'année précédente dans la lettre du cardinal Jacobini du 20 octobre. Les cardinaux comprirent nettement que, si l'on ne pouvait obtenir pour le moment aucune réforme des lois hostiles à l'Eglise, il ne fallait point cependant renoncer aux grands avantages qu'auraient pu produire les négociations. Le meilleur moyen d'arriver plus tard à des résultats plus complets et à l'amélioration des lois hostiles, n'était-il pas d'accepter avec les autorités fédérales et cantonales le terrain de la discussion et des accords diplomatiques? Après dix ans de discorde publique, après toutes les tentatives de « nationaliser » les évoques suisses, c'est à dire d'introduire dans les populations catholiques le schisme et l'hérésie, le seul fait de négociations publiques et régulières entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique serait un progrès notable, et l'équivalant d'une victoire pour le Saint-Siège.
Puis, si les négociations étaient couronnées de succès, c'était pour le peuple suisse un grand pas vers la paix religieuse. On pouvait espérer que ce premier pas serait bientôt suivi de la réforme graduelle des lois contraires à l'Eglise, en commençant par les cantons où dominait l'élément catholique, comme le Tessin.
Quant à la législation bernoise, animée d'un esprit hérétique et schismatique, les cardinaux ne manquèrent pas d'observer que, s'il s'agissait de lui prêter un concours positif, il faudrait sans aucun doute abandonner toute idée de négociation et d'arrangement. Mais comme il s'agissait simplement de n'en pas tenir compte, on ne pouvait oublier que la tolérance de lois de ce genre, moyennant les précautions nécessaires, et en vue d'éviter des maux plus graves, a été parfois permise par le Saint-Siège, préoccupé avant tout du salut des âmes. Il était d'ailleurs notoire que les catholiques du Jura Bernois, demeurés très fermes sous le poids des vexations légales, avaient trouvé pratiquement le moyen d'éluder les lois les plus fâcheuses. Il suffira de citer la nomination des curés : les fidèles avaient toujours élu les prêtres que leur avaient préalablement désignés les évêques.
C'est pourquoi le Conseil fédéral lui-même, comprenant l'importance de cette tentative décisive, choisit pour le représenter dans les négociations deux hommes qui jouissaient de son entière confiance : M. Oepli, l'un des diplomates les plus distingués de la Suisse, alors ministre plénipotentiaire à Vienne, et M. Peterelli de Savognino, du canton des Grisons, membre du Conseil des Etats Suisses ; le premier était protestant, le second catholique.
Le Saint-Siège crut opportun de me donner la charge délicate de le représenter dans ces négociations ; j'avoue sans fausse modestie que j'en fus fort troublé, d'autant plus
Fkruata, Mémoires - Toni. 1. 8
qu'ayant toujours servi le Saint-Siège dans des positions subalternes, c'était la première fois que je me voyais chef d'une mission, obligé d'agir sous ma propre responsabilité.
Dans l'audience de congé, le Saint-Père me dit textuellement: « Je vous confie cette importante mission parce que j'ai pleine confiance dans votre sens des affaires et votre ca pacité ; comme vous le savez, de graves intérêts de la religion sont en jeu; de l'issue des négociations dépendra la paix religieuse, ou la continuation du conflit en Suisse. Le gouvernement fédéral a nommé pour son compte deux représentants; je vous envoie seul, parce que j'estime que vous suffirez à la tâche. Allez, avec la bénédiction du Seigneur; mes prières vous accompagnent avec ma paternelle bienveillance ».
Ma nomination comme délégué du Saint-Siège fut annoncée, suivant l'usage diplomatique, au gouvernement suisse, qui s'en montra pleinement satisfait. Le baron Ottenfels écrivant au cardinal Secrétaire d'Etat ajoutait confidentiellement que j'étais précisément celui que désirait M. Welti, qui avait conservé le meilleur souvenir de nos rapports de l'année précédente.
Je fis en toute hâte mes préparatifs de voyage. On parlait de choléra ; quelques cas s'étaient produits en Espagne et en France ; on pouvait craindre que le gouvernement suisse ne prît des mesures sanitaires à la frontière. Il fallait la franchir avant l'établissement des quarantaines.
Je quittai Rome au début du mois d'août 1884; la conférence devait s'ouvrir à Berne le 12 du même mois. J'emmenais avec moi comme secrétaire particulier M. Albert Zama, de Rome. Son caractère loyal, son amour du travail, sa discrétion, le rendaient tout à fait apte à cet emploi.
Laïque, il pouvait m'être plus utile qu'un prêtre dans les éventualités du voyage ; et surtout il pouvait, le cas échéant, se rendre dans telle ou telle ville de Suisse, sans attirer l'attention. C'était une des précautions à prendre pour ne pas réveiller les défiances et les préjugés des protestants, qui se tenaient sur le qui-vive, toujours soupçonneux à l'égard des personnes venant de Rome. Divers catholiques et des évêques m'avaient bien recommandé d'user de la plus grande circonspection jusque dans les moindres détails. On avait à craindre non seulement les vieilles défiances des protestants, mais aussi les rancunes plus récentes des vieux catholiques et la colère toujours grondante des radicaux sectaires. Les vieux-catholiques prévoyaient que le succès des négociations porterait un coup terrible à leur schisme ; aussi employaient-ils toutes sortes d'intrigues pour les faire échouer. Certains radicaux, ennemis haineux de l'Eglise catholique, désiraient voir durer la lutte religieuse qui faisait toute leur importance et pour ainsi dire leur raison d'être, et semaient partout la zizanie ; ils allaient répétant chaque jour dans leurs journaux que le Conseil fédéral trahissait les principes libéraux en négociant avec Rome; que Rome, experte en l'art de tromper, le jouerait et parviendrait à le surprendre ; que la Suisse était bien capable de résoudre ses questions intérieures sans aucune entente avec le Saint-Siège, pouvoir étranger et ennemi de toute civilisation et de tout progrès. C'était une pluie de sarcasmes, d'invectives et de récriminations. Heureusement, les autorités fédérales suivaient un programme bien défini et mûrement pesé, et n'étaient pas autrement émues de tout ce tapage.
De Rome je me rendis directement à Lucerne; j'y restai quatre ou cinq jours pour m'entretenir encore avec Mgr. Lachat et le comte Scherer-Boccard. Il m'était utile de con-
naître les derniers faits et de posséder les renseignements les plus précis et les plus récents.
Le 9 août j'arrivai à Berne ; je descendis à l'hôtel du Jura, qui m'avait été indiqué, dès l'année précédente, par le baron Ottenfels comme tranquille et convenable.
Berne, siège du Conseil fédéral, est une ville d'environ 45.000 habitants, dont 4.000 à peine sont catholiques. Un curé et un vicaire dirigent ces rares mais excellents fidèles, qui sont contraints d'assister aux cérémonies sacrées dans une étroite et pauvre chapelle. Les magnifiques églises, que les catholiques possédaient autrefois, leur ont été enlevées par les protestants et plus récemment par. les vieux-catholiques auxquels le gouvernement du canton de Berne a toujours prodigué ses faveurs, dans l'espoir de détacher ainsi de la communion romaine les vrais catholiques.
La ville a un aspect un peu sévère; mais elle est propre, bien construite, avec de beaux palais, un important musée, et de nombreuses fontaines. Le fleuve qui l'entoure est très limpide: deux ponts de fer le traversent, de belles et remarquables proportions. La promenade publique de la Plateforme est vraiment agréable; on y jouit d'une vue enchanteresse sur les majestueuses montagnes qui forment autour de Berne une lointaine ceinture.
Les habitants ont la physionomie sérieuse, un peu triste. La classe élevée ne manque pas de distinction ; mais une sorte d'orgueil aristocratique la tient fermée même aux membres du corps diplomatique qui ne trouvent pas à Berne les distractions agréables et les conversations si intéressantes qui font le charme des autres capitales.