CH. XX 11. - LE PAPE ET LE NÉGUS MÉNÉLIK
diaux. J'allai donc lui communiquer immédiatement le télégramme. Comme il avait de son côté reçu quelques indications des représentants français en Egypte, il me fit comprendre qu'il désirait beaucoup être agréable au Saint-Siège, mais qu'il s'agissait, selon lui, d'une affaire assez délicate ; il avait donc, avant d'agir, fait demander télégraphiquement au chargé d'affaires près le Saint-Siège un supplément d'informations concernant le caractère et le but de la mission de Mgr. Macaire.
Il avait compris qu'elle se composait d'ecclésiastiques de différentes nations et il craignait un peu que ceux-ci, parmi lesquels ne figurait aucun français, ne pussent s'employer en Abyssinie à étendre l'influence de quelque nation européenne. Mais les renseignements que lui envoya le chargé d'affaires, M. de Navenno, le rassurèrent complètemeiit sur ce point. Il me fit donc savoir, le 1" juin, que le ministère des colonies avait envoyé à l'autorité française de Djibouti le télégramme suivant : « Recevez honorablement mission étrangère qui va arriver, facilitez son passage ; mais nous ne pouvons faire aucun frais pour elle » .
M. Hanotaux m'avait déjà prévenu de ce dernier point, qui lui était imposé, disait-il, par des nécessités budgétaires ; je ne m'en étonnai donc pas. Mais la première partie du télégramme « recevez honorablement mission étrangère » me parut quelque peu obscure et, en effet, elle donna lieu à une équivoque, comme je le dirai plus loin.
Tandis que je communiquais au cardinal Secrétaire d'Etat ces instructions données par le gouvernement français, les journaux d'Italie et de France annoncèrent la mission de Mgr. Macaire et son but précis. Le correspondant romain du Figaro écrivait (2 juin): «Le Pape, par une pitié paternelle envers les prisonniers italiens en Afri([ue, vient d'à-
dresser une lettre au Négas, lui demandant la restitution des prisonniers. C'est Mgr. Macaire, vicaire patriarcal des Coptes, déjà en voyage, qui est chargé de porter cette lettre ». Le même correspondant ajoutait que « l'intervention directe du Pape en faveur des 2500 italiens qui sont aujourd'hui au Choa les prisonniers de Ménélik a causé autant de surprise que d'admiration. Il y a déjà un mois que la lettre de Léon XIII demandant au Négus de rendre les malheureux prisonniers à leurs familles a pris la direction du Choa . . . Les journaux officieux du Quirinal sont pleins d'éloges pour la généreuse tentative de Léon XIII, tandis que les organes personnels de Crispi trouvent encore le moyen d'accuser le Pape de machiavélisme ! . . . Léon XIII a fait là un acte splendide qui émut en somme tout le monde » .
Je ne sais qui divulgua cette nouvelle, mais ce fut une erreur grave et qui contribua beaucoup à l'insuccès de la mission de Mgr. Macaire. Si, en effet, au début, l'initiative du Pape fut saluée avec joie et admiration par le peuple italien et même par les journaux officieux du Quirinal, comme le dit le Figaro, la presse maçonnique, bassement jalouse des applaudissements adressés au Pape, ne manqua pas d'attribuer à l'intervention pontificale des fins secondaires et politiques. Elle alla même jusqu'à faire ressortir l'humiliation qui, en cas d'un heureux succès de la mission^ atteindrait le gouvernement italien, impuissant de son côté à obtenir la libération des prisonniers.
De ces vilains commentaires de la presse sectaire à un changement d'attitude de la part du gouvernement italien il n'y avait qu'un pas. Alors qu'il avait considéré jusque-là l'initiative du Saint-Père comme avantageuse pour lui, puisqu'en réussissant elle le libérait d'une grave difficulté, sous l'impulsion de cette presse, il en vint à la regarder comme