CH. VII. - LE DÉCRET RELATIF À LA LOI DU DIVORCE
Il n'en fut pas de même des libéraux qui témoignèrent naturellement un vif mécontentement de se voir enlever ainsi une belle occasion d'attaquer et d'embarrasser le ministère. Ils ne manquèrent pas dans leurs journaux de recourir à leurs sophismes accoutumés pour prouver que le Saint-Siège proclamait sur la même matière une doctrine diâerente en France et en Belgique, la variant selon l'intérêt du pays. Ils ne purent cependant point insister beaucoup, car certains d'entre eux avaient relevé précédemment les différences réelles entre la situation de la France et celle de la Belgique. Il ne sera pas sans utilité de reproduire un article de V Etoile Belge, publié avant la décision du Saint-Siège ; cet article paraît assez inexplicable, vu surtout l'intérêt qu'avaient les libéraux à pousser les catholiques à se démettre de leurs fonctions. Voici les paroles de L'Etoile :
« Le Courrier de Bruxelles ne s'aperçoit pas que l'approbation par le Pape du décret de la « sainte et universelle Inquisition » est donnée en vue du rétablissement du divorce en France, et que le Pape, en le signant, n'a pas pu songer à la situation de la Belgique dont l'Eglise ne s'est jamais préoccupée jusqu'ici.
» Ni Grégoire XVI, ni Pie IX dont le pontificat a été si long, ni Léon XIII depuis son avènement, ne se sont aperçus que les droits de l'Eglise fussent violés en Belgique à cause de l'obligation imposée aux magistrats par le code civil de prononcer et de constater le divorce. C'est aujourd'hui seulement que Léon XIII s'aperçoit que lui et ses deux prédécesseurs ont négligé leurs devoirs pendant 70 ans dans les Pays Bas et en Belgique . . . parce que la République française vient de refaire ce que la restauration avait défait en 1816 sous Louis XVIII ?
» La conclusion de ces observations, c'est que de deux choses l'une : ou tous les Papes ont failli à leur devoir depuis 70 ans à raison de la situation qu'ils ont laissé subsister
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dans les Pays Bas et la Belgique, ou Léon XIII, qui devait <;onnaître cette situation puisqu'il a passé plusieurs années en Belgique en qualité de nonce, n'a eu en vue que la France, en donnant son approbation au décret de la sainte et universelle Inquisition » .
La déclaration du Saint-Office fut basée probablement sur d'autres motifs que ceux-là, mais de toute manière les libéraux de Belgique s'étaient mis dans l'impossibilité de la critiquer après ces observations de L'Etoile.
Pour en finir avec cette question, je dois ajouter qu'un certain nombre d'évêques français s'adressèrent également au Saint-Siège pour lui faire connaître le très grand danger où se trouvait le parti conservateur de perdre les meilleurs de ses juges et de ses maires et de les voir remplacer par des personnes hostiles à la religion et à l'Eglise. Nous croyons que les paroles de la première question, qui supposent un juge : qui licet matrimonium aliquod validum sit coram Ecclesia, ah illo matrimonio vero et constante omnino ahstrahit et applicans legem civilem pronunciat locum es.se divortio, fournirent la base d'un certain adoucissement. Il est clair en effet que lorsque les juges s'efforcent avant tout de réconcilier les parties et tiennent dans leur jugement le plus grand compte possible des lois naturelles et divines, la réponse de la Congrégation ne doit plus être la même, puisque les conditions sont elles-mêmes cliangées. On m'a dit que la Congrégation en fit l'observation aux évêques français, et que ceux-ci ont interprété le décret en ce sens dans les cas particuliers où on les a consultés. En tout cas l'on peut constater que même en France, malgré le décret, les maires et les juges catholiques s'abstinrent de donner leur démission.