CHAPITRE IV
L'Episcopat belge.
Mgr. Goossens à Malines. — Mgr. du Rousseaux à Tournai. — Mgr. Belin à Namur. — Mgr. Doutreloux à Liège. — Mgr. Faict à Bruges. — Mgr. Bracy et Mgr. Lambert à Gand.
Il y a en Belgique six diocèses : le siège métropolitain est Malines, les suffragants sont: Liège, Gand, Tournai, Bruges et Namur.
La population de la Belgique étant de six millions d'habitants, chaque diocèse compte donc un assez grand nombre de fidèles.
L'archevêque de Malines, aux temps de ma nonciature, était Mgr. Pierre Lambert Goossens, né à Perk, archidiocèse de Malines, le 18 juillet 1827.
Dès sa jeunesse, Mgr. Goossens avait pris une certaine part à l'administration de l'archidiocèse de Malines en qualité de secrétaire du cardinal D. Sterk, d'abord, puis du cardinal Dechamps, sous la direction desquels il avait appris le maniement des affaires ecclésiastiques. Quand il fut appelé à diriger ce vaste diocèse, il se trouva donc sur un terrain parfaitement connu. A une bonne culture littéraire et scientifique, il joignait d'excellentes qualités administratives; mais, par dessus tout, il possédait à un haut degré cette bonté et cette douceur d'âme, qui se révélant dans ses manières extérieures, lui gagnait insensiblement ceux qui l'approchaient et captivait les cœurs. Il témoignait également cette bonté
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aux ennemis de la religion, s'abstenant de les ofiPenser personnellement et même de les combattre sans nécessité.
Il évitait avec soin tout ce qui était de nature à créer des embarras au gouvernement conservateur, comprenant combien sa présence au pouvoir était précieuse pour les intérêts de l'Eglise. Très dévoué au Saint-Siège, non seulement il s'attachait à en exécuter très filialement les ordres, mais il cherchait encore à prévenir ses désirs. Mes rapports avec lui furent toujours des plus intimes et des plus cordiaux, et se continuèrent après ma nonciature en Belgique. Mgr. Goossens, même quand il ne passait à Paris que quelques heures, ne manqua jamais de venir m'y faire visite. Il arrive parfois que des évêques regardent les représentants du Saint-Siège avec une certaine défiance, craignant peutêtre que l'autorité de ceux-ci ne tourne au détriment de leurs propres attributions. L'archevêque de Malines n'eut jamais de ces idées étroites et mesquines; il comprenait trop bien que les nonces sont le trait d'union le plus naturel avec le Saint-Siège, les artisans les plus accrédités de l'harmonie et de l'unité d'action qui doit régner entre les prélats, le rempart solide et utile sans lequel l'épiscopat se trouverait plus affaibli et plus exposé aux attaques des ennemis de l'Eglise. Il comprenait parfaitement que lorsqu'il s'agit de traiter des affaires religieuses avec un gouvernement, qu'il soit composé d'amis ou d'ennemis, l'organe le mieux adapté et le plus accrédité, c'est le nonce qui, par profession et par habitude, connaît plus particulièrement la manière de traiter ces affaires avec les hommes qui se trouvent au pouvoir. Et en effet, par son caractère diplomatique et les rapports continuels et même familiers qu'il entretient avec eux, il est mieux en mesure de tenir, quand les circonstances le demandent, un langage plus explicite et plus énergique sans les indis-
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poser ni blesser leur' susceptibilité. C'est pourquoi Mgr. Goossens. dans toutes les affaires importantes, ne craignait pas de me consulter et le plus souvent venait me trouver personnellement.
Les évêques de Tournai et de Namur étaient unis à l'archevêque de Malines par des liens de sincère amitié ; ils lui ressemblaient beaucoup par leur bonté et leur délicatesse de cœur, mais ne possédaient pas au même degré la distinction des manières et la finesse de tact.
Mgr. Isidore Joseph du Rousseaux, évêque de Tournai était né le 19 janvier 1826 à Hall, diocèse de Malines. Elu évêque titulaire d'Euménie le 27 février 1880, il fut transféré au siège de Tournai le 13 décembre de la même année. De la position tranquille de supérieur du petit séminaire de Malines, il se trouva tout d'un coup transporté, comme évêque de Tournai, dans la situation la plus difficile et la plus délicate. Mgr. Dumont son prédécesseur, révoqué et destitué par un décret du Saint-Siège à cause de ses procédés regrettables, avait jusqu'alors refusé de se soumettre complètement à la décision pontificale, qu'il jugeait illégale et injuste. Une certaine partie du clergé et de la population, induite en erreur, comme cela arrive facilement en pareilles circonstances, le considérait comme un martyr, et regardait plus ou moins comme un intrus le nouvel évêque. C'est dans ces conditions que Mgr. du Rousseaux, obéissant aux ordres du Saint-Siège, prit la direction du diocèse ; il faut dire à son honneur qu'à force de zèle et de prudence, sans manquer toutefois de fermeté, il sut pacifier les esprits, dissiper les malentendus, calmer les ressentiments et ramener le clergé et la population à la soumission et à l'obéissance dues au véritable et légitime pasteur.