‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 29 sur 47 · CH. VII. - LE DÉCRET RELATU' À LA LOI DU DIVORCE · texte numérisé non relu

CH. VII. - LE DÉCRET RELATU' À LA LOI DU DIVORCE

sant le divorce ; mais alors le ministère se serait certainement heurté à des obstacles insurmontables, car il s'agissait d'une loi ancienne sanctionnée par le code civil et indirectement par la constitution même du royaume.

Les ministres ne voyaient donc aucune issue possible ; le prince de Chimay, ministre des affaires étrangères, me fit part de ces appréhensions du cabinet et me pria d'en référer au Saint-Siège pour avoir des instructions précises sur la portée et l'extension du décret cité. Je rédigeai donc un rapport long et détaillé pour mettre le cardinal Secrétaire d'Etat au courant des graves inquiétudes que suscitait le décret. Le rapport fut mis sous les yeux du Saint-Père, et celui-ci ordonna une réunion extraordinaire de cardinaux pour l'examiner et prendre les dispositions opportunes. En même temps, vu l'urgence et la gravité de la situation, le gouvernement chargea M. Victor Jacobs de se rendre à Rome pour expliquer de vive voix au cardinal Secrétaire d'Etat, et au besoin au Pape, toutes les conséquences qui se produiraient si le décret devait être appliqué en Belgique. Quand M. Jacobs arriva à Rome, la décision du Saint-Siège avait déjà été donnée: la Congrégation du Saint-Office, interprète authentique du décret, avait déclaré que celui-ci ne concernait pas la Belgique, où la situation par rapport au divorce demeurait telle qu'elle était auparavant.

Voici la lettre par laquelle, le 14 septembre 1886, je fis part de cette décision au prince de Cliima}" :

« Prince,

» Votre Excellence a bien voulu m'entretenir il y a quelques jours d'un décret de la sacrée Congrégation du Saint- Office en date du 27 mai de cette année, qui répond à cer-

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taines questions posées par des évêques français au sujet de la loi du divorce récemment rétabli en France.

» Vous m'avez fait observer, Prince, que ce décret reproduit par les journaux de la Belgique, avait soulevé des discussions dans la presse et fait naître certaines appréhensions, qu'il serait utile de voir calmées par une déclaration de l'autorité compétente.

» Je me suis empressé de porter à la connaissance du Saint-Siège les observations de V. E., en priant vivement, de mon côté, S. E. le cardinal Secrétaire d'Etat de vouloir bien obtenir du Saint-Père une déclaration qui fût de nature à éclairer les esprits sur la question dont il s'agit.

» A la suite de ma demande. Son Eminence vient de me faire savoir, d'après les ordres de Sa Sainteté, que la Congrégation du Saint-Office a déclaré que le décret du 27 mai ne concerne pas la Belgique et que par conséquent rien n'est modifié dans ce pays en ce qui touche la matière du divorce.

» C'est avec plaisir que je fais à Votre Excellence cette communication et je la prie en même temps d'agréer les nouvelles assurances de ma très haute considération » .

En même temps les évêques belges furent prévenus par une circulaire de cette décision du Saint-Office, afin de pouvoir rassurer à leur tour les juges, les avocats et les bourgmestres catholiques du royaume. Le parti libéral n'avait pas eu connaissance de cette déclaration ; aussi s'empressa-t-il, à la réouverture des chambres, d'interpeller à ce sujet le ministre des affaires étrangères. Celui-ci se contenta de répondre en quelques mots qu'il n'avait pas à se préoccuper d'un décret qui ne concernait point la Belgique et donna lecture de la lettre que je lui avais envoyée. L'incident fut clos à la vive satisfaction des catholiques.

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