‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 15 sur 34 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

dans rintérieur ^ et qu'ils n'en reçoivent de per-- Qonne y il n'osa lui rien dire.

M. de Richelieu eut la précaution de tourner plusieurs fois la clef avant douvrir la porte de Fappartement de madame de Giâteauroux. Le roi lui demanda assez sèchement ce qu'il voulait : (c Rendre compte à Y. M. d'un événement qui j» presse, auquel je ne m'attendais guère , et qui }} la surprendra autant que moi. » 11 raconta alors au roi tout ce qui s'était pa^sé , et lui remit une lettre du roi de Prusse , que M. de Rottainhourg lui avait donnée y et qui contenait les mêmes choses que M. de Richelieu venait de détailler. 11 fut tenu un conseil entre le roi , madame de Châ*teauroux et M. de Richelieu , sur le contenu de la dépêche 9 et résolu d'une cotomi^ne voix d'accepter les propositions du roi de Prusse. £n^ conséquence, le roi dit à M. de Richelieu qu'il n'avait qu'à mlier en aidant , et trasNÙller d'après ce plan. M. de Richelieu s'en excusa sur ce qu'il n'était pas assee au courant des affaires , assee versé dans la politique pour conclure un traité ; il ajouta que , puisque le roi de Prusse ne voulait d'aucun des secrétaires d'Etat y S. M. avait des gens éclairés dans son cou» seil ; qu'on pouvait proposer le maréchal de Noailles et le cardinal Tendn . ji la bonne heure , dit le roi ; edlez Iwr parUr de ma part, et vojrez> si l'on en vendra en Prusse. , •

. M. de Richelieu exécuta ks ordres du roi ; les négocâatewa convinr^at au roi 4^ Pruese, et le

traité fut aussi promptement que secrètement conclu.

Les éirénemensr de la campagne de 1744 justifièrent les avis qu'avait donnés le roi de Prusse. Ce fut après la conquête d'Ypres qu'où apprit eu Flandre que le prince Charles avait passé le Rhin ^ et qu'il était en Alsace , favorisé par M. de Selendorf y qui ccmimandait les Bavarois y combinés avec les troupes du roi^ et qui nous trahissait. Cet événement donna lieu à la superbe manœuvre du maréchal de Coîgny qui commandait Tannée sur le Rhin. Le j*oi partit sur-^le-champ pour se rendre en Alsace ^ à la tète de l'élite de ses tr<fupes , et laissa le reste en Flandre sous les ordres du comte de Saxe y depuis maréchal de France f il emmena avec lui le maréchal de Noailles qui avait jusquelà commandé l'armée de Flandre*

Le roi fut arrêté à Metz par une maladie très^ grave qui le mît aux portes du tombeau. M. d'Argenson y ministre de la guerre y étant venu lui demander des ordres pour le maréchal de Noailles qui avait pris le commandement de l'armée du Rhin , renforcée des troupes tirées de celle de Flandres ^ Mandez^lui y répondit ce prince , que M. le prince de Condé a gagné la bataille de Rchcrojy cinq jours offres la mort de Louis XIII.

U ne soutint pas long-teiûps le grand caractère y ni le courage qu'annonçait une telle réponse. Bientôt, sa faiblesse ordinaire prit le dessus. 11 est né^-

cessaûre de reprendre les choses d'un peu plus haut.

Le roi 9 détermine à aller à la guerre^ avait joint son armée de Flandre à l'abbaye ^de Gisoin. 11 en fît la revue , suivi de M. de Wasnar que les États- Généraux lui avaient député^ et qui né put dissimuler son étonnement et son admiration de tout ce qu'il voyait. En effets jamais coup-d'œil si beau ni si imposant ne s'offrira aux regards. Qu'on se figure cent mille hommes rangés en bataille sur

une seule ligne y dans une plaine absolument rase ; en avant ^ vers le centre ^ quarante mille «hommes qui composaient la réserve du comte de Saxe^ et cent pièces de canon ^ artîUerie immense alors > qui tirèr^t continuellement tant que la revue dura^ Jamais on n'avait vu de si belles troupes mieux équipées y ni plus d'ardeur briller dans tous les yeux. Geux qui connaissent les Français s'en feront aisément une idée y en apprenant que c'était la prer mière fois qu'ik voyaient leur maître à leur tête. Le roi, surtout attirait tous les regards : cette figure , si belle et si noble, ces yeux si beaux, si fiers et si doux en même temps y tous ces avantages , quelqu'impression qu'ik fissent à Versailles, étaient encore relevés par la cirtonstance. 11 augoienta l'enthousiasme que cette armée , ce speètade , ce bruit, cette magnificence et sa présence avaient excité dans tous les cœurs , par l'^r de satisfaction répandu sur son visage , et la bonté qu'il témoignait à tout le monde; ne passant. devant aucun officier-général sans lui dire quelqi^e chose d'abUgeant , ou d'à propos ; en usant de même

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poar plusieurs corps ^ et même pour plusieurs colonels.

La campagae s'ouvrit par le siège de Menia ; le roi fut à l'ouverture de la tranchée ; il y montra la même ardeur ^ la même gaieté et la même bonté qu a Cisoin ; aussi tourna-t-il toutes les têtes.

11 ne tarda pas à démentir un début aussi brillant. Madame de Cbâteauroux et la duchesse de Lauraguais sa sœur, étant arrivées à l'armée y le roi ne se montra plus aux troupes ; il demeura enfermé toute la journée avec ces deux femmes , et ses courtisans intimes, à jouer. Menin pris, on fit la conquête d'Ypres. Le roi parcourut plusieurs villes de Flandre : soit qu'il entrât dans une ville pnse , soit qu'il allât dans celles de sa domination, il était reçu partout avec la même magnificence et les mêmes démonstrations de joie ; ce n'était que fêtes , qu'illuminations dfi tous côtés ; l'indifférence du 9>i y la vie qu'il menait , gâtaient tout. Dans chaque endroit , une galerie en planches conduisait, de la maison marquée pour madame de Châteauroux , a celle qu'il habitait.

Madame de Châteauroiix avait des partisans ; elle avait encore plus d'ennemis. Le moment fatal pour toute maîtresse , et surtout pour celles des rois , étant arrivé , je veux dire le danger où le roi se trouvait à Metas , ceux cjui lui étaient opposés songèrent à en profiter. Le duc de Bouillon , grand*chambellan , et le duc de La Rochefoucauld, grand-maitre de la garde-robe, étaient à la tête de

la cabale^ dans laquelle était aussi Fabbë de Fitz— James , évêque de Soissons , premier aumônier» Cet homme abusa du rôle que son caractère l'autorisait à jouer, pour avilir soo maitre. Beaucoup d'autres gens se rallièrent à ce parti, L'évêquede Soissons y profitant de la faiblesse naturelle du roi ^ de la peur qu'il avait de la mort eUde l'enfer, lui persuada qu'il fallait faire amende honorable , et chasser madame de Qiâteauroux. En effet, le roi , après ^'être confessé , et avant d'être administré , demanda publiquement pardon du scandale qu'il avait donné , et ajouta qu'il voulait que madame de Ghàteauroux partit sur-le-champ , et sa sœur aussi. La cabale triompha : les açiis de madame de Châ«^ teauroux furent très-affligés , les gens îndifférens et honnêtes , indignés^ Le peuple , toujours idolâtre de toute acte de fanatisme , dans l'enthousiasme de la piété de son^ouverain , s'anima telle* ment contre madame de Chàteauroux , que ^ans le maréchal de Belte-lsle, qui lui prêta spn carrosse pour se sauver avec madame de Lauraguais , elle aurait été déchirée.

La même faiblesse qui avait fait donner au roi une scène aussi indécente à Metz , lui fit rappeler madame de Chàteauroux lorsqu'il fut de retour à Versailles et en bouue sîanté, M. de Maurepas, un de* ceux qui haïssaient le plus cette maltresse, fut chaîné de lui porter la lettre par laquelle ce prince la priait dç revenir auprès de lui. Elle ne jouit pas long^temp$» de son triooiiiphe* Dès le jour même, elle

tomba malade ^ et mourut fort peu après ; ce qui fit dire que M. de Maurepas avait empoisonne la lettre du roi. Mais , outre que , grâces au ciel , le poison n'est pas dans nos mœurs y il rétait/eticore moins dans le caractère de M. de Maurepas ^ trop léger pour de pareils traits ( i ) * ^^ n'était pas même ce qu'on appelle méchant ; ou n'avait à craindre que ses sarcasmes et ses malices.

Cette mort fut favorable à bien des gens ; car si madame de Chateauroux y haute et vindicative comme elle l'était y fût revenue à Versailles, beau-» \

coup de ceux qu'on y a vus constamment y n'y se-^ raient peut-être jamais retournés 5 tout au moins de fort long.temps.

(1) Voyez dans les Mémoires deLinguet sur la Bastille , 3« livrai* son de ce recueil , page 29 , la note 011 Ton repousse la même ac-^ cusation dirigée contre M. de Maurepas*.

{Note des ncup. édit, )

4o DÉTAILS

Bataille (Tllastenbeck, et ce qui Va précédée; ré— Jlexions sur la conduite de M. de Maillehois ; caractère de quelques généraux.

Relation écrite en 1771.

Avant que de parler de la bataille d'Hastenbeck^ et de considérer si , en effet , le comte de Maillebois a voulu la faire perdre , je crois qu'il convient d'entrer dans quelques détails sur ce qui l'a précédée , et de dire un mot du caractère de M. de Maillebois et de celui du maréchal d'Ëstrées.

Le comte de Maillebois a de l'esprit ^ il est aimable dans la société , d'un commerce facile et doux. Quoiqu'on ait cherclié à nier ses talenspour la guerre , il est certain qu'il en a ^ et un commandement fort agréable,

V Le maréchal d'Ëstrées ( mort à^ fin de l'année 1770) avait on ne saurait moins a'esprit. Sa société y quoique sure y était fâcheuse ; et sans le jeu qu'il aimait passionnément > il y aurait été insoutenable. Uyi^ettait en avant des opinions vides de sens^ qu'il soutenait avec chaleur et déraison , sans jamais écouter les objections qu'on lui faisait. Il portait le même esprit dans les affaires , daqs le conseil ^ à la tête des armées. Ce n'est pas qu'il ne fit un projet^ un mémoire militaire assez bien ; mais lorsqu'il était sur le terrain , ou qu'il s'agissait du moment 5 sa timidité était extrême. Il était pour-

tant très-brave de sa personne : il en avait donné des preuves à la guerre , où il avait servi avec distinction comme officier-génëral , et dans des combats particuliers : mais dès qu'il a commandé une armée y et que la besogne a roulé, sur lui y ses crainte»pour révénement allaient jusqu'à la frayeur^ et Yo$t souvent rendu aussi ridicule que son déraisonnement. D'ailleurs franc , loyal, ouvert, il a^ait tout ce qu'il faut pour êlre à la tête des troupes françaises , dont il était estimé.

La guerre s'étant déclarée , le maréchal d'Estrées fut désigi^é, en 1767, pour commander l'armée destinée à agir en Allemagne. M. de Maillebois venait d'ess)iyer un événement public qui avait nui à sa réputation; on assurait que M. le duc de Chaulnes, gouverneur d'Artois, l'avait contraint de rendre 5o,ooo francs qu'il avait tirés de cette province, en lui vendant ses services. Malgré cette tache, et tout ce qu^on put dire à M. d'Estrées sur les inconvéniens de son caractère , il le nomma pour être son maréchal-des-logis. M. de Maillebois avait épousé la sœur de M. de Paulmy , alors ministre de la guerre ; il y a lieu de croire que cette considération ne contribua pas peu à déterminer le choix du maréchal.

La campagne commença de bonne heure ^ et le rendez-vous des troupes fut à Wesel, place trèsforte sur le Rhin , de laquelle on avait résolu de faire le siège pour début , mais que le roi de Prusse abandonna, au grand étonnement de tous lésgé-

4a DÉTAILS

néraux y dont les calculs étaient moins justes que ceux de ce prince. 11 avait senti qu'il ne pourrait soutenir une place aussi éloignée de son point de défense y et que , s'il ne la livrait à ses propres forces ^ «lie lui emploirait beaucoup de troupes dont il avait besoin pour faire tète à la Russie et à T^pi— pératrice. D ailleurs ^ ayant été jusque- la lalli^de la France y il affecta de ne se point croire en guerre avec elle^ de même que la France n arma que cooinie auxiliaire de Tlmpératrice. En conséquence le maréchal d'Estrées avait à son armée une brigade autrichienne qui prenait le pas ; moyens de sauver les apparences que les puissances mettent toujours ea usage y on ne sait pourquoi ; car personne ne prend le change.

Par le traité de Versailles^ la France ti*était obligée que de fournir 2^yOOO hommes à l'Impé* ratrice y et ce fut le premier parti que Ton prit ; mais le régiment de Champagne ^ dont le comte de Gisors^ fils unique du maréchal de Belle-Isle^ était colonel y ayant été désigné pour être de ce corps ^ le maréchal y par crainte pour lui y parla si fortement dans le conseil^ et agit si puissamment^ qu'au lieu de !24>ooo hommes y on fît marcher une armée ; précaution funeste à la France y par la perte d'hommes et d'argent qu^elle lui occasiona et qui devint inutile à M. de Belle-Isle ^ M. de Gisors ayant été tué dans la campagne suivante de 1 758 ^ à la bataille de Crevelt^ eu chargeant avec les carabiniers.

L'Angleterre y seule alliée qu'eût le roi de Prusse^

prit à $a solde les troupes hessoises qui s'étaient^ oflertes à la France y propositioa que celle-ci fit la faute de ne pas accepter ; et ^ tandis que le maréchal d'Estrées se préparait à Wesel ^ il se rassem*blait à Bilefeld une armée composée d'Anglais ^ d'Hanovriens et d'Hessois y dont le duc de Curaber'* laod eut le commandement.

Je fis la campagne de 1757, aide-de-camp de M. le duc d'Orléans y et brigadier employé. Le maréchal d'Estrées se trouvait y pour la première fois 9 commandant en chef une armée ; et comme il avait toujours servi avec zèle y activité y valeur y et confiance des généraux y étant officier-général y il apporta au commandement la réputation d'homme de guerre , qu'il ne tarda pas à détruire lorsqu'on vit ses incertitudes y ses craintes et sa mollesse à maintenir la discipline. Les idées avantageuses qu'on avait eues sur son compte se changèrent bientôt en critiques amères> en propos licencieux. A peine y avait -il un mois qu'on était rassemblé^ que M. d'Estrées était déjà totalement discrédité dans son armée.

Il lui aurait été d'autant plus aisé de montrer moins son incapacité ^ qu'il avait affaire à un adversaire bien {propre à donner de la réputation à un général. Jamais on n'a vu un homme moins fail pour la guerre que M. de Cumberland; il semblait être à nos ordres : dès que nous décampions pour avancer y il se mettait aussitdt en marche pour nous céderdu terrain ; et k l'exception d'une très-petite af-

faire qui se passa à Bilefeld y entre un détackement' commandé par M. le prince de Beauvau, et les dernières troupes de l'arrière-garde du duc de Cumberland , jusqu au-delà du Weser , noà-seulenaént il n'y eut point un coup de fusil de tiré ^ mais métne on n'aperçbt pas un seul hussard des ennemis. M. d'Estrées donnait trop de prise sur lui , pour que M. de MaiÙebois , d'après son caractère et sa prétention au commandement de l'armée , ne cherchât pas à l'en écarter* N'ayant point encore l'ancienneté et la consistance nécessaires pour faire ce pas , il jçta les yeux sur quelqu'un qui lui donnât le temps d'acquérir ce qui lui. manquait de ce côté y et dont les talens ne pussent l'oflusq^er ; il ne pouvait mieux choisir que M. le maréchal de Richelieu^ son ami d'ailleurs , et qu'il croyait si peu versé dans les détails militaires y qu'il avait la certitude qu'il ne commanderait pas la campagne suivante. M. de Maillebois^'élant arrêté à ce choix, il lui fut facile 9 secondé par M. de Paulmy ^ministre de la guerre y et par les menées de M . de Richelieu ^ de perdre M. d'Estrées , d'autant qu'il écrivait continuellement des lettres où il détaillait ses fautes 5 ses défauts et son incapacité. Cette intrigue fut conduite si secrètement y que le rappel du maréchal d'Estrées était arrêté à la couï*, le commandement donné à M. de Richelieu y et luimême en chemin pour se rendre en Allemagne , sans que qui que ce fût y hors le c«mte de MaiUebois y en sût encore rien à l'armée.

Les choses en étaient à ce point y lorsque M. d'Es*trées y qui venait de passer le Weser sans aucun obstacle , trouva enfin M. de Cumberland qui l'at^ tendait à Hamelen y et qui faisait mine de vouloir une affaire. Sur la nouvelle qu'il y avait un gros 4étacheiDent à Halle y M. d'Es trées donna quatre-vingts compagnies de grenadiers y de la cavalerie et du canon à proportion^ à M. le duc d'Orléans pour attaquer ce. détachement. Les ennemis y selon leur ordinaire y à l'approche de ce prince^ se retirèrent ^ur leur armée , et il n'y eut pas un coup de fusif ^e tiré. ^'

M. d'Estrées avançant toujours le long de la rive droite du Weser y dans un pays montueux et couvert ^ n'était plus qu'à une inarche de Hamelen ^ où M. de Cumberland était campé faisant face au Weser 9 ayant sa droite à cette ville , un marais qui couvrait son front y et sa gauche au village d'Hastenbeck, entièrement enveloppée et couverte par un ravin y qui allait se terminer à une hauteur considérable y couverte de bois^ à laquelle la ligne s'sldossait ; fortifiée du côté qui nous regardait y par une batterie retranchée au pied^ une redoute sur un petit plateau au sommet et des abattis. Cette hauteur était cernée y entre les ennemi^ et nous ^ par un chemin qui répondait à travers les bois dans la plaine de Hanovre.

Toutes les avenues de la position de M. de Cumberland étaient couvertes de bois^ el par conséquent susceptibles de chicanes; M. le maréchal d'Estrées

ne rencontra aucun obstacle jusquaux ennemis qu'il trouva en bataille^ de la manière que je viens de dire. La première journée se passa en canonnade de part et d autre ^ et à reconnaître. 1) y avait deux partis à prendre ;, ou celui de* marcher par notre droite ^ de se porter dans la plaine d'Hanovre y et de déposter M. de Cumberland par cette manœuvre, ou celui de l'attaquer.. Le dernier prévalut y et l'on fît la disposition suivante.

M. de Ghevert y M. le comte de Lorges y depuis tait duc, et M. le maréchal d'Armantières, qui n'était alors que lieutenant^énéral, furent chargés, à l'entrée de la nuit , de s'engager dans le chemin qui cernait le pied de la hauteur où s'adossait la ligne des ennemis , et , à la pointe du jour, de se porter avec vivacité sur le sommet , pour emporter la redoute et en chasser les ennemis* Les premiers coups de fusil de ces messieurs devaient servir de signal à deux lignes d'infanterie , disposées sur le ravin qui couvrait la gauche des ennemis, pour le passer > attaquer le village d'Hastenbeck , et prendre leur ligne en flatic.

Tout ce qui avait été prescrit fut ponctuellement exécuté. M. deChevert était certainement l'homme le plus propre à conduire vivement et vaillamment une attaque. Souvent chargé de pareilles commissions , il s'en était toujours acquitté avec éclat; il avait par ce moyen obtenu de la réputation ; de la naissance la plus obscure , il s'était éieté aux premiers rangs par sa valeur, et il serait certainement

HISTORIQUES. . fyj

mort maréchal de France ^ s'il n'avait pas eu des eanemis. La colonne de M. de Lorges n eut point de succè»; M. d'Armantières ne fit pas grand'chose.

Monter sur la hauteur^ s'emparer de la redoute y en chasser les ennemis , fut pour M. de Chevert l'affaire d'un moment. On ne pouvait voir^ de la petite plaine où étaient les deux armées , ce qui se passait à l'attaque de la hauteur dans les bois; mais il fut aisé de juger qu'elle avait complètement réussi y par la manœuvre des ennemis, qui se voyant tournés , et au moment d'être pris à dos j firent leur retraite. Notre infanterie passa le ravin sans tirer un coup de fusil , et ne trouva déjà plus personne de l'autre côté y que quelques troupes de cavalerie qui faisaient l'arrière-garde.

On s'étonnait d'un succès aussi prompt, aussi facile y et l'on s'avançait en bon ordre à la suite des ennemis, lorsqu'on fut bien suiprîs d'entendre un feu considérable sur la hauteur ^ à la redoute qu'avait prise M. de Chevert, et d'en voir partir du canon , en même temps que , par le chemin qui cernait le pied de la hauteur, il parut une tètè de cavalerie, qui débouchait dans la petite plaine, sur les derrières de notre infanterie.

Personne ne douta que les ennemis , ayant fait semblant de céder , ne fussent rentrés dans les bois auicqueld ils étaient adossés, qu'ils n'eussent monté sur la hauteur et chassé les troupes que nous y avions. Chacun crut l'affaire perdue, et craignit qu'entassés les uns sur les autres dans un terrain

49 PÉTAILS

très-serré ^ la confusion ne s^ mit y d'autant que la tête avait tourné à M. d'Ëstrées qui se tenait pour battu y et qui ne donnait point d'ordre. *

Je n'avais pu suivre M. le duc d'Orléans auprès duquel .mon devoir m'attachait y parce que 31. le maréchal d'Ëstré«s ^ avec lequel il était y ne voulantpoint avoir de monde autour de lui y avait exigé dcîre prince de ne se faire suivre que par son écuyer. Je me trouvai y dans ce moment critique ^ auprès de M. de Contades qui commandait la première ligne. Je courus promptement sur nos derrières, devenus l'endroit intéressant; j'y trouvai M. le duc d'Orléans occupé à mettre la cavalerie en bataille, pour charger celle des ennemis. Ce prince était tout seul, M. d'Ëstrées ne «'étant point porté dans cet endroit. Un moment après, arriva M. de Maillebois , qui venait de notre gauche , où il s'était tenu pendant toute l'affaire , je ne sais à quel dessein ; car , séparé des ennemis par un marais , il était impossible qu'il s'y passât la moindre chose. J'examinai avec attention la contenance de M. de Maillebois , et je dois lui rendre la justice, qu'il donna les meilleurs ordres , et les plus convenables à la circonstance où l'on se trouvait.

On ne fut pas long* temps dans la perplexité où avait jeté un événement dont il faut convenir que les apparences étaient inquiétantes. La cessation du. feu de la hauteur , et la retraite de la càvalene des ennemis, qui avait fait mine de déboucheries bois , fit aisément connaître que ce n'était ni une

manoeuvre coocértée de M. de Cumberland, ni ua corps marchant pour se mesurer avec nous.

On a su depuis que M. de Chevert, après avoir cbassé les troupes qui gardaient la redoute et la hauteur, s'était toujours avancé par les boi^, sur la crête de cette hauteur , jusqu'à la gorge de Besperode y qui était derrière la ligne des ennemis , environ vers le centre , où il s était arrêté , sans se commettre à descendre avant que de savoir ce qui se passait dans la plaine y et que les troupes qu'il avait fait plier y descendant tout de suite vers la plaine , pour se rejoindre à leur ligne y arrivées au bord des bois y au lieu d'y voir leur armée qui en était déjà retirée, se trouvèrent si près de la nôtre, qui marchait en avant , qu'elles Grent une décharge , à bout portant, sur le régiment de Champagne-qui fS*mait notre droite , et qu'elles firent plier. Profitant de cet instant de désordre , ces troupes rentrèrent dans le bois , et remontèrent sur la hauteur, par derrière M. de Chevert, déjà passé , qui n'en eut aucune connaissance ; et , poursuivant leur chemin pour se retirer par nos derrières sans être vues , lorsqu'elles furent au petit plateau et à lai redouté d'où M. de Chevert les avait chassées, elles y aperçurent le régiinent d'Eu que cet otficier gé-^ néral y avait laissé. Ce corps, d'après la confiance et l'indiscipline françaises, était débandé. La plu«part des soldats dormant, d'autres en chemise , ou cherchant dé l'eau , ce corps des ennemis n'eut pas de peine à culbuter dans U vallée un^ troiip^^iissî

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