‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 8 sur 17 · CH. XXII. - I.E PAPE ET LE NÉGUS MÉNÉLIK · texte numérisé non relu

CH. XXII. - I.E PAPE ET LE NÉGUS MÉNÉLIK

» Ces preuves de bienveillance ont réjoui notre cœur; elles honorent le vôtre. Aussi est-ce à votre cœur de monarque et de chrétien que s'adresse aujourd'hui notre parole pour vous engager à un acte de générosité souverain.

» La victoire a laissé en vos mains de nombreux prisonniers. Ce sont des jeunes gens vigoureux et dignes de respect qui, à la fleur de l'âge et à l'aurore des plus belles espérances, ont été enlevés à leurs familles et à leur patrie. Leur captivité n'augmente ni la mesure de votre puissance, ni l'étendue de votre prestige ; mais plus elle se prolonge, plus vive est la douleur dans l'âme de milliers de mères et d'épouses innocentes.

» Pour nous, pénétré de la sainte mission que nous a confiée Notre Seigneur Jésus Christ et qui s'étend à toutes les nations chrétiennes, nous les aimons comme des fils. Agréez donc la demande que le cœur d'un père vous fait au nom de la Trinité divine, au nom de la Vierge bénie, au nom de tout ce qui vous est le plus cher dans ce monde ; veuillez sans retard leur rendre la liberté. Très puissant Négus Negesti, ne vous refusez pas à vous montrer magnanime aux yeux des nations. Enregistrez cette page glorieuse dans les annales de votre règne. Que sont, après tout, les droits impitoyables de la guerre à côté des di'oits et des devoirs de la fraternité humaine?

» Dieu vous en rendra une riche récompense, car il est Père miséricordieux. Mille voix s'élèveront en chœur pour vous bénir, et la nôtre se fera entendre la première. En attendant, nous implorons du ciel sur la Famille royale tous les biens désirables.

» Donné à Home, près Saint-Pierre, le 11 mai de l'année 189G, de notre pontilîcat la dix-neuvième ».

Mgr. Macaire, porteur de cette lettre et de quelques dons pour Ménélik, se mit en voyage vers le milieu de mai, et un prêtre polonais se joignit à lui, envoyé par un comité de personnes généreuses, pour porter des lettres, des vêtements et des vivres aux prisonniers italiens.

Il importait souverainement au Saint-Siège que la mission confiée à Mgr. Macaire réussît ; aussi rechercha-t-il tous les moyens de la faciliter. Parmi les gouvernements européens qui paraissaient avoir une influence, bien que limitée, sur l'esprit de Ménélik, on indiquait ceux de France et de Russie. Je ne sais trop sur quoi on basait cette opinion : pour ce qui est de la France, je dus constater qu'en fait le gouvernement de ce pays ne pouvait pas grand' chose à la cour d'Abyssinie.

Je crois utile, malgré tout, de raconter en quelques mots les instances que je fis près du gouvernement français et par son intermédiaire près du gouvernement russe, afin qu'ils exerçassent sur le Négus une influence favorable. C'est à raison de ces démarches que je fais mention dans ces mémoires de la mission de Mgr. Macaire.

Le 29 mai 1896, le cardinal Rampolla m'envoyait ce télégramme : « Je prie Votre Excellence d'obtenir du gouvernement français une recommandation télégraphique aux autorités françaises de Djibouti en faveur de Mgr. Cyrille Macaire, qui devra traverser le territoire abyssin pour accomplir une mission spéciale » .

Jusqu'à ce moment il avait bien couru quelques bruits, mais très vagues, sur la mission de ce prélat; de sorte que je dus me borner à des conjectures sur son but précis. Le télégramme du Secrétaire d'Etat ne me l'indiquait pas davantage. Le ministre des afîaires étrangères en France était alors M. Hanotaux, avec lequel j'avais des rapports cor-

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