‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 35 sur 47 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Mon rappel de Belgique.

Mon rappel de Belgique, et ma nomination comme Secrétaire de la S. Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires. — L'impression à Bruxelles et dans toute la Belgique. — Appréciations du gouvernement, de l'épiscopat, du clei-gé et des journaux conservateurs et libéraux.

Le Saint-Père, parlant un jour du secrétariat de la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires, avait dit à un prélat dans l'intimité : « Je me trouve assez embarrassé pour pourvoir à ce poste : l'une des personnes les plus indiquées me paraît être Mgr. Ferrata » . Ces paroles révélaient déjà l'intention qu'avait alors le Pape de me rappeler de Belgique. Mais ce dessein ne put se réaliser aussitôt, car je ne me trouvais alors en Belgique que depuis deux ans et demi environ, et la situation politico-religieuse de ce pays n'était pas encore suffisamment calme et assurée pour permettre le changement du nonce.

Mais, au mois de juin 1888, les élections furent, comme je l'ai dit, très favorables aux catholiques ; d'autre part, la nonciature, à l'abri désormais des discussions des partis, pouvait accomplir régulièrement ses pacifiques fonctions. En effet, les attaques avaient complètement cessé, et l'opinion publique s'était accoutumée à considérer le rétablissement des rapports avec le Saint-Siège comme un fait définitif. Il n'existait plus, sous le rapport politico-religieux, aucune

Fkukata, Me'iiiiiirrs - Toiu. I. 2o

402 LIVRK m. - NONCIATURE DE BELGIQUE

affaire épineuse ou grave qui pût faire craindre de nouveaux dangers pour l'existence de la nonciature.

Il sembla donc au Saint-Père que le moment était venu d'exécuter son ancien projet de me rappeler à Rome et de me confier le poste indiqué plus haut. Le cardinal Rampolla, Secrétaire d'Etat, qui m'honorait de son estime et de son affection, favorisa le dessein au Saint-Père.

Le 31 mars 1889, je reçus d'un de mes amis en résidence à Rome une première indication de mon très prochain rappel. J'en fus un peu déconcerté, parce que la situation de la Belgique, que j'avais préparée avec tant de soin, me permettait de prendre maintenant un peu de repos, fruit légitime de mes longues fatigues ; et aussi parce que je savais combien était délicate la fonction qu'on allait me confier à Rome. Je fis tout ce qui m'était possible pour l'éviter, mais inutilement, car le Saint-Père se montra inébranlable dans sa résolution.

En effet, quelques jours après, je reçus du cardinal Secrétaire d'Etat (en date du 6 avril 1889) la lettre suivante :

« Les preuves constantes que vous avez données de votre dévouement fidèle au Saint-Siège et de votre zèle intelligent dans l'accomplissement de vos fonctions, ont décidé le Saint- Père à vous rappeler à Rome pour occuper le poste de Secrétaire de la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires, lequel exige dans les circonstances difiîciles où nous nous trouvons une personne d'entière confiance. Il vous sera facile d'y voir une preuve de la bienveillance et de l'estime que l'on éprouve pour votre personne : et je ne doute pas que vous ne correspondiez pleinement aux désirs de Sa Sainteté. Cette détermination, prise à votre égard, a été quelque peu motivée aussi par la nouvelle que le climat de Bruxelles vous était peu favorable et que votre

santé s'en ressentait. Considérez pour le moment cette communication confidentielle comme un simple avis et attendez votre nomination, que je vous enverrai dans quelques jours. Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle satisfaction je vous verrai près de moi : la fonction si délicate que je vous réserve, dans le temps où nous sommes, vous est une preuve manifeste de ma très particulière estime et de mon entière confiance.

» Recevez, très cher Monseigneur, l'expression de ma très grande ai3fection . . . » .

Je répondis immédiatement à cette lettre par un télégramme dans lequel je priais le cardinal Rampolla de ne prendre aucune décision avant de m'avoir entendu. Puis, dans une longue lettre, après l'avoir remercié de cette nouvelle marque d'estime et de confiance qu'il me donnait, je fis remarquer que ma santé réellement ébranlée ne m'aurait pas permis de supporter autant qu'il était nécessaire les fatigues qu'exigeait ce poste. J'ajoutais d'autres raisons personnelles, et je terminais ma lettre en me remettant toutefois, comme c'était mon devoir, à la volonté du Saint-Père.

Le Secrétaire d'Etat me répondit, le 16 avril, dans les termes suivants:

« J'ai donné lecture au Saint-Père de la lettre confidentielle que vous m'avez envoyée en réponse à la mienne du 6 courant. Le Saint-Père a daigné l'écouter avec une spéciale attention et a agréé vos sentiments de dévouement et d'affection envers sa personne sacrée: mais, après avoir examiné soigneusement toutes vos observations, il n'a pas cru devoir changer la détermination qu'il avait prise à votre égard en vous destinant au poste de Secrétaire de la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires.

» Vous ne- devez pas, très cher Monseigneur, vous préoccuper le moins du monde de l'impression que produira cette nomi-

404 LIVRE m. - NOXCIATL'RE DE BELGIQUE

nation; cette impression sera certainement des plus flatteuses, car il n'est personne qui n'y voie une preuve très éclatante de l'estime et de la confiance spéciales du souverain Pontife, infiniment appréciables dans les circonstances présentes où se trouvent Rome et le Saint-Siège. Ne vous préoccupez en aucune manière de votre carrière, puisque votre avenir est entre les mains du Saint-Père et que celui-ci est animé de grande bienveillance à votre égard.

» Sa Sainteté a tenu compte de l'état de votre santé. Aussi le Saint-Père tient-il à ce que vous ayez dans cette Secrétairerie d'excellents coopérateurs capables d'alléger votre charge ; et dans ce but, il a déjà désigné un certain nombre de jeunes gens de capacité éprouvée qui travailleront à vos côtés : ils ont été choisis dans l'Académie ecclésiastique sur les rapports les plus élogieux de leur président. Pour ce qui me concerne, ne doutez point de ma grande estime et de ma vive affection.

» Tranquillisez- vous donc en comptant sur le secours spécial de Dieu et croyez-moi ... ».

Après cette lettre qui accusait la volonté inébranlable du Saint-Père, il ne m'était plus possible d'hésiter, d'autant plus que cette fonction m'était offerte avec des signes très manifestes de confiance et de bienveillance, tant par le Saint-Père que par le cardinal Secrétaire d'Etat ; de plus elle était très honorable et ne me retirait pas de la carrière diplomatique.

J'allais avoir à travailler maintenant sur un champ beaucoup plus vaste. La Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires, dont le Saint-Père est le chef immédiat, a toujours eu, depuis qu'elle existe, une importance exceptionnelle. Fondée au commencement du siècle précédent, lorsque des bouleversements politiques et religieux agitèrent l'Europe et particulièrement la France, elle s'occupe des affaires

les plus difficiles que peuvent soulever les diverses conditions religieuses et politiques des différents pays. C'est à elle que viennent aboutir toutes les affaires à traiter avec les gouvernements, les rapports avec les nonces, les questions qui se rapportent à l'interprétation des concordats, toutes les difficultés en un mot dont la solution exige un véritable discernement politique et un tempérament prudent. Dans ces derniers temps, la situation anormale créée au Pape avait donné à cette congrégation une importance plus grande encore ; aussi le Saint-Père, qui prend une part très active à l'action politique du Saint-Siège, voulait-il choisir lui-même ses collaborateurs, parmi lesquels le Secrétaire des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires occupe le premier rang après le cardinal Secrétaire d'Etat.

Le 16 avril 1889, S. E. le cardinal Rampolla m'envoyait la feuille officielle de ma nomination à laquelle il joignait la lettre suivante :

Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

Le Saint-Père, qui tient grand compte des services que vous avez rendus jusqu'ici au Saint-Siège, et qui a pu apprécier votre intelligence et votre activité et votre zèle dans la négociation des affaires qui vous avaient été confiées (et dont plusieurs, très importantes, ont été terminées avec plein succès), a voulu vous donner une nouvelle marque de sa confiance et de sa souveraine bienveillance en vous appelant près de lui et en vous confiant l'importante et délicate fonction de Secrétaire de la sacrée Congrégation des Affairées Ecclésiastiques Extraordinaires.

Je vous en donne avis officiel par le billet ci-joint, et me réjouis avec vous d'une distinction si honorable par elle-même et par les motifs qui l'ont provoquée. Comme cette

406 1,1 VRP: m. - NONCIATURE DE BELGIQUE

nomination vous oblige à abandonner la nonciature, sitôt que vous aurez accompli les actes de convenance et de courtoisie accoutumés, disposez-vous à venir à Rome prendre possession de votre nouvelle position et continuer votre utile labeur pour le bien de l'Eglise et de la Papauté.

En vous confirmant l'expression de ma très particulière estime, je reste etc. . .

Rome, 16 avril 1889.

Signé : M. cardinal Rampolla.

La nouvelle officielle de mon rappel se répandit rapidement à Bruxelles et y causa une vive surprise et une peine sincère. Sa Majesté le Roi envoya immédiatement à la nonciature son Secrétaire, le comte Borgrave, pour m'exprimer les regrets que lui causait mon départ, et me fit remettre quelques jours après le grand cordon de l'Ordre de Léopold.

M. Beernaert, le chef du cabinet, et tous les ministres, et parmi eux plus particulièrement le prince de Chimaj^, M. Devolder, et M. Bruyn, avec lesquels j'entretenais des relations plus intimes, se montrèrent également très affligés de cette nouvelle.

La société de Bruxelles et un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques de la ville et de la province me manifestèrent les mêmes sentiments. Le parti libéral, lui-même, et c'est là un fait digne de remarque, exprima, directement ou indirectement, les mêmes regrets. Quant au corps diplomatique, il me témoigna sa sympathie de toutes les manières. Ces manifestations générales et spontanées étaient d'autant plus précieuses que les Belges sont plutôt par nature réservés et peu expansifs.

Il ne semble pas inutile de citer ici quelques uns de ces témoignages que me furent prodigués en cette occasion.

Le prince de Cliimay, ministre des affaires étrangères, eu réponse à la lettre par laquelle je lui annonçais mon rappel, me manifesta dans les termes suivants ses regrets et ceux du gouvernement:

Bruxelles, 27 avril 1889.

Monseigneur,

J'ai l'honneur d'accuser à Votre Excellence la réception de la lettre du 26 de ce mois, par laquelle elle m'informe que le Saint-Père vient de mettre fin à sa mission en Belgique en la rappelant à Home pour occuper les fonctions de Secrétaire de la S. C. des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires.

Les paroles aimables que Votre Excellence veut bien m'adresser à cette occasion, m'ont vivement touché : je l'en remercie très sincèrement. De moa côté aussi, je conserverai toujours le souvenir précieux des relations agréables et cordiales que j'ai entretenues avec elle au cours de ces dernières années.

Votre Excellence, en quittant la Belgique, y laissera d'universels regrets et l'impression profonde de la manière si distinguée et heureuse avec laquelle elle a rempli la mission qui lui avait été confiée par le souverain Pontife.

Je la prie de vouloir bien trouver ici la vive expression des sentiments du gouvernement du Roi et d'agréer en même temps les assurances de ma très haute considération.

Signé : le prince de Chimay.

Le chevalier de Moreau, ancien ministre des affaires étrangères, qui avait quitté le ministère pour raisons de santé, et alors député de Namur, m'écrivit entre autres choses : « De mon passage au ministère je ne veux retenir que l'hon-

408 LIVRE m. - NONCIATURE DE BELGIQUE

neur qui m'a été réservé comme ministre des affaires étrangères de renouer les relations diplomatiques de mon pays avec le Saint-Siège, C'est cet acte solennel qui nous a valu le séjour à Bruxelles de Votre Excellence et l'a rendu ainsi plus précieux à mes yeux. Votre souvenir, Monseigneur, restera donc attaché à la plus heureuse page de ma vie politique et sera religieusement conservé par tous les miens » .

Quant à l'épiscopat, il suffira de reproduire la lettre suivante de Mgr. l'archevêqu/e de Malines, qui résume les sentiments de ses collègues :

^ Malines, le 21 avril 1889.

Excellence,

Par la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'adresser sous la date d'hier, Votre Excellence m'apprend que le Saint-Père vient de mettre fin à sa mission en Belgique en l'appelant aux importantes et délicates fonctions de Secrétaire de la S. C. des Affaires Ecclésiastiques Extraord inaires.

C'est du fond du cœur que je prie Votre Excellence d'agréer mes vives félicitations: cette promotion est la juste récompense de ses mérites et de ses travaux.

Mais qui dira combien votre départ laissera parmi nous de regrets? Les services que vous avez rendus à l'Eglise belge et au pays sont inappréciables. Monseigneur, et Votre Excellence peut en être persuadée, l'épiscopat, le clergé et les fidèles lui en seront éternellement reconnaissants.

Pour moi personnellement, je n'oublierai jamais les marques de bonté, d'affection et de confiance que j'ai reçues de Votre Excellence. La séparation me sera bien pénible : je perds un conseiller, un ami, un frère ; c'est assez dire combien

il me sera doux de garder à Votre Excellence une place toute particulière dans mon cœur comme dans mes prières.

Que Votre Excellence veuille bien accueillir les expressions de ces sentiments, en même temps que mes plus respectueux et affectueux hommages.

Signé: Pierre Lambert, archevêque de Malines.

Quant au clergé, il serait trop long de rappeler les marques de respect et d'affection qu'il me donna en cette occasion. Je me contente de noter pour mémoire les lettres que m'adressèrent M. Jacobs, doyen de Ste-Gudule, au nom du clergé de Bruxelles, M. Verstraeten, le distingué curé de Schaerbeek, au nom du doyenné de Bruxelles-Faubourgs, et Mgr. Abbeloos, recteur de l'université de Louvain, au nom des professeurs et des étudiants de cette belle université. Les hommes les plus marquants du parti conservateur, MM. "Wœste, Jacobs, de Mérode, Lammens, Nothomb, pour ne citer que ceux-là, me témoignèrent leurs plus vifs regrets de mon départ.

Voici quelques appréciations de la presse :

Le Journal de Bruxelles, 16 mai 1889 :

« On nous communique le texte d'une adresse qui a été présentée à Mgr. Ferrata le lundi 13 mai, veille de son départ. Ce document, qu'ont signé un certain nombre de personnes appartenant à la haute société de Bruxelles, traduit fidèlement, cro^^ons nous, les sentiments de tous les Belges. Il est ainsi conçu :

» Monseigneur, au moment où vous allez nous quitter pour occuper auprès du Saint-Père le poste auquel sa confiance vous appelle, c'est un besoin pour nos cœurs de vous exprimer les sentiments de profonde et respectueuse sympa-

410 LIVRE m. - NONCIATURE DE BELGIQUE,

thie que Votre Excellence a su nous inspirer pendant son trop court séjour à Bruxelles.

» Lorsque vous vîntes, il y a quatre ans, renouer les relations séculaires du Saint-Siège avec la Belgique, vous arriviez, Monseigneur, précédé d'une réputation qui nous donnait la plus flatteuse idée de votre personne et nous faisait bien augurer du succès de votre mission. Notre attente a été dépassée: plus il nous a été donné de vous connaître, plus nous avons été frappés de l'éclat de vos mérites et plus nous nous sommes habitués à considérer votre présence parmi nous comme un effet de cette affection particulière dont Sa Sainteté Léon XIII honore notre pays.

» Aussi n'est-ce pas sans un vif regret que nous vous verrons vous éloigner de la Belgique. Il ne dépend pas de nous de vous y retenir et nous ne pouvons que nous incliner devant la volonté qui vous réserve de plus hautes destinées ; au moins sera-ce une satisfaction pour nous de savoir que nous occuperons une place dans vos souvenirs, en retour de celle que nous vous gardons dans les nôtres, Monseigneur, et à laquelle vous avez tant de droits.

» De Votre Excellence, les très humbles et très dévoués serviteurs » .

L'Observateur Français, 16 avril 1889 :

«...Mgr. Ferrata est un disciple et ami du cardinal Czacki, du cardinal Schiaffino, de Mgr. Turinaz, de Mgr. Thomas, de la France. C'est un diplomate des plus fins du Saint-Siège. Il possède l'art de pétrir la pâte romaine. Avec cela, beaucoup de puissance de travail, des connaissances étendues, habile à dévider les écheveaux politiques les plus embrouillés, comme il l'a prouvé à Rome et au Tessin » .

L'Ami de Vordre, de Namur :

« Le départ de Mgr. Ferrata, nous le disions hier, serait vivement regretté: Mgr. Ferrata a su tout de suite apprécier notre caractère national et traditionnel : il connaît et il comprend notre situation et il aime beaucoup les Belges; et à Rome, où ses talents le rappelleront quelque jour, maintenant ou plus tard, il restera un ami, un protecteur et un appui de notre pays, toujours dévoué à l'Eglise et au Pape ».

Le Courrier de Bruxelles, 5 mai 1889 :

«On lit dans la Correspondance bruxelloise du Tijd, d'Amsterdam : « Le départ de Mgr. Ferrata laissera ici bien des regrets. C'est un prélat et un diplomate selon le cœur de Léon XIII, d'une habileté consommée jointe à une affabilité exquise et qui le rendait sympathique à tous. Mgr. Ferrata est arrivé en Belgique il y a quatre ans, au lendemain des triojuphes catholiques, et c'est lui qui devait renouer entre le Saint-Siège et notre pays les relations brisées sous le ministère libéral. Vaincus sur le terrain électoral, les libéraux s'agitaient encore à Bruxelles et menaçaient de faire des émeutes pour empêcher l'installation d'un nouveau nonce. Mgr. Ferrata vint, non sans courage, prendre possession du poste que lui assignait la prudence de Léon XIII, et il s'y révéla immédiatement comme un pacificateur. Les libéraux eux-mêmes subirent l'ascendant des qualités de cœur et d'esprit qui le distinguent. Mais ferme dans l'accomplissement du devoir, il ne cessa point, pendant ces quatre années, d'encourager toutes les œuvres catholiques, et le clergé, ainsi que le peuple fidèle, trouva toujours en lui un appui aussi sûr que dévoué. De son côté, le gouvernement entretenait avec lui les meilleurs rapports et aurait voulu le conserver longtemps encore à Bruxelles. Ce n'est pas sans un serrement

du cœur non plus que Mgr. Ferrata quittera la Belgique, à laquelle il était sincèrement attaché. Plus son départ approche et plus la société de Bruxelles recherche les occasions de lui manifester ses sympathies » .

Le Précurseur d'Anvers, 23 avril 1889 (journal libéral): « Le nonce Ferrata va quitter Bruxelles pour rejoindre son nouveau poste, un des plus importants de la chancellerie romaine. Ce prélat intelligent et courtois a fait, pendant sa mission de quatre ans, de louables efforts pour se concilier les bonnes grâces du parti libéral chez nous. Ceux de nos amis qui l'ont approché conservent de lui un très bon souvenir. Sa principale préoccupation était, tout en s'acquittant de sa mission religieuse, de ne pas créer de difficultés aux pouvoirs publics. Il est probable que si Mgr. Ferrata avait été à Bruxelles en 1878, on aurait pu éviter bien des conflits inutiles » .

La Chronique, 18 avril 1889 :

« On annonce que M. Ferrata, nonce apostolique à Bruxelles, va quitter notre ville, pour aller occuper au Vatican un poste fort important . . .

» Nous n'avons jamais vu et nous ne voyons pas encore la nécessité d'un nonce apostolique à Bruxelles ; mais, étant donné que la nonciature existe, nous devons regretter, à plus d'un point de vue, que M. Ferrata cesse d'en être le titulaire. C'est que ce prélat n'est point un prêtre rogue, hargneux et grondeur, comme nous en connaissons malheureusement beaucoup; c'est un homme fort distingué, dont l'esprit pénétrant et fin s'élève bien au-dessus des conventions et des minuties de l'étiquette ecclésiastique. Il est d'une aménité simple, naturelle, instinctive, que l'habitude du monde

CH. Xll. - MON UAl'PEL DE BELGIQUE 413

a polie et façonnée au point de faire de lui un véritable charmeur.

» J'ai eu l'honneur de m'entretenir plus d'une fois avec lui, au grand scandale, au grand effarouchement de quelques sacristains crasseux et renfrognés. J'ai apprécié en M. Ferrata un causeur aimable et intéressant, qui m'a paru assez étranger à toute espèce de fanatisme 'et d'intolérance. Tout au moins, si l'inflexibilité romaine est en lui, la laisse-t-il au fourreau quand il cause avec des mécréants comme moi. Preuve de plus de sa rare sociabilité.

» Son départ retire à notre clergé un exemple et un modèle dont le besoin n'a pas cessé de se faire sentir. Tant pis ! » .

Mes lecteurs me pardonneront si je me suis peut-être étendu trop longuement sur ces témoignages de sympathie donnés par les Belges au représentant pontifical. Ce n'est point par vanité, mais pour prouver l'attachement de cette population envers le Saint-Siège et la grande faute qu'avaient commise les libéraux en rompant les rapports diplomatiques si heureusement rétablis. Les Belges conservèrent le souvenir de ma mission dans leur pays, comme le prouvent les visites nombreuses et les lettres affectueuses que je continuai de recevoir à Rome, à Paris et ailleurs. A l'occasion de ma promotion au cardinalat, au consistoire du 22 juillet 1896, je reçus des lettres et des télégrammes qui me firent grand plaisir, et notamment de MM. Beernaert, Lejeune, etc. . . . L'ancien président de la chambre M. Delantsheere m'écrivit le 5 juillet une lettre des plus gracieuses, dans laquelle je relève les passages suivants: « La pourpre romaine vous était destinée non seulement par nos vœux, mais dans nos prévisions les plus assurées, bien avant que, dans sa justice. Sa Sainteté vous l'eût conférée. Elle est la récompense bien mé-

414 LIVRE Iir. - NONCIATURE DE BELGIQUE

ritée du tact merveilleux avec lequel vous avez su restaurer la nonciature de Bruxelles, sans froisser ceux mêmes qui avaient commis la grave faute de la supprimer et qui, je le sais, se réjouissaient de la voir réparée d'une main si délicate et si habile. Elle est aussi le couronnement de cette nonciature de Paris toujours si difficile, et où votre haute intelligence à su élever les intérêts supérieurs de l'Eglise au dessus des contingences du temps présent et en imposer le respect. Aussi la nouvelle de votre promotion nous a-t-elle sincèrement réjouis. Nos vœux vous accompagneront dans la haute dignité qui vous est dévolue et nous prions Dieu qu'il daigne chaque jour davantage illustrer à son service une carrière que vous avez si noblement parcourue jusqu'ici » .

Page 1