CHAPITRE V
Deux Ablégations - Retour en Italie.
B.elations avec Mgr. Lavigerie. — Je suis désigné comme ablégat pour lui port<?.r la barrette cardinalice. — Récit de la cérémonie à l'Elysée ; appréciations diverses. — Mgr. Czacki élevé au cardinalat. — Seconde ablégation. — Départ du Nonce. — Appréciations sur sa nonciature. — Je suis chargé d'expédier les affaires courantes, puis nommé Sous-Secrétaire de la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires. — Retour à Rome. — Divers travaux que me confie le Saint- Père. — Je suis chargé de différentes missions en Suisse.
Parmi les plus chères et les plus précieuses relations qu'il me fut donné de cultiver pendant mes fonctions d'Auditeur de la nonciature, je compte celles que j'entretins avec l'illustre archevêque de Carthage et d'Alger, le cardinal Lavigerie. Ce personnage, l'une des gloires de l'épiscopat français et de l'Eglise, est trop connu dans le monde entier pour que je doive en parler longuement. Par ses fatigues apostoliques, par ses immenses talents, par son puissant génie organisateur, par son activité incomparable, il sut bien mériter, selon la parole même de Léon XIII, de l'Eglise catholique et de la civilisation; et quand il disparut (le 26 novembre 1892), les diocèses d'Alger et de Carthage, l'armée française de terre et de mer et les autorités civiles de France rivalisèrent pour lui rendre hommage et honneur par des obsèques solennelles et triomphales. L'éminent et savant évêque d'Autun, le cardinal Perraud, membre de l'Académie française, en deux magnifiques discours prononcés,
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l'un le 19 avril 1893 dans la Basilique de Carthage, l'autre le 2 mai de la même année dans la Cathédrale d'Alger, a célébré les mérites, les vertus et les œuvres de cet homme admirable. Quand j'eus l'honneur de le connaître, en 1879, il était encore dans toute la vigueur de l'âge et de la santé; il n'avait que 54 ans. D'une nature chaude, exubérante, dominatrice, mais en même temps fine, élevée, prudente, il était fait pour les grandes et fécondes entreprises ; par son ardeur et sa ténacité de fer, il était capable de briser tous les obstacles qu'on lui aurait opposés. Personne n'était plus spirituel, plus séduisant en conversation intime; personne plus que lui ne savait, quand il s'agissait d'affaires à traiter, se montrer ou affable, insinuant et charmeur, ou intrépide, énergique, absolu, selon les circonstances. Il était affectueux et paternel envers ses subordonnés, et en même temps exigeant et autoritaire ; à tel point qu'ils se sentaient comme fascinés par sa douceur, et terrorisés par son autorité. J'aurai du reste l'occasion de reparler de lui dans ces mémoires, et de faire mieux connaître sa physionomie morale.
Au commencement de l'année 1882, le gouvernement français demanda au Saint-Siège de l'élever à la dignité cardinalice ; et le Saint-Père y consentit bien volontiers, voulant récompenser les précieux services que le digne archevêque de Carthage avait rendus à la religion, et ajouter un nouveau lustre à l'Eglise d'Afrique, qui renaissait pour ainsi dire de ses cendres grâce aux œuvres de cet éminent prélat. Celuici, dès qu'il apprit cette nouvelle, écrivit directement au Saint-Père pour me demander comme son ablégat, et il le fit en des termes si pressants que, bien que le Pape eût songé à un autre prêtre, son parent (Mgr, Spezza), il ne crut pas devoir s'opposer aux désirs de l'archevêque d'Alger.
C'est ainsi que par uu billet du 22 mars 1882, je fus désigné pour cet honorable office.
Le consistoire eut lieu le 27 du même mois. Quant à la cérémonie de l'imposition de la barrette cardinalice, elle se fit à l'Elysée le 21 mai dans la forme solennelle habituée, y compris la célébration de la messe ; celle-ci en effet, éliminée du cérémonial depuis quelque temps, fut rétablie à cette occasion, grâce aux instances du nonce et du nouveau cardinal. J'y prononçai une allocution latine, forcément brève, comme l'exigeait la coutume, à la louange de l'illustre cardinal. Le Président de la République, M. Grevy, y répondit par les courtoises paroles suivantes : « Je vous remercie. Monsieur l'Ablégat, d'avoir exposé si excellemment les titres du digne prélat que, sur notre présentation, le Saint-Père a daigné élever à la dignité du cardinalat. Je vous remercie aussi des sentiments que vous témoignez pour la France. Soyez le bienvenu dans ce pays que vous aimez et qui sera heureux de vous offrir, en retour de votre sympathie, la plus cordiale hospitalité » .
Après la cérémonie, le Président me remit gracieusement les insignes d'officier de la Légion d'honneur. Lui-même, les ministres, les dignitaires des maisons civile et militaire de la présidence, se montrèrent pleins d'amabilité pour moi, et surtout pour le nouveau Prince de l'Eglise, dont la pourpre romaine semblait rehausser encore la belle et majestueuse prestance.
Depuis lors l'illustre cardinal m'honora d'une plus grande bienveillance et d'une plus grande affection, et personne ne se réjouit plus que lui quand, neuf ans plus tard, je fus nommé Nonce Apostolique en France. Mais ne devançons pas les événements.
La santé de Mgr. Czacki, malgré tous les soins, allait toujours en déclinant et les médecins furent d'avis que le
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Nonce ne pourrait passer impunément un quatrième hiver à Paris. Son rappel s'imposait donc et sans retard, car l'on se trouvait alors aux premiers jours de septembre 1882, et si le froid était survenu, le retour à Rome serait devenu impossible, ou en tout cas fort dangereux. Le gouvernement français se rendit compte de cette nécessité, bien qu'il vît partir avec un vif regret un représentant pontifical dont il avait su apprécier la droiture et la valeur.
Le Saint-Siège parut d'abord hésiter un peu : quelques malveillants avaient en effet insinué que la maladie de Mgr. Czacki était, sinon simulée, du moins grandement exagérée. Je dus alors informer le Saint-Siège du véritable état des choses.
Mais cette situation fit naître une question de nature plus délicate encore. L'on apprit que les mêmes malveillants personnages s'employaient à Rome pour que Mgr. Czacki fût rappelé sans recevoir au préalable l'honneur de la pourpre ; ils voulaient par ce moyen infliger une mortification à ce prélat, et par dessus tout un blâme à la ligne de conduite qu'il avait suivie en France. Mais le gouvernement français comprit parfaitement de quels partis provenaient ces intrigues, et le but politique qu'elles poursuivaient. M. Duclerc, ministre des affaires étrangères, par une note au cardinal Secrétaire d'Etat, voulut éclairer le Saint-Siège sur ce point et demanda énergiquement que l'on maintînt en faveur de Mgr. Czacki l'antique coutume selon laquelle les nonces apostoliques accrédités près les quatre puissances catholiques, France, Autriche, Espagne et Portugal, recevaient, avant leur retour à Rome, la barrette cardinalice des mains du Chef de ces. Etats.
Je ne crois pas que le Saint-Père, qui connaissait les mérites de Mgr. Czacki et la bassesse de certaines passions
humaines, ait eu besoin de cette invitation. Quoi qu'il en soit, il le créa cardinal dans le consistoire du 25 septembre 1882, et comme, d'après la coutume, c'est l'auditeur de la nonciature qui a la mission de porter la barrette cardinalice à son propre supérieur en qualité d'ablégat, le Saint-Père me désigna pour cet office, lequel dans l'espace de cinq mois, m'était ainsi confié pour la seconde fois.
La cérémonie solennelle eut lieu à l'Elysée, le 6 octobre, avec le cérémonial accoutumé. M. Grévy, avec sa courtoisie habituelle, répondit en ces termes à mon petit discours : « Je n'ai point oublié, Monsieur l'Ablégat, le plaisir que j'ai eu d'entendre une première fois votre élégante parole dans la circonstance que vous venez de rappeler. Je n'ai point oublié non plus les vœux que vous formiez alors et que vous renouvelez aujourd'hui pour la nation française et pour le Président de la Eépublique. Je vous en offre mes vifs remerciements » . Le Président, qui aimait beaucoup la langue latine, se plut à faire un éloge public et beaucoup trop flatteur de la latinité de mon allocution en disant dans le discours qu'il adressait au nouveau cardinal : « Le Souverain Pontife a voulu surtout honorer en vous ce que Monsieur l'Ablégat, dans cette belle langue qu'il sait faire revivre, a si justement appelé egregias animi dotes et praeclara mérita ».
Mais si mon petit discours a quelque mérite, il a surtout celui d'avoir gardé une juste mesure dans l'éloge de Mgr. Czacki. Je devais naturellement signaler ses mérites et ses qualités; mais comme, dans une certaine partie du public français, quelques uns de ces mérites, quelques unes de ces qualités, au point de vue diplomatique, étaient considérés comme des démérites et des défauts, j'avais à observer une grande sobriété de langage ; je ne voulais point rouvrir d'inutiles polémiques au moment où le Nonce, miné par la ma-
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ladie, était sur le point de quitter la France. Et de fait les français trouvèrent que j'avais donné la note juste et ils s'abstinrent de tout commentaire. Quelques uns m'envoyèrent même leurs félicitations. Un diplomate m'écrivait, le 6 octobre : « Voulez-vous me permettre de me faire plaisir à moimême en vous disant combien votre discours m'a touché et charmé ? Vous avez rendu avec une délicatesse exquise la physionomie morale de M. le Nonce ; sa finesse d'esprit, sa douceur de cœur, son double patriotisme : celui d'ici-bas et celui de là-haut » .
Et l'un des prélats les plus distingués de France, Monseigneur Boyer, évêque de Clermont et plus tard archevêque de Bourges et cardinal, s'exprimait ainsi dans une lettre datée du 7 du même mois : « Je viens de lire le discours que vous avez adressé à M. le Président de la République. Je ne reviens pas de la joie enthousiaste qu'il m'a fait éprouver ; oui, Rome est le Parnasse des grandes et fortes études. Quelle brillante latinité dans ce discours! La gracieuse latinité payenne et la mâle latinité ecclésiastique s'y donnent la main » .
J'eus plaisir de voir, par ces éloges, évidemment supérieurs à mes mérites, que la latinité que j'avais apprise au séminaire de Montefiascone était appréciée par les personnes cultivées de France.
Le cardinal Czacki partit pour l'Italie quelques jours après la cérémonie à l'Elysée. Plusieurs personnages l'accompagnèrent à la gare, parmi lesquels M. Duclerc, ministre des affaires étrangères, qui fut ému jusqu'aux larmes au moment de la séparation. « J'ai perdu dans le nonce, me disait-il, celui qui m'a le plus appris en matière de politique et de religion». J'accompagnai le cardinal jusqu'à Turin,
OÙ le chevalier Nicolas Campa l'attendait pour lui tenir compagnie pendant le reste du voyage. Puis je retournai directement à Paris pour remplir l'office de chargé d'afiPaires jusqu'à l'arrivée du nouveau nonce.
Ainsi se termina, après trois années, la nonciature de Mgr. Czacki, au sujet de laquelle on continua de manifester, en des appréciations injustes et passionnées, ou en des inventions dénuées de tout fondement, d'injustificables rancœurs. J'ai indiqué plus haut l'origine et la cause de ces jugements erronés et malveillants ; maintenant que le prélat repose en paix dans l'église de Sainte-Pudentienne à Rome, et que l'on ne peut plus m'accuser de baser mon opinion sur un intérêt humain quelconque, je répéterai franchement, une fois encore, que le Nonce fut mal compris, qu'il fut l'objet d'accusations injustes et purement imaginaires. Il eut l'unique tort, si ce fut un tort, en face des partis monarchiques français, de préluder, plus encore par son attitude que par ses actes, à cette politique élevée et supérieure aux formes contingentes de gouvernement, qui fut inaugurée et suivie, dix ans plus tard, sous ma nonciature. Il peut se faire que Mgr. Czacki, arrivant en France alors que les espérances d'une restauration monarchique étaient plus vives et moins improbables, se soit fait quelque illusion sur l'opportunité et l'efficacité de sa conduite politique; mais il est certain, d'une part, qu'il a toujours agi avec une grande droiture d'intention et dans le seul but de procurer le bien de l'Eglise ; d'autre part, qu'on lui a faussement attribué certaines paroles et certains actes.
Du reste tous les français ne jugèrent pas de cette manière la nonciature de Mgr. Czacki. Les hommes sages et impartiaux en reconnurent les bons résultats, comme le constatait l'un d'entre eux dans une lettre qu'il m'écrivait à moi-
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même : « Le passage de Son Excellence à travers la ligue formidable de toutes les passions antireligieuses et, disonsle aussi, à travers les obstacles élevés par une misérable coterie de quelques hommes exagérés qui eussent voulu qu'on les crût plus catholiques et plus romains que Rome même, le passage de Son Excellence, dis-je, à travers des jours si tourmentés, les actes de sa politique qui n'a jamais incliné vers des concessions de principes ou de faiblesse, ni vers des manœuvres de parti, formeront une des pages les plus importantes et les plus instructives de l'histoire de l'Eglise au XIX* siècle » .
Ma gestion comme chargé d'affaires dura un mois environ, et me fut facilitée en plusieurs cas par la courtoisie de M. Duclerc, qui se plut à reporter sur ma personne une partie de l'estime et de la sympathie qu'il avait pour le cardinal Czacki. Le nouveau nonce arriva à Paris dans les premiers jours de novembre ; c'était Mgr. Di Rende, archevêque de Bénévent, prélat distingué et intelligent, mais sans expérience de la diplomatie. Il avait à peine 36 ans et ne s'était jamais occupé que de ministère ecclésiastique; il avait fait son éducation littéraire et scientifique au séminaire d'Orléans, connaissait bien la langue française, et avait des relations dans la classe aristocratique française. Sa mère, la marquise Di Rende, autrefois dame d'honneur à la cour des Bourbons de Naples, se trouvait ainsi avoir, dans le parti orléaniste français, quelques relations que, venue à Paris, elle entretenait non seulement avec soin, ce qui était son droit, mais encore avec affectation, ce qui mit son fils dans une situation un peu délicate vis-à-vis du gouvernement français.
Avant même le départ de Mgr. Czacki, j'avais demandé au Saint-Père d'être rappelé à Rome, car ma santé était
quelque peu ébranlée ; mais S. Em. le cardinal Jacobini, Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, dans une lettre du 28 septembre à Mgr. Czacki, très élogieuse pour moi, ne me laissait aucun espoir à ce sujet. « J'ai fait connaître au Saint-Père, disait-il, ce que Votre Eminence m'exposait dans sa lettre particulière concernant l'état de santé de Mgr. Ferrata et la difficulté que celui-ci éprouvait de continuer à Paris l'office qu'il a exercé jusqu'à ce jour. Le Saint-Père a été peiné d'apprendre le mauvais état de santé de ce courageux et soigneux auditeur, qui a su acquérir l'estime et l'affection de tous ; mais il juge qu'il ne serait ni utile ni opportun d'en priver la nonciature en ce moment si grave pour la situation des choses religieuses en France. Sa volonté est donc que Mgr. Ferrata reste en France : il pourrait prendre plusieurs jours de repos dans quelque localité de France, etc. etc. .. ».
De son côté, Mgr. Di Rende eut la bonté de me prier instamment de renoncer à mon projet de retour à Rome, et volontiers j'aurais accédé à son désir; mais je sentais chaque jour davantage le besoin de changer de climat ; de plus je prévoyais que la situation de l'ancien auditeur de Mgr. Czacki allait devenir assez délicate près du nouveau nonce, lequel concevait différemment, au moins quant au mode, la ligne de conduite politique à tenir en France. J'attendis donc que Mgr. Di Rende fût au courant des affaires de la nonciature ; puis, au commencement du 1883, je fis de nouvelles instances près du Saint-Siège, qui cette fois daigna les accueillir, me rappelant à Rome et me confiant le poste de Sous-Secrétaire de la S. Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires que j'avais quitté trois années auparavant.
En quittant la France, je reçus de la part de plusieurs membres de l'épiscopat et du clergé de précieux témoigna-
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ges d'affection dont je conserve le plus reconnaissant souvenir; ils ont beaucoup contribué aux sentiments de sympathie et de dévouement que j'ai toujours gardés à la noble nation française.
Avant de retourner à Rome, mes supérieurs m'accordèrent de passer trois mois environ à Gradoli, ma patrie, au grand avantage de ma santé. Même pendant l'hiver, les eaux azurées et tranquilles du lac, nos belles et douces collines, couvertes de neige, et rayonnantes sous ^ le soleil, sont pleines de poésie et d'attraits.
A mon arrivée à Rome (le 9 avril), le Secrétaire de la S. Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires était Mgr. Luigi Pallotti, qui fut ensuite élevé à la dignité cardinalice. Revenu au poste de Sous-Secrétaire, je trouvai une grande bienveillance auprès de S. Em. le cardinal Jacobini, Secrétaire d'Etat, et du Saint-Père lui-même, lequel me faisait parfois appeler pour me confier quelque travail, concernant spécialement la France. La première fois, il daigna me confier la rédaction d'une lettre pontificale à M. Grévy, dans laquelle on devait résumer les actes accomplis par le gouvernement républicain au détriment de la religion, en opposition avec l'attitude délicate et bienveillante qu'avait toujours tenue le Saint-Siège ; l'on devait en outre faire un appel pressant et motivé au Président pour que ces actes nuisibles à l'Eglise et à la France fussent réparés, et qu'on pût empêcher les dernières dispositions hostiles projetées par les ennemis de la religion. En m'ordonnant ce travail, le Saint-Père me dit clairement qu'il voulait me mettre à l'épreuve et se rendre compte par lui-même de mes capacités: ce qui augmenta quelque peu mon appréhension. Mais, grâce au ciel, il fut satisfait de ma rédaction et n'y fit aucun
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changement. La réponse de M. Grévy à la lettre du Souverain Pontife fut correcte quant à la forme, mais peu concluante quant au fond, comme il fallait s'y attendre. Ne pouvant justifier les faits cités par le Pape, parmi lesquels la dispersion récente de différentes congrégations religieuses, le Président se bornait à exprimer son regret, faisant remarquer que ses pouvoirs et ses attributions étaient liés par la Constitution du pays.
La réponse de M. Grévy fut publiée plusieurs années après, en 1892.
Mais ma situation changea bien vite d'aspect ; car le Saint- Père, après trois mois à peine, me chargea de me rendre en Suisse pour prendre sur place des informations sûres concernant différentes questions qui préoccupaient le Saint-Siège. Cette mission toute privée fut suivie de trois autres de caractère officiel qui eurent pour but d'arranger, d'accord avec le gouvernement fédéral et le canton du Tessin, les difficultés survenues et de rétablir en ce pays la paix religieuse troublée depuis de nombreuses années.
C'est le récit de ces importantes missions que nous avons à donner maintenant.