‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 22 sur 47 · CH. IV. - L'ÉPISCOPAT BELGE · texte numérisé non relu

CH. IV. - L'ÉPISCOPAT BELGE

Un autre fait des plus regrettables fut une pénible épreuve pour l'excellent prélat. L'un de ses prêtres, nommé Bernard, économe du séminaire, à qui, dans un moment de grandes difficultés, il avait confié toutes les ressources de la mense et des œuvres pies du diocèse, s'enfuit à l'étranger avec tous ces fonds, cinq millions environ.

L'évêque fut traduit devant les tribunaux, comme principal responsable, et se vit contraint d'implorer l'aide et le secours de personnes charitables pour faire face aux nombreux et importants besoins de son diocèse, ainsi dépouillé de toutes ses ressources. Mais, au milieu de ces difficultés et tribulations, le prélat ne perdit jamais la confiance en Dieu et la soumission à son adorable volonté. L'épreuve fut longue et douloureuse, mais le Seigneur lui donna enfin la consolation de voir l'union entièrement rétablie dans son diocèse; il put en outre, après différentes péripéties et diverses sentences du tribunal, recouvrer la plus grande partie des sommes qui lui avaient été soustraites.

Mgr. Edouard Joseph Belin, né à Obigios, diocèse de Tournai, fut élu évêque de Namur le 27 mars 1884. B avait passé toute sa vie dans le ministère pastoral, et y avait acquis l'amour et l'estime des fidèles par l'exact accomplissement de ses devoirs, mais surtout par une bonté exquise et vraiment paternelle, qui captivait tous les cœurs. Elevé à la dignité épiscopale, il ne se départit jamais de la simplicité dans laquelle il avait vécu dans le passé. Aucune âpreté dans le caractère, aucune rudesse dans le maintien, d'une sobriété exemplaire, tel fut Mgr. Belin; et son zèle pastoral le fit grandement apprécier par le clergé et le peuple de son diocèse. Les ennemis eux-mêmes rendaient hommage à ses vertus. J'avais connu à Rome ces deux éminents prélats

qui prirent part, comme je le dis plus haut, à ma consécration épiscopale en qualité d'évêques assistants. J'entretins avec eux, durant ma nonciature, les rapports les plus amicaux.

Les sièges de Liège et de Bruges étaient occupés, l'un par Mgr. Doutreloux, l'autre par Mgr. Faict. Ces deux prélats, par une certaine affinité de caractère et de manière de penser, étaient étroitement unis, se soutenant réciproquement et se consultant dans les cas douteux. Il était facile d'apercevoir, dans les réunions annuelles que les évêques belges avaient l'habitude de tenir à Malines, et dans bien d'autres circonstances, une certaine divergence d'idées entre ces deux prélats et les trois autres évêques de Malines, de Tournai et de Namur. Tant qu'il s'agissait des principes, l'accord, évidemment, était complet; mais quand la solution des ques tions controversées dépendait, non plus des principes euxmêmes, mais de leur application, on constatait sans peine entre les deux groupes de prélats une divergence parfois considérable. Celle-ci tenait à deux raisons principales. Les deux évêques de Liège et de Bruges étaient déjà à la tête de leurs diocèses à l'époque des célèbres luttes scolaires, si vivement menées, comme nous l'avons dit plus haut, par l'un et l'autre parti. Devenus, avec les autres membres de l'épiscopat, le point de mire de violentes attaques et obligés de se défendre, ils s'étaient formés au combat, ou tout au moins à l'action énergique. Le souvenir de ces' jours orageux pesait encore sur leur esprit et les rendait plus défiants et plus enclins aux solutions nettes et rigoureuses. L'autre raison était la diversité de leurs tempéraments et des milieux dans lesquels il avaient vécu.

Mgr. Faict, évêque de Bruges, était de manières courtoises, mais peu expansif ; il se faisait remarquer par son bon

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