CHAPITRE XI
Les universités.
Les universités de Belgique: Louvain, Bruxelles, Gand, Liège. — Ma visite à l'université de Louvain. — Appréciations de la presse sur ma nonciatui'e.
L'université de Louvain est la principale force du parti conservateur en Belgique ; comme d'un phare lumineux, la science se répand de là à travers le pays tout entier.
De cette université sortent chaque année plusieurs centaines de jeunes gens capables d'occuper des positions importantes dans la société et de répandre la bienfaisante influence des excellents principes intellectuels et moraux qu'ils y ont puisés. C'est ajuste titre qu'on l'a appelée: Aima mater.
L'université de Louvain est l'œuvre de la sage prévoyance des évêques, ainsi que de la générosité des catholiques, qui dépensent chaque année des sommes considérables pour pourvoir à ses besoins. Sans elle il y aurait des catholiques en Belgique, mais il n'y aurait point de parti conservateur capable de défendre les intérêts de la religion et de lutter avec avantage contre les forces de ses nombreux et puissants ennemis.
Les francs-maçons et les libres-penseurs comprirent l'importance de l'université de Louvain, et pour la combattre ils fondèrent l'université libre de Bruxelles, où les professeurs, sauf de rares exceptions, enseignaient des principes hostiles à la religion, préparant ainsi les jeunes générations
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à la lutte contre le clergé et le parti catholique. A l'époque de ma nonciature, 12 professeurs de l'université de Bruxelles faisaient profession publique d'athéisme.
Il y avait aussi en Belgique deux universités gouvernementales : celle de Liège et celle de Gand. Les professeurs étaient en grande majorité des libéraux ; cependant un certain nombre de jeunes gens catholiques les fréquentaient, par raison d'économie ou de commodité, s'unissant et se groupant pour mieux résister à l'influence pernicieuse du mauvais exemple et d'un enseignement souvent malsain et erroné. L'université de Liège, grâce à la nomination de quelques bons professeurs, choisis par le gouvernement conserva te ar, présentait moins de danger pour l'instruction de la jeunesse: mais celle de Gand était beaucoup plus mauvaise. Les professeurs de cette université, élèves du fameux jurisconsulte Laurent, étaient pour la plupart très hostiles à l'Eglise, à la papauté et au clergé. Pour faire des^ prosélytes, ils publiaient un journal intitulé : La Flandre libérale, dans lequel ils attaquaient à jet continu les dogmes catholiques et l'influence de l'Eglise. Tout ce que l'hérésie, le despotisme, la révolution et les sectes avaient pu inventer au cours des siècles pour discréditer la divine institution du Christ, était évoqué avec une habile ingéniosité par les rédacteurs de ce journal pour faire impression sur les masses. Parmi les journaux libéraux belges, aucun peut-être n'était mieux rédigé, et par suite plus pernicieux. Pour combattre l'influence de ce journal, les catholiques de Gand fondèrent Le Bien Public, qui fut dirigé pendant de nombreuses années par un excellent, habile et infatigable catholique, M. Verspeyen. Celui-ci rendit à la bonne cause d'éminents services, déployant pour la lutte une énergie inlassable et une admirable persévérance.
Pour en revenir à l'université de Louvain, je crus opportun, suivant en cela l'exemple de mes prédécesseurs, d'y faire une visite officielle et solennelle. Dans les premiers temps de mon séjour en Belgique, diverses circonstances, parmi lesquelles la mort de l'émineut recteur, M. Pieraerts, m'en avaient empêché.
Le 18 mars 1887, à l'occasion des conférences quadragésimales données aux étudiants, je me rendis à Louvain pour clôturer ces conférences par une cérémonie solennelle et me rencontrer avec ces jeunes gens et leurs professeurs réunis.
Mgr. x4.bbeloos, le nouveau recteur, l'un des prêtres les plus cultivés et les plus intelligents de la Belgique, avait tout préparé pour me faire une réception solennelle et digne du nonce.
Le corps académique se réunit dans les salons de Monseigneur le Recteur pour présenter ses hommages au représentant du Saint-Siège; après quoi je me rendis dans l'immense salle des fêtes du collège « du Pape » , où s'étaient réunis les étudiants de toutes les facultés, au nombre de 1700 environ. Je fis mon entrée au son de l'hymne national et au milieu d'enthousiastes acclamations.
Mgr. Abbeloos prononça alors un discours qui fut accueilli par de vifs applaudissements. Nous en donnons le texte, en y ajoutant celui que prononça l'un des étudiants au nom de ses camarades, et ma propre réponse. Je cite textuellement d'après le compte-rendu d'un journal de l'époque :
« Excellence, il y a huit jours à peine, l'université catholique, étudiants et professeurs réunis pour une cérémonie inaugurale, acclamaient dans cette même enceinte l'auguste nom du Souverain Pontife. Elle se rappelle toujours avec
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une reconnaissante fierté la faveur que lui fit, il 3^ a plus de quarante ans, le nonce apostolique près la Cour de Bruxelles en daignant l'honorer de sa visite. Le nonce d'alors est aujourd'hui, par une disposition admirable de la divine Providence, dont nous la bénissons chaque jour, Notre Très Saint-Père Léon XIII ! {applaudissemenfs).
» Ai-je besoin de vous dire, illustrissime Seigneur, combien nous sommes heureux de saluer parmi nous l'envoyé de ce grand et bien-aimé Pontife ? Si Sa Sainteté Léon XIII est, au siècle présent, si avide de savoir, le puissant promoteur des hautes études en leurs domaines variés, nous savons que son digne représentant en Belgique partage ses vues élevées et se plaît à encourager les catholiques avec une .compétence personnelle à laquelle nous rendons hommage, dans les voies de la science et du travail intellectuel.
» Nous n'apprécions pas moins les éminentes qualités de l'esprit et du caractère qui le distinguent dans l'exercice de sa haute mission et qui lui ont gagné tous les cœurs. Il ne m'appartient pas d'en faire ici un éloge qui se trouve d'ailleurs dans toutes les bouches.
» L'orateur chargé de porter la parole au nom de MM. les étudiants exprimera tout à l'heure les sentiments qui animent notre jeunesse universitaire. Je suis heureux pour ma part de me faire spécialement l'interprète du corps académique, en vous offrant, Monseigneur, le tribut de la haute estime et du dévouement sincère que ses membres professent à l'égard de Votre Excellence : tous associent les vœux qu'ils forment pour votre vénérée personne à ceux que, du fond de leurs âmes, ils adressent au Ciel pour le glorieux Pontife dont Votre Excellence a bien mérité déjà en d'autres pays et qu'elle continue à servir si heureusement dans notre chère patrie.
» M. Cole, président de la Société générale des étudiants, a ensuite exprimé à Son Excellence les sentiments de la jeunesse universitaire :
» Les étudiants de l'université catholique, a dit en résumé le jeune et sympathique orateur, sont heureux d'acclamer, dans la personne de Votre Excellence, le représentant éminent et si universellement aimé de S. S. Léon XIII dans leur patrie.
» La présence de Votre Excellence parmi nous ravive des souvenirs bien chers à VAlnia Mater; elle lui rappelle les nombreux bienfaits dont nous sommes redevables au Saint- Père, spécialement ce bref admirable, reçu par l'université à la veille de ses grandes fêtes jubilaires et ce magnifique portrait qui nous représente Léon XIII assurant l'exécution du plan conçu dans sa haute sagesse pour l'unification de la science chrétienne.
» Tant de preuves de paternelle sollicitude fortifient en nous les sentiments d'inébranlable fidélité au Saint-Siège. Les fils de VAlma Mater sont d'autant plus attachés à leur religion qu'ils savent qu'elle est la meilleure source du patriotisme. Ils sont d'autant plus attachés au chef de l'Eglise qu'ils connaissent son amour de prédilection pour notre pays.
» Daigne Votre Excellence offrir au Saint-Père l'hommage de notre piété filiale et de notre profonde obéissance. Qu'elle daigne agréer pour elle-même l'expression de notre respectueuse reconnaissance et de notre entier dévouement.
» Son Excellence Mgr. Ferrata, vivement touché de la démonstration si sympathique dont il était l'objet, a répondu avec une gracieuse bienveillance, avec une facilité d'élocution qui a émerveillé son auditoire et à laquelle un lointain souvenir de l'harmonieuse prononciation romaine prêtait un nouveau charme. Son Excellence s'est exprimée en ces termes :
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» Monseigneur, Messieurs ; la renommée de l'université de Louvain est tellement répandue dans le monde entier que je la connaissais et l'appréciais longtemps avant de venir en Belgique. Je considérais comme un des beaux jours de ma vie celui qui me fournirait l'occasion ardemment désirée de la voir de près.
» Mes vœux sont satisfaits, Messieurs, la réalité a dépassé mes espérances. Je connais à présent cette Aima Mater qui, fondée il y a quatre cents ans par la main de Martin V et renversée un instant, après trois siècles de prospérité, s'est relevée jeune et glorieuse par l'initiative de l'éminent épiscopat de votre pays » et la générosité du peuple belge, si soucieux de tout ce qui peut servir à maintenir ses nobles traditions chrétiennes, et à développer les progrès de la science. Depuis lors cette féconde institution continue avec éclat sa mission en formant des générations de citoyens distingués qui, répandus, selon l'ordre providentiel, dans toutes les carrières sociales, rendent à la religion et à la jDatrie les services les plus précieux. Se tenant à la hauteur de tous les progrès de l'intelligence humaine et gardant toujours pure la foi chrétienne, cette université réalise admirablement l'alliance salutaire de la raison et de la foi, de la science toujours avide de découvertes nouvelles et de l'immuable tradition catholique du passé.
» C'est pourquoi. Messieurs, le souverain Pontife, qu'à juste titre on appelle le restaurateur des grandes études, aime d'un amour tout particulier l'université de Louvain, ce foyer illustre de la science, qu'il visita autrefois et dont il a gardé un impérissable souvenir. Son magnifique portrait,, qu'il vous envoyait il y a un an, semble être là pour vous redire sans cesse sa sollicitude et sa bienveillance paternelles, pour bénir vos travaux et applaudir à vos succès.
» Permettez-moi donc de vous saluer en son auguste nom et de vous apporter mes félicitations et mes encouragements. Je salue avant tout votre illustre recteur, dont la science, la sagesse et le dévouement sont connus et hautement appréciés de tous, et je le remercie des paroles bienveillantes qu'il vient de m'adresser.
» Je salue le corps académique, honneur et illustration de l'université, et je le félicite des sentiments de respect et d'amour envers le Saint-Siège qu'il vient d'exprimer par l'organe du recteur magnifique. Ces sentiments, Messieurs, sont connus du Pape. Il sait que chez vous la foi est à la hauteur du savoir et que notre mère la sainte Eglise peut vous compter parmi ses fils les plus soumis, les plus aimants, les plus dévoués. Je salue aussi MM. les étudiants, cette belle et nombreuse jeunesse, espoir de la religion et de la patrie, et qui sera un jour leur appui et leur gloire. Leurs témoignages de filiale affection, exprimés si chaleureusement par leur délégué, et surtout leurs protestations inspirées par le plus pur patriotisme et par la foi la plus vive, m'ont profondement touché. Dignes disciples de l'université, ils ont tenu à honneur de montrer que la religion agrandit le cœur et que plus on aime son Dieu plus on aime son pays {applaudissements). Et à présent, Messieurs, il ne me reste qu'à répéter le sage conseil que vous donna jadis le souverain Pontife : « Persévérez dans cette voie, et vos succès seront grands » . Oui, persévérez dans la poursuite de la science et dans la pratique de la foi : l'Eglise et la patrie applaudiront du même cœur à vos succès {longues acclamations).
» Immédiatement après la réception au collège du Pape a eu lieu à l'église St-Michel le salut solennel célébré par ]\[gr. le Nonce apostolique, pendant lequel Mgr. Cartuj'vels
à prêché sa dernière conférence du carême sur le dévouement à l'Eglise.
» La visite à Louvain de S. E. Mgr. Ferrata laissera dans la cité universitaire de vifs et ineffaçables souvenirs ».
Le 12 octobre suivant, dans son discours d'ouverture, Mgr. Abbeloos rappela en ces termes cette visite qui avait laissé dans mon âme une douce et impérissable impression : « Naguère encore une voix autorisée entre toutes, adressait à l'université réunie d'inoubliables encouragements; le 18 mars, le nonce apostolique S. E, Mgr. Ferrata, ce ministre si aimé, si lettré, si haut placé dans la confiance de son auguste Maître, nous honora de sa visite, accompagné de Mgr. Rinaldini, aujourd'hui internonce à La Haye; il daigna nous redire avec quelle émotion, pleine de chrétienne piété, il saluait nos succès et le spectacle magnifique d'une jeunesse d'élite, personnification de quatre siècles d'honneur, acclamant avec enthousiasme, dans la personne du représentant du Pape, la religion, l'Eglise, Jésus-Christ lui même » . Après avoir cité un passage du discours du nonce, Mgr. Abbeloos ajoutait : « Ah ! Messieurs, c'est bien nous qui garderons l'impérissable souvenir de ces paroles et de cette marque exceptionnelle d'estime et d'affection paternelle. Notre reconnaissance inscrira en lettres d'or dans nos annales le jour où elle nous fut octroyée » .
Pour les raisons que j'ai indiquées précédemment, j'eus toujours soin que la presse s'occupât de moi le moins possible.
Mon action, étant données les circonstances du temps, devait être continue et persévérante, mais sans attirer l'attention.
De là vient que même avec les hommes du gouvernement, le clergé et les fidèles, j'agis toujours avec circonspection et prudence, évitant, dans la protection des intérêts de l'Eglise, les questions politiques et plus encore les questions personnelles et privées. Je m'abstins donc avec le plus grand soin de tout acte qui eût pu donner lieu à une interprétation équivoque ou blesser la susceptibilité des libéraux. Et je dois dire à l'honneur des catholiques belges que non seulement ceux-ci comprirent parfaitement la nécessité de cette attitude, mais qu'ils furent les premiers à me la conseiller et à en faire l'éloge. Les libéraux ne purent jamais par suite citer un seul acte ou une seule parole du nonce qui fût de nature à les blesser. Dans un pays aussi passionné et aussi divisé que la Belgique, où tout est noté, commenté, agrandi, cette attitude était non seulement utile, mais indispensable. Cet objectif que j'avais eu de consolider la situation de la nonciature en l'élevant au dessus des passions politiques, et en l'entourant d'une atmosphère de sympathie et de respect, je crois pouvoir dire, sans manquer à la modestie, que je l'ai atteint, grâce à Dieu : et les deux partis m'en exprimèrent plus d'une fois leur satisfaction.
Bien que la presse, comme je viens de le dire, ne parlât presque jamais de moi, elle manifestait parfois sa satisfaction. Il ne sera pas sans intérêt de citer quelques extraits de journaux belges ou étrangers :
La Chronique, journal libéral, quasi radical, qui s'imprime à Bruxelles, écrivait ce qui suit dans son numéro du Ifi novembre 1888:
« C'est même une chose digne de remarque que la politique cléricale, si répugnante par elle-même, soit représentée souvent par des hommes si essentiellement avenants.
» Ainsi, s'il est un homme qui à Bruxelles personnifie avec autorité le principe catholique romain, c'est bien assurément le nonce du Pape, chargé de faire valoir ici les intérêts du Vatican. Or l'autre soir, je me suis trouvé convié à un dîner auquel assistait l'archevêque Ferrata, nonce apostolique près S. M. le Roi des Belges. Alors qu'on prenait le café, j'ai eu l'honneur d'être présenté, moi, mécréant, au prélat diplomatique, et avoir avec lui une conversation particulière, qui a duré bien près d'une demi-heure.
» Je dois déclarer que j'ai rarement rencontré un interlocuteur plus agréable, plus courtois, plus intéressant et plus fin.
» J'ai même eu un instant la velléité de lui demander, pour la chronique, quelques aperçus sur Eome contemporaine. Mais j'ai craint que ces aperçus ne fussent point absolument, strictement dans la note de mon journal. Ce sera pour plus tard, quand, après un nouvel entretien, j'aurai réussi à convertir aux saines doctrines (?) le représentant du Saint-Siège » .
Malgré la facétie contenue dans la dernière phrase, le rédacteur de La Chronique, avec lequel je m'étais réellement rencontré le 10 novembre, dans les salons du député Somzée, faisait bien comprendre que ma conversation ne lui avait point déplu. Cet entrefilet du journal libéral produisit bonne impression sur les catholiques et fut reproduit avec plaisir par les journaux conservateurs.
Voici ce qu'écrivait L'Ami de Vordre, journal catholique de Namur (12 août 1888):
« La distribution des prix du collège archiépiscopal de S. Louis a eu l'honneur d'être présidée par le nonce apostolique Mgr. Ferrata. Le représentant du Saint-Siège près la cour de Bruxelles est un prélat encore jeune, à la figure
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sympathique et intelligente. Son abord est des plus affables, et l'on peut dire, sans trop s'avancer, qu'il a conquis ici toutes les sympathies, sans en excepter celles de beaucoup de libéraux de marque.
» Permettez-moi à ce propos de vous narrer une anecdote typique sur Mgr. Ferrata et qui montrera combien il est tenu en haute estime à Rome. C'était à l'époque où Mgr. Czacki avait été pressenti par Sa Sainteté relativement à son envoi comme nonce à Paris. La mission à remplir était des plus délicates, étant données les dispositions du gouvernement républicain de France. Sa Sainteté était convaincue que, de tous les prélats de la cour de Rome, c'était Mgr. Czacki qui répondait le mieux aux nécessités de la situation. Quand elle s'en ouvrit au prélat, celui-ci ne dissimula pas au Saint- Père toutes les difficultés qu'il aurait à vaincre. Le Saint-Père insista: c'est alors que Mgr. Czacki lui dit: «Eh bien!, je partirai. Seulement, donnez-moi pour secrétaire Ferrata».
y Le nonce actuel n'était alors qu'un modeste abbé.
» Mais, répondit le Saint-Père, vous me demandez ce que j'ai de mieux». Dans la bouche de Léon XIII, ces paroles étaient significatives. Seulement, l'abbé Ferrata ne connaissant que très imparfaitement le français, Mgr. Czacki convint avec lui qu'à partir du moment où l'on quitterait Rome pour Paris, on ne s'entretiendrait plus que dans le langage de Bossuet. La convention fut tenue, et les progrès de l'abbé Yerrata dans la langue française furent tels que quelque temps après l'installation à Paris, Mgr. Czacki étant venu à tomber malade, ce fut son secrétaire qui reçut les visiteurs avec lesquels ils s'entretint très couramment en français.
» Aujourd'hui Mgr. Ferrata habite à Bruxelles en qualité de nonce apostolique, et tous ceux qui ont l'honneur de l'aborder se retirent enchantés de l'accueil affable qu'il leur
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fait, des choses aimables qu'il leur dit et ce, dans un français des plus corrects auquel l'accent italien donne un charme de plus ».
Le Mémorial Diplomatique de Paris, 6 février 1886, dit: « Le rétablissement des négociations diplomatiques avec le Saint-Siège a été un événement particulièrement heureux. L'apaisement est fait sur la question religieuse. Chacun rend justice à la situation prépondérante et méritée qu'a prise dans le corps diplomatique à Bruxelles le nouveau nonce, Mgr. Ferrata. Le clergé belge, sous cette haute direction, continue à faire preuve d'infiniment de tact et de prudence. Les libéraux perdent tous les jours du terrain et les seuls adversaires du parti conservateur sont les progressistes. Mais leurs théories effrayent le bon sens public, et la Belgique n'est pas prête à faire l'essai du dangereux système politique que lui préconisent MM. Jeanson et consorts » .
Le Moniteur de Borne, 15-16 août 1885:
« Il y a un nonce à Bruxelles, et ce nonce est fort bien accepté, non point seulement à la cour, mais aussi dans l'aristocratie et la haute bourgeoisie de Bruxelles. Quant au peuple, personne ne doutait de la joie profonde qu'il éprouverait de revoir un envoyé du Saint-Père. Il est vrai que ce nonce est Mgr. Ferrata, un prélat qui a tous les mérites pour se concilier les sympathies et le respect, même de la part de ses adversaires. Mgr. Ferrata remplit à Bruxelles une mission de paix. Il rend de très grands services au parti catholique en même temps qu'à la Belgique entière » .
En 1885, à l'occasion du jubilé de Léon XIII, si magnifiquement célébré par les manifestations le plus diverses du
monde catholique, quelques catholiques belges conçurent le projet de composer un livre d'or sur le Pontificat du Saint- Père. Mgr. Van Weddingen, chapelain de la cour, et M. Godefroi Kurt, l'illustre professeur de l'université de Liège, acceptèrent de tracer le plan de l'ouvrage. Ce travail auquel je prodiguai mes encouragements réussit admirablement: des écrivains de mérite y collaborèrent, développant en différents articles tout ce que Léon XIII avait fait pendant son pontificat, pour la religion, les lettres, les sciences, les arts, l'autorité et le prestige du Saint-Siège.
M. le baron d'Hauteville donna en appendice un court aperçu des nonces apostoliques en Belgique depuis 1830. A mon sujet, après avoir rappelé les années de ma jeunesse et les succès que j'avais obtenus au cours de mes études, il s'exprimait ainsi: « Le 29 mars 1S85, il était nommé nonce à Bruxelles et archevêque de Thessalonique. Le 4 juin suivant, il présenta au Roi Léopold II ses lettres de créance. Le poste qui lui était confié était entouré de difficultés; car après les événements diplomatiques de 1880, il y avait, en quelque sorte, à créer de nouvelles relations entre la cour de Rome et notre pays ; il y avait aussi à vaincre la mauvaise humeur et même l'hostilité de l'opposition parlementaire et de ses partisans dans le pays : il y avait enfin à établir de nouvelles traditions diplomatiques à la nonciature, comme dans un pays où le Saint-Siège n'aurait pas eu de représentant auparavant. Tout le monde rendra à Mgr. de Thessalonique ce témoignage : il a parfaitement répondu à la confiance du souverain Pontife et il a supérieurement surmonté les difficultés de sa tâche diplomatique. Son intelligence, son tact et son zèle éclairé lui ont attiré les sympathies du monde politique à Bruxelles et celles de tous les citoyens catholiques dans le pays. La mission dont le sou-
verain Pontife l'a chargé extraordinairemenfc, au commencement de l'année 1888, en Suisse pour le règlement des affaires religieuses dans le canton du Tessin, a manifesté à la fois et ses talents diplomatiques et la confiance dont il jouit à Rome. Cette mission a été terminée par Mgr. Ferrata à la satisfaction du Saint-Siège, du gouvernement suisse et du peuple tessinois » .
Mais les témoignages de satisfaction que je reçus du Saint-Siège furent pour moi plus précieux encore et plus réconfortants. En toutes les circonstances, le cardinal Secrétaire d'Etat faisait ajouter, au nom du Saint-Père, des paroles de louange et d'encouragement pour la manière dont je m'étais conduit en débrouillant quelque affaire importante. Les dépêches du Secrétaire d'Etat attestent ces dispositions bienveillantes du Saint-Siège à mon égard.