DETAILS HISTORIQUES
All£CDOT£S MILITAIRES 9 INTRIGUES DE COUR , AVEMTORES GALANTES 9 TABLEAUX DE MOEURS y etc. 9 etC. :
Anecdote singulière qui concerne la Suisse.
EcFÎl ea 177 1.
A.U coimneocemeat du siècle^ en 1705^ il y eut une guerre en Suisse^ dont le prétexte était la religion 9 et lobjet caché, de rendre populaires les cantons aristocratiques. Le peuple des cantons catholique , excité par les moines , voalait la démocratie ; les gens de condition ) en possession des charges, tenaient pour Taristocratie ; mais, n'étant pas les plus forts , ils furent obligés de paraître adhérer au plus grand nombre. Les cantons proteslans soutenaient ouvertement l'aristocratie, et elle aurait été détruite , s'ils avaient eu le dessous. Les moines , pour engager les pajssChs à se bien battre , leur distribuèrent des agnus y en les assurant que tant qu'ils les porteraient à leurs. chapeau^ ils seraient invulnérables.
Les catholiques et les protestans s étant rencontrés à Filmergue , il s'y donna une bataille décisive. Les catholiques , surpris de voir tomber les.
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leurs ^ maigre Tégide qu ils portaient à leurs cha-' peaux^ s'avisèrent de casser de ces agruiSy et ils trpùyèrent dans chacun un billet où il y avait écrit une petite phrase allemande , dont voici la traduction : « Défends'toi y lâche ! » On devine que j'affaiblis l'épi thè te. M. Pfiffer m'a assuré avoie encore chest lui y a Lucerne ^ de ces agnus.
C était un Pfiffer y ancêtre de celui dont je viens de parler^ qui commandait en chef les catholiques. ]N[e voulant point vaincre les protestans , ce qui aurait rendu démocratiques tous les cantons catholiques y il prit une mauvaise position y et même se laissa tourner. Son fils y qui n'était point dans le secret y s'étant aperçu de la faute que faisait son père y après l'en avoir averti y voyant qu'il ne faisait rien pour la réparer^ plein d'un enthousiasme patriotique digne des premiers RcHnains^ vertu dont l^s Suisses sont bien corrigés y criait de rang en rang : Quoi ! personne ne tuera mon père ! pour wjoi y je ne le puis : je suis sonjils l
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HISTORIQUES. a5
Du roi de Prusse.
Ecrit en 1783.
L'histoire entrera dans trop de d^laUs sur ce qui regarde la vie et le personnel du roi de Prusse , pour m'engager dans une matière aussi vaste y sur laquelle d'ailleurs je n'ai pas acquis assez de connaissance pour me permettre de la traiter : je me bornerai à quelques réflexions auxquelles m'a couduit une anecdote de M. de Voltaire.
M. de Voltaire s'entretenant avec un de ses amis^ de son premier voyage en Prusse ^ lui dit qu'après avoir été présenté au roi , il se livra à la curiosité de tout voir dans un pays où rien ne lui paraissait indifférent; qu'ayant parcouru le palais, il fut conduit aux écuries , où il remarqua un cheval dont la vaste place et la sXà\e distinguée annonçaient une prédilection qui lui fit demander quelle en était la cause? On lui répondit que c'était le cheval que le roi montait à la bataille de Molwitz ( i ) . S'en retournant à son auberge , ilfut arrêté dans la rue par un homme couvert de lambeaux , qui lui demanda l'aumône.. Cet homme ayant l'air d'avoir servi ^ étonna M. de Voltaire^ imbu des principes
(0 On ayait prétendu qne le roi de Prusse s'ëlait enfui à cette Itataille. On croyait ^ue c'était sur ce cheval.
de ]a France y qui a pourvu au sort de tout militaire détruit au service de l'État. Il lui demanda s'il avait été soldat ^ et il fut fort surpris d'apprendre qu'il avait été chasseur^ et que c'était lui que le maréchal de Schwerin avait envoyé au roi de Prusse y pour lui porter la^nouvelle du gain de la bataille de Molwitz.
Je tiens ce fait de la personne à qui M. de Voltaire l'a raconté. On n'exigera pas de moi d'en attester la vérité ; mais si c'est une métaphore y elle peint parfaitement le roi de Prusse; sa jalousie d'abord , dont on a toujours trouvé des traces dans toutes les occasions et dans tous les instans de sa vie ; ensuite la dureté de ses principes; son habitude de ne considérer les individus que comme des ressorts propres à produire les grands effets qu'il a voidu et qu'il a été nécessité d'opérer j de jtie plus les voir après que comme des fardeaux importuns qu'il abandonnait, du moment qu'épuisés ils ne pouvaient plus contribuer à ces grands effets.
Voilà l'inconvénient des conquérans ^ le plus ter^ rible fléau qui puisse affliger un empire 1 Leurs projets sont si vastes, que si les moyens leur manquent poui' les remplir y ils y suppléent en faisant céder les sentimens d'humanité y de justice y que la nature a mis au fond de tous les cœurs, à des calculs barbares d'où dérivent ces avions que la renommée porte au loin, mais qui font la désola^ tion de tous^ et qui finissent toujours par obérer les grands Etats et détruire les petits , à moia» que les
talens pu le bonheur de ces conquërans ne fixent la fortune et les éYeaemeQ3 > ce qui est assez rare.
Si M. de Voltaire a voulu attaquer la valeur du roi de Prusse ^ par le traitement distingué qu'il attribue au cheval que ce prince montait à Mclwitz y lepigramme porte à faux. L'histoire ne présente point d'homme qui ait montré autant de bravoure dans les occasions y et un courage aussi soutenu. Sa fuite de Molwitz ne peut être une tache dans sa vie ; il était jeune alors, sans expérience ; c'était la première action où il se trouvait. M. de Schvverin , en qui il avait mis , et en qui il devait mettre toute sa confiance , qu'il considérait comme son raaitre , lui fait dire qu'il faut qu'il se retire : il s'en va, il n'y a rien la que de fort simple. A côté de cet événement, qu'on suive ses campagnes; on l'y verra entouré par des forces supérieures, coupé de toutes parts, sans ressources que ses talens et son courage, calculer le point le plus faible pour y diriger son effort , en épier le moment , s'ouvrir un passage , et se mettre en sûreté avant que l'ennemi soit revenu de son étonnement; on l'y verra surpris la nuit, dans son camp, arrêter son armée a demi nue , à un quart de lieue , la ranger en bataille , et en imposer au point qu'on n'ose l'attaquer; ou l'y verra , à peine assuré d'une victoire, monter dans sa voiture , et voler pour en remporter une autre , k plus de trente lieues de la première : supérieur aux revers , les surmonter par ses ressources ; prudent dans les succès, prévoyant tout , pour-
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voyant à tout; administrateur éclairé^ général consommé ^ politique profond y redoutable à ses ennemis dans son cabinet comme dans les combats , où il s'est souvent exposé- Comment ose-t-on attaquer la valeur d'un tel homme ? Ajoutez qu'au milieu de tant de sollicitudes y il n'a jamais manqué un seul jour de jouer de la flûte et de faire des vers ? C'est par air , dit-on : ma foi , Messieurs les grands hommes y quand vous serez fats à ce prix ^ permis à vous de l'être !
HISTORIQUES. 2g
jiutre anecdote sur le roi de Prusse.
Ecrit en 1784*
Cette anecdote a été rapportée par le sieur Seffer^ médecin , pendant la dernière guerre des armées prussiennes. Il en a été témoin oculaire.
Le roi de . Prusse ^ sévère y même farouche y dans son administration y sublime dans ses calculs y qui tous tendent y depuis la moindre de ses paroles jusqu'à la plus importante de ses actions y à porter et maintenir sa puissance au plus haut degré de force qu'il lui est possible d'atteindre , supplée souvent^ par son adresse^ à ses moyens. Autant il est austère et dur avec ses généraux , autant esl-il populaire et familier avec ses soldats , au point que les grenadiers affectés à la garde de sa personne y le tutoyaient.
Quelque temps avant la bataille de Rosbach^ épo«> que à laquelle les affaires de ce prince étaient dans un tel délabrement, qu'il y avait tout lieu d'en augurer une perte totale et prochaine , ce prince était couché et dormait sur la paille y entouré de ses grenadiers , dans un lieu assez marécageux y pour qu'on eût fait plusieurs feux autour de lui. Un de ces grenadiers , nommé Spencer, le réveilla, en lujL disant : Frédéric , voilà un de tes grenadiers qui avait déserté y qiion te ramène. — Fais- le avancer y
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lui dit le roi ; et lorsqu'il fut en sa présence , il lui demanda quelle raison il avait eu de Vabandonner? (( Tes affaires 9 lui répondit le déserteur^ sont dans un tel état, que je t'ai quitté pour aller chercher fortune ailleurs. — Tu as raison, lui répliqua le roi ; mais je te demande de rester encore avec moi cette campagne ; et si les choses ne vont pas mieux^jetepromet&dedéserter avec toi. u L'homme d'Ëtat , l'homme adroit, l'homme gai , trouveront la même sublimité dans cette réponse. Les grands hompies mettent leur cachet à tout ; c'est que tout chez eux part du même principe.
HISTORIQUES. 5l
Anecdote sur la campagne de 1744*
Ecrit en 1783.
M. de Rottambourg était né Silésien, je crois. Il était venu en France ^ où on l'avait employa dans les négociations , et il avait terminé sa carrière par l'aoïbassade d'Espagne y au retour de laquelle il se fixa à Paris y où il ne vécut pas long-temps. Sa mort laissa une fortune immense à iin neveu de son nom y seulhéritier qu il eût. Ce dernier avait épousé mademoiselle de Parabère y fille de la fameuse ma* dame de Parabere y qui avait été maîtresse de M. le duc d'Orléans y régent du royaunje..
Ce neveu ne jouit pas long- temps des biens que lui avait laissés son oncle. Mille dépenses ^ et surtout un goût effréné pour le jeu y les épuisèrent bientôt y et le réduisirent à ne pouvoir plus rester à Paris. Il prit le parti de s'en aller auprès du roi de Prusse y et de quitter sa femme y dont il n'avait point eu d'enfans, et qui se mit dans un couvent. Ce prince le reçut parfaitement bien , ce qui parut assez étonnapt; car M. de Rottanibourg n'avait nul talent militaire ; métier dont la vie qu'il menait l'avait toujours éloigné. Par la mênie raison y il n'avait d'instruction dans aucun genre y ni même des qualités aimables. Enfin on ne sait par quel motif, mais le roi de Prusse Iç reçut à merveille , et lui donna de quoi vivref.
Les dépenses de M. de Rottambourg , son goût pour le jeu 9 qui était alors fort en vogue à Paris ^ son malheur constant^ grand moyen pour être recherché y l'avaient fait vivre dans la meilleure compagnie, en France. Le maréchal de Richelieu l'avait particulièrement connu ; et c'est de lui que je tiens l'anecdote suivante .
11 y avait déjà long-temps que M. de Rottambourg était en Prusse , lorsque M. de Richelieu en. reçut un billet, l'hiver de 1743, par lequel il sut qu'il était à Paris. 11 lui mandait qu'il venait d'arriver, et qu'il désirait un entretien ; mais qu'ayant des choses très-importantes à lui communiquer, il le priait de le recevoir le plus secrètement possible, et surtout qu'il ne fût vu de personne. M. de Richelieu demeurait alors dans une très-grande maison qu'il avait à la Place Royale. 11 prit en effet toutes les précautions imaginables pour faire in-* troduireM. de Rottambourg chez lui ; et lorsqu'ils furent tète à tête, après les premiers complimens, M. de Rottambourg lui remit une lettre , en lui disant : P^oilà ma lettre de créance. M. de Richelieu s'empressa de la décacheter , et reconnut qu'elle était de la main du roi de Prusse, en ayant déjà reçu plusieurs à différentes occasions. Après beaucoup de choses obligeantes pour M. de Richelieu , ce prince ajoutait : « J'ai chatgé le comte de îlot- » tambourg d'une commission pour vous , et je vous D prie de prendre confiamce à tout ce qu'il vous » dira de ma part. » Eu effet,. M. de Rottam-
]»oarg étant entre en matière ^ lui communiqua i< que le roi de Prusse avait des avis certains que , » tandis que d après . les projets arrêtes pour la }} campagne de 1 744 9 1^ i*oi serait occupé à la })' conquête de la Flandre , avec la majeure partie )i de ses forces , le prince Charles devait , avec l'ar- )) mée qu il commandait ^ passer le Bhin , et entrer )} en Alsace ; que le seul moyen qu'il eut pour ne }} rien déranger aux desseins qu on avait , et parer » ce coup y était que ^ dès que lé prince Charles auj) rait passé le Rhin y le roi de Prusse entrât en. )i Bohême^ et qu'il venait l'offrir au roi de la part » de ce prince ; à une condition toutefois y c'est » qu aucuns des ministres actuels de S. M. n'eus-^ » sent connaissance de ce traité y S. M. Prus- » sienne vouUfnt qu'il JÛt conclu entre les deux » rois et lui ( M. de Richelieu ) en tiers. » Il y avait alors en place M. d'Argenson à la guerre y M. de Puisieulx ^ux affaires étrangères^ et M. de Maurepas à la marine.
M. de Richelieu n'eut rien de plus pressé que de faire mettre les chevaux à sa voiture, et de s'eu aller à Choisy où était. le roi. En arrivant, il demanda ce qu'il faisait : un homme dé la chambi^e lui répondit mystérieusement qu'il était chez madame de Chàteauroux. On ne. l'interrompait guère dans ces instans. L'homme de la chambre fut asses& surpris de voir M. de Richelieu poursuivre son chemin ; mais comme ce sont les gentilshommes de la chambre qui donnent l'ordre à tout le monde