‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 16 sur 34 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

peu sur se$ gardes ^ et totalement hors de défense ; c'est ce qui occasiona le feu qu'on entendit tout d'un coup, et auquel on devait si peu s'attendre. Les ennemis s'ëtant déplus emparés des*pièces de canon du régiment d'Eu y ils les pointèrent contre notre cavalerie et en tirèrent quelques volées ; mais y certains qu'ils n'étaient pas assez forts pour rétablir l'affaire y et qu'au contraire ils seraient perdus s'ils nous donnaient le temps de revenir de notre surprise et d'aller a emc, ils ne pensèrent plus qu'à poursuivre leur retraite y et nous restâmes totalement maîtres du champ de bataille y sans que le maréchal d'Estrées pensât à envoyer un seul détachement à la suite de M. de Cumberland/

D'après ce que j^ai Vu de M. de Maillebois y dans le moment critique que je vienç de détailler, on peut affirmer que son intention n'était point c^e la bataille fût perdue. Il fit dans cet instant tout ce qu'il y avait à faire pour la rétablir ; et je suis d'autant plus porté à croire qu'il n'avait aucunes mauvaises intentions 9 que je ne vois pas à quoi elles auraient pu le mener. S'il désirait la perte de M. d'Es* trées^ il avait pleine satisfaction sur cet objet ^ puisque la chose était faite y et qu'il savait M. de Richelieu en chemin pour le remplacer. Quel aurait donc été son but ? De remettre entre les mains du nouveau général une armée en déroute y pour tirer avantage de cette position y et lui chercher de^ torts ? Il connaissait trop bien M. de Richelieu y pui^ii^il avàk été son martf^al^des-logis à l'ex-

HISTORIQUES. St

peditîon de Malioa y pour ne Tavôir pas approfondi^ pour ne pas croire^ comme on Fa déjà dit ^ quil ne tiendrait pas long-temps à la tête de l'armée. Il était donc de Fintérét de M. de Maillebois de maintenir les choses dans un état de supériorité^ qui lui eût été avantageux et nécessaire au moment où ses intrigues l'auraient conduit au commandement où il visait. Il est plus naturel dattribuer l'imputation que lui fit y le lendemain y le maréchal d'Estrées y d'avoir voulu lui faire perdre la bataille y à Une animosité y une vengeance de ce dernier y qui aurait été sans effet , si M. de Maillebois n'avait cherché à se disculper de cette imputation y Tannée suivante y par un ménçioire y et si l'embarras où était la cour d'avoir * oté au maréchal le commandement , au moment où il venait de gagner une bataille y n'eù( amené le besoin de le satisfaire (i) , en punissant par la prison son ennemi y sur un prétexte qui ne méritait pas un traitement aussi rigoureux.

La conduite de M. d'Estrées y à Hastenbeck , ne fit qu'animer encore l'armée contre lui y et augmenta la licence des propos. La moindre chost suffit à la légèreté française pour changer ses dispositions. Le lendemain de la journée d'Hastenbeck y le maréchal reçut le courrier qui lui appoi>

(]) M. de Maillebois, qui commandait, en 17 58, un corps de troupes assemblé à Dunkerque , y reçut Tordre de se rendre enpàaon au château de Douiens.

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tait son rappel y ^t Tordre de remettre le com-^ maodement à M. de Richelieu. Dans un instant^ cette nouvelle fut publique et ramena tous les esprits à M. d'Ëstrees; on courut en foule chez lui^ et Ton s'efforça de lui témoigner des regrets qui étaient sincères. On se déchaîna contre M. de Richelieu. Celui-ci étant arrivé deux jours •après 9 joignit à Tembarras d enlever le commandement à un homme qui venait d avoir un grand succçs y celui d'être mal reçu de larmée ; sa contrainte était facile à remarquer^ malgré son au--dace ordinaire.

M. de Richelieu^ dans sa jeunesse, joignait à une figure charmante des grâces infinies dans lesjprity et une séduction si grande, que presque aucune fe^mme ne pouvait résister à ses attaques» Sa réputatv>n en ce genre était si bien établie , que lorsqu'on voulait désigner quelqu'un qui avait de grands succès auprès des femmes , on disait : Cest un Richelieu .

Tel fut le général que le roi nomma pour remplacer M. d'Ëstrees. M. de Richelieu manqua inéme , par sa faute , le moment d'arriver en Allemagne. S'il fût parti tout de suite , lorsqu'il ea reçut l'ordre , au lieu de perdre deux joues aux genoux dé madame de Lauraguais , il aurait joint l'armée au moment où elle se trouva en présence de M. de Cumberland, et c'eût été lui qui l'aurait vaincu. X

Le maréchal d'Ëstrees seatait à combien peu s^

repotatton avait tenu. Ayant des raisons de Faâmer ^ par la façon dont il m'avait totijours traité y j'allai le voir pour lui témoigner la part que je prenais à ce qui venait de lui arriver; en même temps ^ je tâchai de lui faire comprendre les avantages^ de sa position^ d'être disgracié au moment qu'il méritait y aux jeux de toute l'Europe y les plus grandes récompenses. Ah! mon ami y s'éeria«t-iL en me prenant la main ^ tout cela est vrm; mais deux fours plus tôt Ç étais déshonoré.

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■ » ; n |f|i ii I iiti t i ' i rMi i i 1 , ii ')'i l i ir II , 1 , i i n' il l i n 'H' aagatatstaggega^

JBétaiUe éie FïlimgktAisen; e€ if id Va précédée ^

.. tarant are (le quelques généraux.

. , .. : .-iorilM 4771.

. I^Bé ^spositiona de la campagne de 1761 fur rent 4'«voir uqc grande acméeplus forte que celle de M. le prince Ferdinwtd^ pour agir en West-pbalie, et une autre beaucoup moins considérable en Hesse, destinée à opérer de ce côté^ Le commandement de l'armée de Westphalie fut donné à M. ]e maréchal de Soubise y qui nomma le marquis de Castries pour son maréchal-des-logis; et M. le maréchal de Broglie eut celle de Hesse, avec le comte de Broglie ,,aon frère , pour le sien . > M. de Soubise, né avec peu desprit, a cependant un acquis et des connaissances que lui a procurés un grand usage du monde et de la cour, où sa conduite politique et molle ne répond point aux prétentions qu'il y forme. Dans mille occasions y il aurait pu prendre une supériorité à portée de laquelle le met sa position ; mais il n'est occupé de l'acquérir qu^en cherchant à maintenir ou à augmenter , ouvertement ou par adresse , un rang que la maison de Rohan croit lui être dû , et que les gens titrés et la noblesse lui disputent toujours. Jaloux de considération, il a cherché à se faire des partisans par une politesse exigeante qui ne l'aban-

donne jamais^ même vis-à-vis des g^ns avec lesquels il est le plus familier ^ et daos les instans les plus libres. Il faut moins s'en prendre à lui de cette façon d'être^ qua son éducation, qui est la même pour tous ceux de sa maison : cette manière est assez connue dans le monde , sous la dénomination de politesse des Jtohans. Son ambition la plus forte a toujours été de commander les armées. Embarrassé et indécis dans le cabinet , il lest encore plus devant les ennemis ; sa véritable qualité militaire est la valeur : il n'a pas eu plus d éclat daos le conseil y OÙ l'amitié de madame de Pompadour l'a placé. , ,

J'ai entei^du souvent refuser l'esprit à M* de Castries, mais à tort. Il n'en a pas les grâces ni Je piquant , mais il joint à un grand usage , a de la p<^tesse y une modération y une justice qui le rendent agréable dans la société, où il jouitd'une es-^ time générale. Sa noblesse et sa probité sont pous* sées jusqu'à la délicatesse ; il ne s'en écarte dans aucune occasion. Fort exact pour lui ^ il est indulgent pour les autres. Dévoré d'ambition y jamais il ne s'est permis le moindre moyen douteuse pour parvenir ; et visant au commandement des armées ainsi qu'au ministère y il s'est rendu capable de Ywi et de l'autre y par une étu^e , une application suivies ^ qui lui ont procuré des connaissances profondes. Son ardeur pour s'instruire ne l'empêche pas de donner beaucoup à ses plaisirs y et son activité lui fait suffire à tout ; elle est si grande y

qu'elle tient même de rînquiétude y et qu'il ne faut pas beaucoup le coanaitre pour voir <^'il voudrait être, dans le même instant , sur la frontière^ dan& le cabinet d'un ministre, et aux genoux de sa maitresse (i).

Le maréchal de Broglie a peu d'esprit. Elevé par son père , qui n*en avait pas plus que lui , dans les armées ou dans des places frontière^, il n'a pa^ même acquis le ton que donne la bonne compa-* gnie : il est mieux dans un camp que dans un salon 9 où il parle trop de lui. Élevé , comme je l'ai dit y au milieu des troupes , il y a acquis des talens militaires : il connaît bien un terrain , il donne ou reçoit une bataille avec intèUigencê et valeur ; il est capable de prendre un parti vigoureux ; el certainement on peut dire de lui que c'est un excellent général. Je ne crois pas qu'une grande armée à conduire soit au-dessus de ses* forces. 11 est cependant difficile de le jug(er , parce qu'il a toujours été jusqu'ici mal secondé des généraux qu'il a eus sous lui.

Le comte de Broglie a de Tesprit; sa petite tacille,

son air crête y sa facilité à se mettre en colère, le

< rendent piquant pour les femmes y qui aimf nt à le

tourmenter ; il en a quelques-unes pour amies, et

pas un homme , à l'exception d'un ou deux , qui

(i) Il disait un jour à un de ses amis , pour peii)dre son activitë et le peu de temps qu'il trouvait dans la journée : Je poudrais dor-^ jairplus vue. «

cependant le voient telqu il est, c'est-à-dîre ayant quelques défauts du maréchal son frèi'e. Une chose fort singulière , c'est qu'avec beaucoup d'intelligence et de la valeur , et élevé y ainsi que son frère , dans les armes, il n'a jamais pu acquérir les ^andes. parties du talent militaire.

Le plan de campagne de 1761 étant donc que l'armée de Weslphalie et celle de Hesse agiraient séparément, M. le duc de Choiseul, alors ministre de la guerre , en donnant à M. le maréchal de Soubise des instructions , lui dit qu'il l'avait mis à portée d'opérer contre M. le prince. Ferdinand d'une manière facile et avantageuse , puisque son armée était plus forte ; qu'ainsi il l'exhortait, pour le bien de la chose , et pour sa gloire particulière ^ de n'avoir rien de commun avec M. de Broglie , parce que , s'il faisait la faute de se joindre à lui , sûrement la besogne irait mal , par l'incompatibi-* lité de M. de Broglie , qui trouverait le moyen d'en rejeter la faute sur lui , et de finir par se faire donner à ses ordres la majeure partie ^des troupes, tandis qu'il le laisserait avec une poignée de monde, hors d'état de rien entreprendre.

M. de Soubise parut convaincu de la solidité des conseils de M. de Ghoiseul : cependant , il ne tarda pas à être ébranlé sur cette opinion par celle de M. de Castries qui, dans cette occasion , ne jugea pas aussi sainement qu'à son ordinaire; il était ppuf la jonction des deux armées , et s'appuyait sur un raisonnemept spécieux. Il disait q^ie l'effort rémni

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de deux bras vai»l; mieux que celui d'un seul, et qu'il regardait comme une incouséqueuce y en ayant «feux y de n'en employer qu uq à la foi&. On pou* vait lui répondre que la conséquence n'en était pas juste , parce qu'on ne devait pas attendre du caractère de M. de Broglie , de concourir au bril-^ lant d'une campagne dont presque tout l'éclat aurait rejailli sur M. de Soubise^ L'exemple de la bataille de Miûden était trop récent et trop frappant y pour qu'on pM misttre.en doute la conduite que tiendrait M. de Broglie.

M. de Soubisci qui avait une confiance aveugle en M. de Ca^triea, malgré les avis de M. de Choi-* seul y penchait y comme on viept de le dire y poujr la jonction. Il partit dans ces dispositions pour Francfort où était M. de Broglie > qui sicheva de )e déterminer ; et ces. généraux convinrent que > débouchant chacun de leur C^té j ils $e joindraient k Souest.

Cette convention faite ^ M. de Soubisç ^e rendit à Dosseldorf , pour prendre le como^andement de s<^ aroiée , dans laquelle je servais <:ommandant le régiment des gardesrsuisses ^ et nkar^ch^il-dercamp. employé.

M. de Castries disposa les subsîstancea 4e nunlïère qu-eu; se portant en avant y il n'eût Aefi k craindre sur 1^ derrières pour les convois* En conféqaen<:e, il tira le premiei? de DusseldorC» le second deColo^ne, et le troisième vi|it d^ Cateel. Par oelte manceuvpe y nou^^ulçment il trompait l'en-

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nemi y en s'avançant par la rive gaacke de la Lippe ; mais Vannée de M. de Broglie ^ ainsi que la uètre^ servait également à couvrir nos subsistances.

M. de Soubise fut proniptement prêt à debou-* cher; mais par ses conventions il était obligé de concerter sa marche avec celle de M. de Broglie , qui le retarda fort long-temps , ou par mauvaise volonté y ou parce qu en effet il n'avait pas encore rassemUé tout ce qu'il lui fallait.

Enfin y nos deux armées se mirent en marche.

M. de Soubise se porta sur Dortemonde y et de là sur Unna > ou il prit une très-bonne position y occupant des hauteurs plus ou moins escarpées, près* que alignées à la ville y et qui s étendent fort au loin sur la droite , défendues en avant par un val-^ Ion as$et large* l\ nssîi son camp sur ces hauteurs^ sa droite appuyée au corps que commandait M. le prince de Condé > campé sur les mêmes luiuteurs. La g^nche de notre armée était couverte par la Wissecl y petit ruisseau dont les bords scmt couverts de bois et si marécageux qu'il est impossible y même à de l'infanterie , de le passer dans toute sa longueur y depuis Unna jusqu'à Dortemonde y bors dans un seul endroit facile à masquer avec fort peu de troupes.

On resta qu<ilques jours à Unna y où Ton reçut la noovdile y par les troupes légères qui étaient en avant y que M. le prince Ferdinand y à qui nos délais avaient donné le temps de se mettre en mouvement y était en pleine marche sur nous :

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M. dé Soubise prit le parti de l'attendre dans sa position , et d'y receyoir son attaque.

Les troupes légères avaient donné avis de sa marche y de grand matin : en effet , on aperçut y vers le midi y les tètes de ses colonnes sur les hauteurs qui bordaient le vallon du côté opposé à celui que nous occupions^ et bientôt nous les y vîmes se déployer en bataille . M. le prince Ferdinand jugea . avec raison notre position trop bonne pour nous attaquer ; il se borna à prendre un de ces camps audacieux y sa manœuvre favorite y qu'il a si souvent répétée pendant la dernière guerre. Sitôt qu'on lui vit dresser ses tentes y nous rentrâmes dans les nôtres; et, quoiqu'à une demi-portée de canon les uns dés autres y tout fut dans une si grande tranquillité y qu'il n'y eut pas |in coup de. fusil de tire de toute la journée.

Me promenant sur le soir ^ je m'aperçus que nous n'avions pas une seule sentinelle sur le grand chemin qui va d'Unna à Souest y par où les ennemis ;iuraient pu venir jusque dans notre camp, sur un demi-bataillon de front. J'en rendis compte sùr-lechamp à M. de Ghevert y qui commandait à la gauche où j'étais, et je «lui offris de prendre un bataillon de chasseurs et de grenadiers y et d'y passer moi-même la nuit pour assurer cette partie. Il loua ma vigilance et mon zèle y ne me remercia point d'avoir réparé ses torts y me dit de faire ce que je jugerais le plus convenable y et se coucha*

£n conséquence, je prb poste sur ce grand che-

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min, avec le détachenient que j'avais fait commander ; et vers minuit, entendant un grand bruit dans le camp des ennemis y je mandai à M. de Soubise que je croyais qu'ils faisaient un mouve-> ment^ et que, par la façon dont le bruit se dirigeait, je jugeais que c'était par leur droite; M. de Sou-bise me répondit que je ne me trompais point ; que dtt centre où il était , il entendait la même chose que moi. A la pointe dû jour, j'allai le joindre , et je le trouvai qui s'était»avancé sur un point d où l'on découvrait toute la position que M. le prince Ferdinand avait occupée la veille. On n'y apercevait plus que les dernières troupes de son arrière-garde , des colonnes s'étant enfoncées dans les bois qu'il avait sur sa droite , et nous sur notre gauche , et qui nous cachaient ses mouvemens. Tout le monde jugea qu'il était en marche pour se retirer sur Ham : cela était apparent; mais, pour en être plus sûr, je proposai d'envoyer un détachement après lui. On me répondit que nos troupes légères étaient fatiguées , et chacun ne songea qu'a s'aller reposer chez soi.

Vers le midi. Ficher (i) , qui était sur la Sisex

(]) Ficher était un homme qui , de domestique de M. d^Arroantières , s*ëtait élevé > en commençant à aller avec quelques yolon-* taires ^ iusqu'à avoir une légion de 2000 hommes , et à être fait brigadier; de .plus ^ il avait le détail des eftpions. A infiniment d'iàtelligence et de honnes qualités, il joignait cependant les habitudes et le caractère des partisans. Beaucoup de gens, et surtout M. deBrogUci le haïssaient, ârafin doit le rendre à jamais ii^téressanv

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avec son corps y et M. Dapchon y «maréchal^ecamp y qu on y avait envoyé avec un détachement ^ donnèrent avis que M. le prince Ferdinand ne marchait point sur Ham^ mais quHl tournait notre gauche en dehors de la Sisex , et qu'il se portait vers Dortemondé^ sur nos aerrières. M. de Soulûse fut étourdi de cet avis; et la nouveauté de la manœuvre le déconcerta. A considérer le mouvement de M. le prince Ferdinand pour le moment, il était sûr; nous né pouvions lé troubler en rien , puisqu'il était couvert dans tout l'espace y depuis Unna jusqu'à Dortemonde , par la Sisex , qu'on ne pouvait tenter de passer qu'en un seul point , facile à masquer , et qu'en effet il masqua si bien y eyie M. Dapchon perdit assez de monde en essayant seulement de ta ter ce passage. Il n'avait rien à craindre non plus pour son arrière -garde. Nous ne pouvions nous aventurer dans les bois où il s'était enfoncé avec des forces capables de mériter attention. Mais, si son mouvement n*entrainail à aucun danger pour l'instant y les suites pouvaient lui en devenir funestes. Il découvrait entièrement

Pendant la campagne de 1763, il fut trahi par un de ses principaux espions , qui dénonça tous ses camarades à M. le prince Feixiinand; ee qui le mit à portée de les faire tous arrêter le même jour^ et de faire un mouvement capital , dont Ficher ne put donner aucun avis. MM. d*Estrëes et de Soubise , qui commandaient, lui en firent des reproches amers, et le taxèrent de trahison. Ce malheureux fut si sensible à cette imputation , qu'il en tomba malade , et en mourut au bout dé quelques jours.

son pays ; et si M. de Soubise eût marché sur-lechamp sur Ham et Lipestat , d'où M. le prince Ferdinand tirait ses subsistances . il leût contraint à une bataille que nous aurions donnée comme nous VaurioDS voulu et où nous l'aurions voulu ^ les enne« mis ne pouvant plus passer qu'en nous culbutant ; ce qui aurait été d'autant plus difficile y que nous aurions été joints par M. de Broglie ^ et qu'alors nous devenions inattaquables pour M. le [Nrince Ferdinand^ qui était perdu s'il avait été battu.

11 y a lieu de croire qu'il voulait en venir à une affaire avant noite jonction avec M. de Broglie , et qu'il cherchait à attaquer M. de Soubise dans un pays couvert et coupé , où ne pût agir la cavalerie en quoi consistait principalement la supériorité de notre armée sur celle des ennemis. Il voulait surtout ëtonnèr par ses manœuvres M. de Soubise dont il avait une médiocre idée , depuis la bataille de Rosbach , sachant d'ailleurs que y lorsqu'on les prend à l'improviste ^ les armées françaises sont à moitié battues ; il se fiait aussi sur son talent pour manier des troupes y et sur la discipline qui régnait dans celles qu'il avait à ses ordres. Il me semUe que M. le prince Ferdinand y en cette oc-casion^ se conduisit plus par ses calculs que par les règles ordinaires de la guerre «

Quoi qu'il en soit y il troubla si fort M. de Soubise y qu'il augmenta encore son indécision ordi-* naire. Enfin y vers les quatre heures après midi y il se détermina à attendre les ennemis dans sa posi*^

tion que la nature a formée aussi bonne en arrière quen avant ^ cependant d'une façon différente. Le terrain entre Unna et Dortemonde est une plaine bordée y d'un côté^ par la Sisex, et de l'autre par des hauteurs qui viennent ^ dans leur prolongement y répondre à celles qu'occupait M. le prince de Condé. A quelque distance d'Unna , cette plaine est totalement coupée par un ravin fort large et assez profond.. M. de Soubise fit fairg demi-tour a droite à son armée; il mit sa droite vers la Sisex; il porta une partie de son infanterie sur le ravin , et M. le prince de Condé fut chargé de la défense des hauteurs qui fermaient la gauche. Nous passâmes tout le reste de la journée dans cette position. Nous y demeurâmes toute la nuit au bivoauc y et le lendemain jusqu'à trois heures après-midi^ que M. de Soubise prit le parti de se mettre eu marche pour Souest. Pendant tout ce temps y M- le prince Ferdinand y qui était à Dortemonde y ne fit pas avancer un seul homme ; il laissait reposer son armée , qui en avait besoin après une aussi grande marche que celle qu'elle avait faite.

Etant partis si tard y nous ne fimes guères que deux lieues , et nous campâmes , sans que pendant notre marche ^ ni toute la nuit suivante y nous eussions vu aucun ennemi.

Jusque-là nous avions marché dans un pays difficile y coupé de bois et de hauteurs ; le terrain qui nous restait à parcourir pour atteindre Souest y était d'une nature difig^x^nte; C'était une plaine

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assez lar^e , coupée de beaucoup de ravios y ei^ boirdée y sur notre droite , par des hauteurs couvertes de bois. Nous nous luimes en marche des la pointe du jour ; mais des ordres mal donnés y et plus mal exécutés, encore y furent cause que la cor loone du corps de M. de Condé y qui faisait ceUa de droite y coupa celle qui eu était la plus voisine : les autres marchant toujours augmentèrent le dé-, sordre , et les aieuùs équipages qui ne furent pas mieux dirigés ^ se trouvèrent tous embrouillés , formant un gros peloton derrière toutes les trpupes. qui étaient déjà en avant. Dans cette situation y M. le prince héréditaire de BrunsMrick y klst \c%^ de vingt-cinq mille hommes qui faisaient Tayantgarde de M. le princ^ Ferdinand , attaqua notre^ arrière-garde y commandée par M- de Yoyer ^ lieu-? tenant-général. Cet officier manœuvra très-bien j mais y n ayant que de trois à quatre mille hommes y il ne put faire tête long-temps à des forces supé-r rieures ; il dirigea la cavalerie qu'il avait par la plaine y se jeta avec son infanterie dans les bois > et gagna les hauteurs.

Dans le désordre où était notre armée , il y avait tout à parier que M. le prince héréditaire était suffisant pour la mettre en déroute. Par un de ce$ miracles quon ne saurait expliquer, les équipages disparurent conune par enchantement ; -les troupes y d elles-mêmes , passèrent le premier ravin qu'elles trouvèrent devant elles; la cavalerie se mit en bataille dans la plaine y et toute Tinfanterie se porta

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dans les bois sur les hauteurs ^ vers un xiioulin qui porte le nom de Moulin de Schaffhausen. Tout notre canon fut en batterie : en un mot^ nous nous trouvâmes en si bon ordre , que M. le prince héréditaire ayant essayé de nous tàter dans les bois ^ y trouva tant de coups de fusil ^ et tant de coups de canon dans la plaine ^ qu'il s'arrêta et ne tenta plus rien.

L'avis de beaucoup de gens était dé demeurer dans notre position et d'y recevoir la bataille j si M. le prince Ferdinand voulait nous la donner; mais M. de Soubise^ avec une détermination qui ne lid était pas ordinaire^ ordonna qu'on se porterait à une demi-lieue en arrière du point où nous étions 9 tirant vers Souest , pour se mettre derrière un landwergt(i), position en effet plus avanta-^ geuse que celle que nous occupions.

Les ennemis marchèrent sur nos traces , et vinrent se mettre en bataille vis-à-vis de nous , le landv^ergt entre deux, presque à la portée de fusil. Le pays était si couvert de bois y que' presque à bout touchant nous ne nous voyions pas. Nous demeurâmes deux jours et deux nuits , les uns. visà-vis des autres, eti bataille, et l'arme au poings sans que M. le prince Ferdinand tentât la moindre

(i) Un landwef^i est^ en Allemagne, une ligne de démarcation de territoire faite par deux fossés qui se joignent, et sur les crêtes desquels il y a des broussailles et des épines plautées ; c'e qui compose d excelleiis retranchemens.

chose. < En effets notre poste était trop bon pour * nous y attaquer. Le soir du second jour que nous le primes^ M. le maréchal de Broglie^ qui arrivait avec son armée à Souest^ dont nous n'étions plus qu'à deux lieues^ vint joindre, de sa personne, M. de Soubise, pour s'aboucher avec lui.

: J'ai déjà dit que M. de Broglie était l'idole des officiers particuliers , et il s'en fallait bien que M. de Soubise put compter sur l'attaehement de son armée. Au peu d'opinion quW y avait de ses ta«* lens , se joignait l'humeur des bivouacs et des fatigues continuelles qu'on avait essuyées depuis quelques jours , et c'est ce qu'une armée française pardonne peu à son général. D'ailleurs si près des ' ennemis , toujours au moment d'entamer une affaire, les marchands de denrées se tenaient au loin, et les officiers manquaient de pain et de viande. Cette privation ne diminuait pas le mécontentement. .

Dans ces dispositions, M. de Broglie parut à notre armée , et il se fit un certain brouhaha parmi ies troupes dont il* fut aperçu, ce qui désignait de reste que tous les vœux se tournaient de son côté. ' lia chose fut poussée plus loin. Lorsqu'il passa devant la maison du roi, M. le chevalier Danf reville, chef de brigade des gardes-du-corps, extrêmement a};taché à MM. de Broglie, s'avisa de battre . des mains , et toute la ligne lui répondit. M. de Soubise se tira mieux d'un événement aussi

mortifiant pour Ifii, que peut-être tout autre n'au-

6ft DiiTiita

rail fait à sa plac«. U reçut M. de Broglie au pîâd Hun petit tertre où il avait établi «qr c^artier? général; et silôt qu'il en fut joint : (c Monsieur ^ lui dit-il^ vaus voyez avec quels applaudissemem mou çnuée vous reçoit : vous lui devez de vous faire vçiF à ceux dont vous n'avez pas encorç été aperçu; n et sur cela y il l'entraina sur le te^re oii Ton dis-cuta ce qu'il y avait k faire y d'aprèa la pû^iliou de$ choses y et où il^ut résolu qu'à l'entrés de la nuit M. de Sûuhise se mettrait en hiarche pour Sonesty et terminerait enfin sa jonction avec M. d^ ftrogUe*

£n eOet^ à Ventrée de la nuit, nous nous ébr^Ur lames sur trois colonnes ; notre marche se fit tFè^r tranquillement et avec beaucoup d'ordre. A 1|t pointe du j^our y on aperçut dans 1 elpignement y sur potre gauche, une quatrième colonne; c'était M. le prince Ferdinand qui se dirigeait vers la position de Fillingbausen : spectacle qui ne se re verra peut-être jamais, que deux armées oppo-r sées se soient mises en marche en même temps pour se porter dans la même direction.

Les maréchaux de Soubise et de Broglie prirent letir quartier-général dans Souest, qui est une très-grande ville ; et leurs armées, quoique campées séparément, étaient à portée l'une de Fautre.

La position de Fillinghausen , qu'avait prise M. le prince Ferdinand , est une hautepr fort éle-r vée, qui peut avoir une lieue et demie de long, et qui, eu égard à nous, tombe par ^ son pendant gauche à la Lippe, dont le frpnt est couvert par un

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valldu profond au milieu duquel boule uii ruissieaii} ton pendant droit totnbe dans la plaiile de Souest; ses derrière^ sont de même escarpée y et toutes les avenues de sa circonférence son^ si couvertes dô bois y de haies et de diffiicultés ^ qu'il est très^ difficile d'y pénétrer;

On parlait diversement de cette position danè nos armées. Les maréchaux étaient assez incertains sur ce qu'ils en devaient penser ^ et li'eurent garde de consulter plusieurs officie/s-généraux ^ tels entre autres que MM. de Voyer et de Ségur qui avaient servi sous le maréchal de Contades> les campagnes précédentes ; et le maréchal avait pris cette positioa où M. le prince Ferdinand n'avait pas osé l'attaquer.

Après quelques jours de repos à Souêst, on tint un conseil de guerre où présidèrent les maréchaux ^ et où furent admis le marquis de Castriéis et le comte de Brogliê, maréchaux-des-logis; M. le prince de Condé y et M. le lieutenant de StainviUè y ce dernier apparemment comme frère du ministre. Il y fut résolu qu'on attaquerait M. le prince Ferdinand sur plusieurs points. M. de Broglie se chargea de la gauche des ennemis^ et devait ée diriger le long de la Lippe sur le village d' Altrop. M. le prince de Condé avait une attaque intermédiaire entre M. de Broglie et M. de Soubise; M. de Soubise devait se diriger sur Scheidingen. M. Du^ ménil, lieutenant-général^ eut une attaque sur te flanc droit de M. le prince Ferdinand, par le péri-

tjO BÉTAILS

dant qui tombe dans la^plaiae de Souest; et M» le marquis de Voyer, lieutenant-général*, fut charge d'attaquer les. derrières de la position des ennemis. Cette disposition arrêtée, on convint encore, avant de déterminer une attaque sérieuse , vu les diffi-cultes du terrain, de faire des reconnaissances sur la position même de M. le prince Ferdinand, et à coups de fusil, pour être surs des débouchés; de manière que le premier jour ne devait être destiné quk se porter sur les différens points; le second à reconnaître, et le troisième à attaquer, si les maréchaux, après avoir acquis des connaissances suffisantes j et conféré ensemble , jugeaient la chose praticable.

Les armées s^ébranlèrent , et chacun se dirigea sur le point qui lui était assigné. J'étais de l'attaque de M. de Soubise, et, chemin faisant, nous entendîmes tirer du canon du côté de M. de Broglie, ce qui ne nous étonna -pas, attendu qu'il devait s'emparer d'un château qui . était sur son chemin. Ce canon continua, et nous étions déjà campés au lieu de notre destination , la nuit était venue , que nous l'entendions encore se soutenir avec autant de vivacité; même nous distinguions un feu de mousqueterie trop considérable pour l'attaque d'un château. Alors l'inquiétude prit à M. de' Soubise. Il essaya d'envoyer des aides-de-camp pour être instruit de ce qui se passait' à l'armée de' M. de Broglie , sans qu'aucun put passer, vu les difficultés du terrain, dans un pays inconnu, la nuit, ou la

historiques; 71

crainte de se perdre et detre pris les arrêtait à chaque instant.

Je me jetai sur de la paille dans la chambre de M. de Castries 9 d'où je sortais de temps en temps,* pour écouter si le feu de M. de Broglie ne cessait point 9 et je l'entendais toujours se soutenir de même. Enfin, entre deux et trois heures du matin, M. de Soubise envoya chercher M. de Castries. Je le suivis, et nous lûmes une lettre dé M. le maréchal de Broglie qui mandait à M. de Soubise, qu'ayant attaqué le village d' Altrop , il lavait emporté ; que les ennemis avaient essayé de Ten chasser, mais qu'il s'y était maintenu ; qu'il continuait d être aux prises avec eux , et qu'il le priait d'agir pour pter à M. le prince Ferdinand la, facilité de tirer des troupes de son centre et de sa droite pour les diriger sur lui et l'accabler.

Dans l'instant, M. de Soubise fît prendre les ^rmes à ses troupes , et les porta sur Scheidingea qu'il fit attaquer et qu'on emporta avec assez de facilité. La brigade de Piémont fut chargée de jeter UQ pont sur le ruisseau. Le canon tirait de notre côté et de celui des ennemis, et toutes les troupes étaient en panne, attendant que le pont fût construit pour passer le ruisseau et attaquer sérieusèment.

Toute cette besogne ne laissa pas que de prendre du. temps, et il pouvait être dix heures du matin àVinstant dont je parle. Je m'étais avancé en personne vers le pont pour reconnaître le débouché 3^

f^ . DKTAItS

et heWy étant pas arrêté long-temps , je fils fort surpris, en revenant au régiment des gardes-suisses^ jde le trouver 9 ainsi que celui des gardes-françaises, *,ea pleine marche de retraite. J'en demandai là raison à M. de La Saône y lieutenant-colonel des ^rdes-françaises , qui me dit ^ en s'appiiochant de jnon oreille, que M. de firoglie était battu; quil venait de mander à M. de Soubise qu'il faisait sa •retraite; que ce dernier allait aussi se retirer > et |]ue la brigade des gardes marchait actuellement, pour se poster sur le flanc de sa marche et l'assurer.

Cet événement pourrait paraître extraordinaire , $i Ton n'entrait dans le détail des causes qui l'ont tproduit. Lorsque M. de Broglie se chargea de l'attaque du côté de la Lippe , il avait ses vues . Jugeant que M. lé prince Ferdinand ne tiendrait pas dans son poste, et qu'il se retirerait pendant la nuit^ il voulut se mettre à portée de lattaquer à Ik pointe du jour^ tandis qu'il passerait cette rivière, son seul point de retraite, ou du moins jd'entamer son arrière-garde; et pour cela, sans égard aux conventions qui avaient été faites de ne rien entreprendre véritablement que de concert, M. de Broglie serra les ennemis de très-près , pour qu'ils ne lui échappassent pas, et qu'il ne fût question que de lui dans cette affaire qui aurait été d'autant plus brillante, que, depuis quinze jours, -M. de Soubise, quoique supérieur, était harcelé ^ar M, le prince Ferdinand, au lieu que M. de

HisTotki^ims. 7 3

Broglie^ tout en arrivant^ aurait eu de l'avahtagts sur lui. M. le prince Ferdinand , qui n'eut point de connaissances des autres directions qu'on avait prides sur lui y et qui ne se vit insulté que dans un seul endroit^ y porta des forces supérieures^ en tirant des troupes de son centre et de sa droite y et con-^ traignit M. de Broglie de se retirer avec perte.

Comme M. de Soubise ne s'attendait point à là conduite de M. de BrogMe, il s'en tint à ce qui avait été arrêté dans le conseil de guerre y et il ne songea à attaquer que lorsque M. de Broglie le lui demanda. Mais le temps indispensablement néces^ saire pour la disposition des troupes y qui étaient dans leurs tentes ^ et endormies^ le firent arriver trop tard pour opérer une diversion utile à M. de Broglie y qui était déjà hattu avant que M. de Soubise put agir. Ce dernier fut même heureux que laide-de-canip que lui envoya M. de Broglie pour lui apprendre qu'il se retirait y ne se fût pas perdu y et qu'il fût arrivé à temps. TJn peu plus tard, sôh sittaque était eilgagée, et M. le prince Ferdinand n'ayant de nouveau qu'un seul point à défendre, y aurait encore porté toutes ses forces , et y aurait eu le même succès.

M. de Soubise fit sa retraite avec la plus grande tranquillité. Les ennemis ne détachèrent pas un seul homme après lui ; il se retira sur Fabbaye de Paradis, où il campa. Son premier soin, en y arrivant, fut d'écrire à M. de Broglie: il lui manda que ce qui venait d'arriver n'était pas un événe-

ment fort, important ; qu il était bien sur que^ dans' cette occasion^ il s'était conduit avec la sagesse et les talens qu'il lui connaissait; qu'il le priait ide lui assigner un rendez-vous y pour savoir de hiimême comment les choses s'étaient passées ^ et comment il fallait les mander à la cour^ où il ne dépêcherait pas de courrier qu'il n'eût eu l'entrevue qu'il lui demandait.

On assure, et je ne puis l'attester ^ que M. de Broglie n'agit pas avec la même franchisé ; car, dès le soir même de la journée de FilUnghausen , il envoya un courrier à Versailles , par lequel il se plaignait amèrement de M. de Soubise, attribuant à sa négligence et à sa lenteur à ' attaquer , le fâcheux succès de cette affaire.

Le déchaînement contre M. de Soubise fut général à la cour, comme à Paris , où le courrier de M. de Broglie avait porté la même impression. Il en résulta que la prédiction de M. de Choiseul s'accomplit. Fort peu de temps après Fillinghausen., M. de Soubise reçut ordre de remettre trente mille hommes de ses troupes à M. de Broglie; il ne resta plus qu'avec l'armée la moins forte , en état seulement de faire tête à M. le prince héréditaire , que M. le prince Ferdinand avait laissé sur le Bas-Rhin avec un corps, tandis que lui, avec le gros des troupes, s'était porté sur le Weser.

M. de BrogUe ne voulut pas un seul officier-général de l'armée de M. de Soubise; et les trente mille hommes que ce dernier fut obligé de lui ce-

der, passèrent dans son armée sous la conduite de milord Drummond qui n'était alors que brigadier.

Les calculs des ambitieux sont souvent fautifs. La supériorité que désirait et qu'obtint M. de Broglie^ en est une preuve. Quoique la saison ne fut pas fort avancée y dès le jour de Fillinghausen la campagne fut manquée ; et c'était se charger de son mauvais succès , que d'avoir les forces supérieures, pendant le temps qui restait encore pour la terminer. On s'en prit à M. de Broglie de l'inutilité des efforts et des dépenses qu'on avait faites pour mettre des armées aussi considérables sur pied; d'ailleurs, les premières impressions qu'il avait données contre M. de Soubise se trouvèrent affaiblies chez les uns et détruites chez les autres, par les détails de la journée de Fillinghausen, lesquels étaient successivement arrivés , et avaient fait connaître la vérité. De plus, M. de Broglie était mal avec M. de Ghoiseul. Revenu à Paris, il crut qu'un mémoire justificatif lui ferait regagner dans le public tout ce qu'il y avait perdu; ce fut le prétexté que le ministre prit pour le perdre et le faire exiler, ainsi que son frère le comte de Broglie qui n'avait pas peu contribué à la conduite qu'il avait tenue pendant toute la campagne de 1761 .

Bataille de Clostercamp^ donnée le 16 octobre 1 760.

Écrit en 1773.

. Le maréchal de Broglie y comniandaat l 'antié€ du jroi, après avoir rassemblé ses troupes ^ partit de Francfort au commencement de la campagne de 1 760 y et vint camper à Gniemberg^ d'où il passa l'Hom à la barbe des ennemis^ et débuta par gagner le combat de Cprbach^ et par déposter le prince Ferdinand de Saxenhauseil. Poussant toujours les ennemis devant lui y il les joignit a Wilbélmstbal, où ils se mirent en bataille ^ tandis qu'il occupait les hauteurs de Zirënberg. Daos cette position y M. de Broglie y au lieu de rester à la tête <de ses troupes ^ eut le tort d'aller a Cassel qui venait d'être évacué. Le prince Ferdinand^ profitant de son absence y d'ailleurs favorisé par la nuit etom :épais brouillard qui s'éleva le matin y précipita sa marche par sa droite vers la Dimel^ qu'il passa., vint comme un trait fondre sur M. de Muy campé avec son corps à Warbourg , et l'ôbUgea , après quelque peu de résistance , à repasser cette rivière avec autant de perte que de confusion.

Dès cet instant la campagne du maréchal de Broglie fut manquée. Sur la nouvelle de la ^faite de M. de Muy y il se porta ^ avec toute l'armâJI à Obemstinguen , et se mit vis-à-vis de M. le^Rince

HISTORIQUES. 'fj

FenKosdid ifai tenait depuis Warbourg jusqur Djrmgelborque 9 ayad^ la Dimel devant lui. M« da Broglie dûnna ordre à M» le comte de Lusace qui ^ avec son corps y avait pousse celui de M. de Kilman-* sec à\^ coté de Cassel y de le chasser de Minden y cp'il tenait encore : ce (jui fut exécuté } et M. le comte de Lusace ayant passé le Weser ^ et s'étanf porté en avant sur )a rive droite de cette rivière y poussa des détachemens jusqu a Goëttingen.

M. le maréchal dé Broglie y après être resté queR (pie temps dans son camp d'Obérnstinguen y se replia sar celui d'immenhausen , d'où il renforça le corps de M. le comte de Lusace avec lequel il établit une communication y d'abord en tenant les bois de Sahabor y et ensuite lorsqu'il fut rentré au camp retranché de Cassel , tout le long de la Fulde y de^ puis Cassel jusqu a Minden.

Maître de la Hesse , il faisait tous ses efforts pour dounev de la jalousie ai» prince Ferdinand par sa gauche, tâcher de lui faire passer le Weser et abandonner la Westphalie y pour yenir défendre le pays de Hanovre et celui de Brunswick où plu*-. sieurs détachemens furent envoyés. Mais le prince Ferdinand, loin da donner dans ce piège, songea l^-méme à porter un coup au maréchal , échec qui pouvait devenir funeste si le projet avait été aussi bien exécuté que conçu.

fl donna au prince héréditaire de BrunswicV un gros détachement de son armée , avec ordre de se^ P^i^tci|en toute diligence sur le Bas-ïlhin^ d'y a$-

siéger Wesèl^ et de tacher de le prendre ayant qu'il pût être secouru ; ce qui était d autant plus aisé, que Wesel, quoique place du premier ordre alors (i), avait besoin de beaucoup de bras pour, le défendre, parla quantité de ses ouvrages; que M. de Castélla (2) y qui y commandait, n'y avait que trois ou quatre bataillons; et que, si M. le prince héréditaire avait tenté plusieurs escalades dès le premier jour qu'il y est arrivé , il l'aurait infailliblement emportée. Ce succès lui eût été d'autant plus facile qu'il pouvant arriver au corps de la place par les fossés des ouvrages, à couvert de ces mêmes ouvrages, où la garnison trop faible n'aurait pu mettre un seul honmie ; que les bastions ont des flancs bas qui auraient rendu l'escalade très-facile , et qu'enfin le Bas - Rhin , totalement dégarni de troupes , livrait Wesel à ses propres forces. Cette place une fois emportée , le prince Ferdinand y aurait marché ; et , passant le Rhin et la Meuse , il se serait porté en Flandre , où le pays ainsi que les places sans trouves lui auraient fourni une conquête aussi aisée que glorieuse , et très-fatale pour la France. Les subsistances, qui communément sont un empêchement insurmontable pour les expédi-^ tions de cette nature , ne l'auraient pas arrêté; il en pouvait tirer de Hollande autant qu'il aurait voulu.

(1) Le roi de Prusse en a fait depuis démolir la plus gi'ande partie des fortifications, (a) Lieutenant-général et colonel d'un régiment suisse.

Au lieu de brusquer la chose y le prince hérédi--' taire s'amusa à faire tous les préparatifs d'un siège ^ à ouvrir la tranchée , à la grande portée du canon de la place; en un mot , à suivre la méthode ordi-* naire , aussi déplacée dans cette occasion qu'indispensable, ordinairement. Une conduite différente aurait porté le coup le plus fatal et le plus irréparable. Quel parti restait-il à prendre au maréchal de Broglie ? Certainement il ne pouvait arriver en Flandre en même temps que le prince Ferdinand qui tenait le chemin fe plus courte et qui d'ailleurs avait prévu son opération et fait son arrangement en conséquence; au lieu que M. de Broglie^ sans établissemens ni magasins , dans le cours de la longue route qu'il avait à faire, ne pouvant tirer ses subsistances d'aussi loin que les lieux où étaient ses dépôts, se serait vu arrêté à chaque instant. Pouvait-il suivre l'ennemi par un pays dévasté , où il n'aurait plus trouvé .de fouiTages et où il aurait rencontré des difficultés à chaque pas? Il ne lui restait d'autre ressource que de se diriger, le plus promptement qu'il aurait pu , sur Liège , chose bien difficile, pour ne pas dire impossible : les ennemis l'y auraient prévenu. H pouvait du moins se diriger sur Sedan , et là , passant la Meuse , venir couvrir la France ^car, quelqu'effort qu'il eut fait, jamais il n'aurait pu sauver la. Flandre.

Le maréchal de Broglie , excellent pour concevoir et exécuter un projet audacieux , sachant donner une bataille; moins brillant pour la partie du

8o . 9£TiXL9

cabÎQçt^ surtout étant mal secoure p^r $e^ généraux et sç$ 4^taiUeurs qu'il s aliène SQuveut; le ai4-* ^éclial de Broglie , dis-je > fut coa3te]rué lorsqu U st^t 1^ marche 4u pripc^ héréditaire- U vit ^uscfu'où pouy^t aller une ps^reille ms^nœuvre, et qu ^l ét^t perdu si elle réussissait. U jeta les yeu^ sur M- dç Castries pour Tenvoyer à tire d'aile avec up détachement de son armée au secours de Wes^K ludépendammeut du talent qui devait faire donner la préférence à M. de Castries^ une raiaon politique détermina ce choix ^ et^ à coup sùr^ 1? comte 4^ Broglie eut grande part à ce conseil.

M. de Castries était neveu et tendremeut si^îmé du maréchal de Belle-Isle , alors ministre de la guerre 9 qui détestait MM- de Broglie : ces derniers sentirent que c'était intéresser le ministre à la besogne , que d'eu charger M- de Castries > et qu'ils acquéraient M. de Castries lui-même , en lui dounant une marque de confiance qui flattait également son amourpropre et son ambition.

Je servais comme marécbal-de-camp employé .dans l'armée de M. de Broglie. M. de Castries me demanda pour aller avec lui. Jetais chargé ^ dan^ cet instant, de garder la Fulde, depuis Spikershaur sen jusqu'à Bpnafurt : je reçus unç lettre du comte de Broglie y maréchal-des-logis y qui me mandait y de la part de son frère y de me rendre en toute diligence à Cassel , pour y joindre les troupes qu'on avait mises aux ordres de M. de Castries, destinées pour le Bas-Rhin.

HISTORIQUES. Si

Quelque promptitude que je misse à exécuter cet ordre , les troupes étaient déjà parties ; et par les difficultés que j'éprouvai à me rendre à Cologne , en voiture , avec M. de Thiard qui avait la même destination que moi , il me fut aisé de juger ce que les troupes eurent à souffrir dans une marche aussi longue et aussi pénible , au travers de Westerwald , par une pluie continuelle et des chemias affreux , aucune précaution n ayant été prise

pour leur passage.

M. de Castries , qui montra dans toute la suite de son opération autant d'activité que de talent y eut surtout un mérite infini à être parti de Cassel dans les premiers jours d'octobre; et, malgré les plus grandes difficultés , et sans qu'il y eût la moindre chose préparée , d'être parvenu à rassembler , le i5 du même mois, à Neuss, 5i bataillons «t 32 escadrons , tant des troupes que M. de Broglie avait détachées de son armée , que de celles qui étaient venues de France.

Gomme le secours de Wesel pressait, M. de Castella mandant sans cesse , par des espions , qu'on vînt, parce qu'il ne pouvait tenir, M. de Castries , malgré la fatigue des troupes et la quantité de malades et de traîneurs restés en arrière dans une marche aussi pénible , partit le i4 de Neuss , et vint camper à Mœurs. S'étant porté ce même jour , avec son avant-garde , composée du corps de Fi^ cher , des deux régimens de dragons de Royal, et de Thiange , et de la brigade de Rouargue , le toiit

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