‹ Mémoires du baron de BesenvalChapitre 17 sur 34 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

commandé par M. de Chabot^ maréchal-de-camp ; M. de Caslries s étant avancé , dis-je , jusqu a Rhinberg y au bord du Rhin y sentit l'importance de ce posîta y en même temps que la difficulté de le prendre répée à la main ; car Rhinberg est entouré d'un rempart excellent ^ revêtu dun fossé large et profond^ rempli deau, et il y avait douze cents honunes pour le défendre.

Ce fut là que M. de Castries commença à sentir une vérité qui fut bien conGrmée dans la suite de son expédition ; c'est que y pour réussir, il faut surtout qu'un général soit aimé de ses officiers et de ses troupes 9 et qu'on ait confiance en son honnêteté. Ficher y partisan qui avait eu sa troupe détruite à l'affaire de M. de Muy , à Warbourg, venait d'en lever une toute ^louvelle ; homme de guerre , et voulant la gloire de M. de Castries , il lui dit qu'il n'y avait pas à balancer; qu'il fallait, coûte qui coûte, avoir Rhinberg , et qu'il allait y employer son corps : trop heureux de le sacrifier dans une occasion aussi importante , et pour l'État , et paur l'avantagé de son général ! En effet , il fit passer de ses gens à la nage , qui grimpèrent contre le pont-levis qu'ils parvinrent à abattre; la garnison, étant d'ailleurs extrêmement molle, du moment qu'elle vit que les Français avaient une entrée , ne songea plus qu'à se sauver par l'autre porte , et M. de Castries fut maître de Rhinberg.

11 hésita s'il ne tenterait pas d'embarquer sur le Rhin un secours capable de défendre Wesel et de

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yebuter le prince héréditaire , qui n'avait pas laissé que de souffrir , de son côté , dans sa marche , et deviter par-là un combat toujours incertain y et dont la perte aurait entraîné celle de Wesel. Mais, ainsi (ju'il arrive souvent à la guerre y attribuant à lennemî plus de prévoyance qu'il n'en a , il imar gina qu'il avait eu la précaution de barrer le Rhin y et que sou secours y non-seulement ne passerait pas , mais même serait compromis : il se détermina à risquer 9 sur des bateaux^ six cents hommes et cent canonniers, aux ordres de M. de Boisclairau, lieu-^ tenant-colonel y qui passèrent sans nul obstacle y et arrivèrent pendant la nuit à Wesel , où ils causèrent une grande joie et rétablirent la confiance.

Le i5 , M. de Castries s'avança sur le canal qui va de Gueldres à Rhinberg , et campa sa gauche où était la cavalerie , en arrière du village de Campeshruck , derrière un marais qui va du village à Tabbaye de Clostercamp; son front couvert par le canal , et sa droite par des terrains marécageux, et des canaux dans la direction de Rhinberg.

Le village de Campesbruck est composé de plusieurs maisons fort éloignées les unes des autres , dont les jardins , entourés de haies et de fossés , forment autant de retrancheméns. Il a sur sa droite , eu égard à la position où nous étions , le canal de Rhinberg; sur son front, un bois de futaie clair ^ traversé de plusieurs chemins fort larges ; et pardelà , des bruyères qui vont j^usqu a Fabbaye de Clostercamp , lesquelles sont traversées , à quel-

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que distance de l'abbaye , par le canal de Gueldres* Sur sa gauche , le marais qui borde là futaie y et la bruyère qui s'étend jusqu'à l'abbayë , ce qui fait une espèce de boyau , formé d'un côté par le canal , et de l'autre par le marais ; ce boyau se prolonge jusqu'à l'abbaye qui a à sa tête le village de Campesbruck , du côté où nous étions campés.

M. de Castries envoya Ficher, avec tout son corps , composé de deux mille hommes , s'emparer de l'abbaye de Clostercamp , et crut ce côté d'autant plus en sûreté , que deux mille hommes sont un objet , et que , les ennemis tentant quelque chose sur ce point, il aurait eu le temps d'être averti; d'autant que Clostercamp est un bon poste , et assez; loin de Campesbruck , et, que le terrain , fort large à l'abbaye , par le cours du marais et du canal , va en se rétrécissant jusqu'au village de Campesbruck, où le front est resserré.

J'étais de jour le i5 , et c'était à moi , ndn-seulement à camper les troupes, mais à assurer leur position. On ne pouvait pas en prendre une meil-> leure , ni plus couverte , que celle que nous avions, et que M. de Castries avait choisie. Il n'y avait qu'un seul objet sur lequel j'hésitai , c'était de faire, garder en force le pont qui était sur le canal, proche l'abbaye, au grand chemin qui conduit de Nuis à Clostercamp, qui traversait notre camp à la gauche de l'infanterie , entre elle et la cavalerie , et qui va de là, le long du marais , au travers de Campesbruck ,, de la futaie et de la bruyère , jusqu'à l'abbaye. Mais

il considériait l'épuisement où étaient nos troupes ; qiie , soit que nous marchassions aux ennemis , ou qu'ils vinssent à nous , il était de nécessité d'avoir une affaire y et que nous ne pouvions pas l'engager dans une position meilleure que la nôtre ; qu'en mettant un gros corps à ce pont^ c'était le compromettre y vusonéloignementducamp ; car, en supposant que M. le prince héréditaire choisit ce débouché , il était aisé de prévoir qu'il y marcherait avec tout son corps, pour n'être arrêté par aucun obstacle , et pouvoir passer sur le ventre à tout ce qui tenterait de s'opposer à son passage. Toutes ces considérations me déterminèrent à laisser le pont sans- garde, et reposer notre infanterie. D'ailleurs , Ficher , avec deux mille hommes à l'abbaye de Cldstercamp , en avant de ce pont , me parut suffisant pour assurer ce points indépendamment de Tordre que M. de Càstries donna , qu'au premier coup de fusil les grenadiers et chasseurs de la^ gauche de notre infanterie se porteraient au village de Campesbruck , en avant de la gauche du front de bandière ; ce qui était plus que suffisant pour arrê^ ter l'ennemi au boyau que j'ai décrit , «t donner le temps au reste dctS: troupes d'avancer. Outre cela,' j'avouerai ingénument que je ne soupçonnai jamais M. le prince héréditaire de nous attaquer de ce côté, où il y avait tant de précautions prises; je m'attendais bien plutôt à le voir venir par notre droite , en jetant des ponts sur les vatergans et ca* uaux qui traversaient tout le pays entre notre camp

et Rhinberg, dont nous étions éloignés d une Mené. J'en étais si persuadé , que je chargeai M. de ^^^^ et raon brigadier de piquet , de toute la gauche y pour ne m'occuper qu à bien reconnaître le front et la droite de notre position , où je mis plusieurs postes, simplement pour être averti.

M. le prince héréditaire , sur la nouvelle de rapproche de M, de Castries, se détermina à prévenir spn attaque , et parut avec la plus grande partie de ses forces et tout ce qu'il ne fut pas iwdispensable de laisser devant Wesel , le i5, sur les hauteurs de l'autre côté du canal , en. avant de Rhînberg : il y demeura toute la journée en bataille , sans autre mouvement que d'envoyer des hussards assez près pour nous observer. Mais , dès que la nmt fut venue , il marcha par sa droite y à couvert du canal qu'il avait sur son ilanc gauche ; il tomba sur l'abbaye de Clostercamp , et chassa le corps de Fidner , qu'il coupa d'avec nous , de façon qu'il n^eut pas le temps de nous envoyer avertir.

Il y avait quelques maisons derrière notre camp, où M. de Caètries avait mis son quartier-général ; j en oecupais une avec M. de Thiard , maréchalde-camp, et M. de Ségur, lieiiteniint*-gé»éral , qui commandait la gauche que fen»ait la brigade d' Au^ vèrgne, à laquelle j'étais attacbé. Nous nous étions mis sur de la paille , tout habillés*. Vets^ les deux heures du matin , un iie^te que j'avais entra dans la chambre où nous étions , cl nom dit qu'on tîrafit quielques coups de fusil. Je lui demandai de quel

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coté : il me répondit que c'était en avant du front du cainp y ce qui ne me fit pas grande impression y j y avais mis des postes du régiment de Normandie qui arrivait de France. Des nouveaux venus ^ eflarouchésde la pix>ximlté de lennemi^ tirent sou-* vent sans savoir pourquoi. Je dis à mon nègre d'al-^ 1er écouter de nouveau, et de revenir s'il entendait quelque chose ; il ne tarda pas à rentrer , et nous apprit que le feu augmentait ^ et qu'il venait du côté de labbaye de Clostercamp. »Cela nous pa-*rat sérieux. Je fis appeler ntion aide*de-<!amp , que j envoyai aux nouvelles ; mais s'étant aventuré ^ il fat pris, et ne revint point.

Nous allâmes à la maison de M. de Gastries ; nous le trouvâmes debout ^ averti comme no^us de la fusillade , mais aussi peu instruit de ce qui ToC"» casionait ; il avait envoyé de tous côtés pour eti être informé. Peu d'instans après, M. de Sainte Sauveur, qui faisait le détail de la cavalerie , entra ^ et nous dit que Ion ne tirait plus y que tout était tranquille; que cependant nos troupes étaient sous les armes à la tête du camp ; ce qui détermina M. de Gastries à attendre d'autres nouvelles. Dans^ le courant de la conversation, M. de Saint^Sau^ veur nous dit qu'il avait entendu tirer trois coups^ de canon du côté des ennemis ; il n'en fallut pas davantage pour nous faire juger que c'était lua si*gnal , et que sûrement M» le prince héréditaire était eu mouvement pour tenter quelqiie c&Q^ : sur-le-champ nous nous rendîmes à la téteduc^mp.

Aux premiers coups de fusil , nos troupes avaient pris les armes , et M^ de la Bartet ^ ^eutenant-colonel du régiment d'Auvergne , en prévint son chef. Il faisait encore nuit* très-noire, lorsque. nous arrivâmes à la. tête du régiment d'Auvergne qui , comme je Tai dé)à dit, fermait la gauche de notre infanterie; i>ous y ti^ouvàmes M. de'*** qui venait de placer les chasseurs et les grenadiers de son régiment danas les premières haies du village de Campesbi:uckj à quelques portées dé fusil en avant, siir^ la gauche du front de bandière . IL représenta qu'ils avaient :besoin d'étro: l'enforcés-, n'élant pas sufBsans pour garder le .terrain où il les avait pos* iés.;M. de Séguf y porta le premier bataillon d'Auyeargoe ; et s'étanl av.aji(:é. daini h viUa^ide Cam-pesbrùcK, pour reconnailre > il y fût prj&i et blessé à§ d^u:» coups ;d6 . sabr& sur. la, têle , et; d'«tt coup 4e: b^ïonuette, qui lui p^rça le .c€m. U dwoâ ,* n'y voyant pas clair ^ dabsl^. ciolo'nnedès'enaeaiisrqm occupaient déjà lé.yiUdg^yetqui étaientireaus.par le grand chemin de GlostcuYramp. M.^ de Ca^tries p^pista :les trois bataillons ; du réginaènl d'Alsace y commandés p^r M. de «Wurmser^ 6up la droite, du premier bataillon d'jkuin^gne ; lei moi je meporlai, avec les trois autres bataillons de ce régiment , tàutà-fait à ]a gâiiche-, d^psle grand. chenÈûn de Nuis à C^KB^rcamp , , par lequel on aurait pu prendre ioûtQi hoirie pQsitionj^n flanc. La géndarynerie était dejrfiàç'e;p^i^iel suQQÇs^vemeot ..toute la. cniraleriè foriins^Jb'uaef secondée Hgue.^

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A peine ces disi>ositioas étaient-elles faites y le jour ne faisant que paraître , que le feu commença avec une vivacité incroyable , et ne se démentit pas UQ seul instant y pendant quatre heui*es que dura l'affaire.

Je ne faisais qu'occuper ma position y lorsque M. de fiochambeau, qui était resté avec moi, aperçut une colonne qui débouchait de la futaie de I autre côté de Caniipesbruck , et qui , se dirigeant daos le marais y tachait de nous tourner. Il courut aux quatre pièces de canon de son régiment , qu'il posta de façon qu'elles prirent cette colonne en écharpe. Ce feu, joint à celui que je fis faire à mes trois bataillons, la lit bientôt rentrer avec grande perte et -désordre dans le bois , abandonnant dans le marais une des deux pièces de petit canon quelle avait avec elle ,- dont elle nous tirait avec assez de vivacité ,, mai« sans shccès j les coups portant trop haut. Auvergne retrouva cette pièce à la

fia de l'affaire (i). '.. '

Tranquille de ce côté, me trouvant sur le flanc de l'attaque, je songeai à e;i prc>fiter pour tomber sur lennemi , et venir au secours d^Alsace , du premier bataillon , et des grenadiers et chasseurs d'Au* vergue qui soutenaient un feu horrible. Je disposai

(i) Le général Rochambeaii, dans les. Mémoires qui feront partie ^le cette collection , donne des détails intéressans sur cette afiaire j

Pt parttcalièr^ent sur l'action du chevalier d'Assas.

( Note des noup. édit. )

go DÉTAILS

mes trois bataillons en colonne le long du chemin, bordé sur la gauche par le marais ^ et sur la droite par des haies et un vatergan. Je le longeai par ma droite ^ et il me conduisit sûr le flanc droit des grenadiers anglais^ qui étaient aux mains avec les troupes que je viens de nommer. Us donnèrent y dans cette occasion^ une preuve de cette valeur froide qui caractérise leur nation. Sans s'étonner de mon arrivée , toute leur droite fit , en reculant, une -espèce de potence ,' et, m'a ttendant à bout touchant, ils me firent une décharge dont mon cheval fut tué. Dans cet instant , ipa colonne ,att lieu de suivre la direction que je lui avais donnée, et le premier peloton qui était déjà à la baïonnette avec les grenadiers anglais, dont on prît un colonel; ma colonne , dis-je , passa le vatei^an sur la droite , et se jeta dans une maison d'où elle se tira , pendant assez long-temps , à bout touchant avec les ennemis qui , sentant l'importance de te point , renforcèrent cette partie, et, détruisant les plus avancés, nous firent perdre le peu de terrain que nous avions gagné .

inquiet sur l'issue de cette journée qui ne débutait pas d'une Façon fort satisfaisante , je sortis des haies pour voir ce qui se passait à ma droite y oit Alsace et les détachemens d'Auvergne combattaient toujours avec une fermeté digne de la plus grande admiration et des plus grands éloges. Mais ce qui me frappa le plus , ce fut le sang-froid de M.^de Castries, que je joignis. Par ses disposUions, jecom-

pris qu'il ne jugeait pas plus avantageuseiuent que moi de rafifaire ; il donnait des ordres pour éva-* cuer Mœurs où étaient le peu d équipages que nous avions^ et notre hôpital; il mandait à M. tle Cba* bot , inaréchal-<le-camp y qui était dans Bhinberg avec deux régimens de dragons et la brigade de Rouergue ^ de se porter à un point qu'il lui indîqna sur nos derrières y pour fdbiliter notre retraite y en loéme temps quil faisait marcher la brigade de Normandie ^ pour attaquer dans une lacune qui était entre les grenadiers d'Auvergne, et moi. De plus, il faisait avancer le régiment de Briqueville pour nous soutenir tous.

Normandie se porta, avec mollesse et confusion^ à son point d'attaque y et lorsqu41 y fut, au lieu de foncer, il se mit à tourner en rond , comme font d ordinaire les gens qui veulent lâcher pied , ce qui ne lai fut jamais possible. Tout ce qu'il y avait de gens de l'état-major, d'aide$-de-camp , de volontaires , en un mot tout ce qui était à cheval , ins^ pire par le même attachement pour M. de Castriez, vola à ce réginient, et forma derrière lui une barrière qui non ^seulement l'empêcha de fuir, mais même le pomssasur l'ennemi.

Je jugeai que c'était le moment de tenter de mon coté un nouvd effort. Je rejoignis mes bataillons d'Auvergne , que je trouvai un peu recdiés , derrière une haie très-bien accommodée . où M. de Rodiambeau i>es ^vatt postés. Je leur dis que ee netait pas le moment de se mettre sur la défen-

sive , qu'il fallait encore donner un coup de collier ; et les informant des nouvelles troupes qui allaient attaquer, je leur ajoutai , qu'ayant supporté tout le poids de la journée , il ne fallait pas en laisser rhonneur à d autres» Je dois la justice à ^uvergae., qui y sans contredit , est un des plus braves régimens que le roi ait à -son service, que je n'eus pas besoân d'une ^lus Idbgue harangué . Je vis l'ardeur briUer dans, les yeux. du soldat et de l'officier. Ils ne débouchèrent pas de la haie oii ils étaient renfermés, mais ils. sautèrent par-dessus. En les disposant de même que la première fois en colonne, dans le chemin , poar recommencer la même attaque , je fus effrayé du peu de monde qui restait aux.drapeaux.: En vérité , il n'y avait presque plus pe^SQnne. ) , l. .

M. de Castriés , voyant le peu de fond qu'il y avait à faire sur Normandie , donna ordre à M. de LaTour-^du-Pin de longer avec lés quatre bataillon^ de. son régimentiderrière Alsacie, et, quand il l'auraii^ dépassé,. de tomber sur le flanc ^uche des ennenaâs. : Comkne M. de. La Tour-^du-Pin était aux trois quarts du. chemin qu'il avait k faire pour exécuter ce mouvement , il reçût im coup de fusil au travers de làcuisse« On l'emporta sans qu'il dit à personne: l'ordre qu'il avait reçu ; cela fut cause que. son liégiment , ignorant la inanpeiivre dont il était chargé , s'arrêta tout court. M. de Gastries qui s'çn a|>erçut , et qui jo^nt à beaucoup d'autres qualités militaires une grahdb ac.tij(rité , y qpurut à

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toutes jambes ^ et ^ le conduisant lui-même y il le mena jusque sur les ennemis.

Le hasard fit que j'arrivais sur le flanc droit des ennemis y au même instant que M. de Castries parut sur le flanc gauche. Ne pouvant soutenir ces attaques combinées , ils se retirèrent avec tant de précipitation , que nous ne pûmes joindre une poignée de grenadiers anglais que je vis de loin y et c[ai demeuraient seuls en état de combattre^ le reste ayant été détruit.

Il arriva alors ce qui arrive presque toujours à des Français victorieux : ce que je conservais d'Auvergne m'échappa , et se jeta dans le marais où je ne pus les suivre à cheval , pour s'emparer de la pièce de canon que les ennemis avaient abandonnée. Devenu inutile à cette troupe, je voulus au moins arrêter Normandie qui s'emportait en avant dans le plus grand désordre. Mais tous mes eflbrts furent inutiles : il ne se contenta pas de traverser , en courant y la futaie ; mais il s'engagea encoreassez avant dans la bruyère , où la cavalerie des ennemis était en bataille : elle tomba dessus y et le maltraita fort y en le ramenant;

11 aurait pu arriver de grands désordres y sans le régiment de Briqueville et quelques bataillons qui,. s'étant ralliés , firent feu , et arrêtèrent l'impétuosité de la charge de cavalerie , qui se jeta tout-àfait sur notre droite où elle trouva M. de Thiard, maréchal-de^camp , lequel , au montent du succès , s'était avancé sur la droite du village de Campes-

bruck j avec la brigade de cavalerie de Royal- Piémont y dans un espace qui est entre le village et le canal , afin d'être plus a portée de déboucher. 11 chargea un escadron de dragons anglais qui plia^ et auquel il prit un étendard.

M. de Lujeac ^ marechal-de-camp, qui était à la tête de la gendarmerie^ qaoiquil se fût démis une épaule la veille en faisant une chute , ét^nt poursuivi par des hussards ^ plaça dans cet instant quatre pièces de 16 tout-à-fait à la gauche , derrière le marais y dans un point qui voyait la bruyère. Ces pièces tirèrent avec tant de succès qu'elles en chassèrent les ennemis, qui repassèrent le canal, prirent le chemin de l'abbaye de Clostercamp , et se perdirent dans les haies et les arbres qui couvrent cette partie.

M. de Chabot , sorti de Bhinbei^ pour prendre la position que M. de Castries lui avait indiquée, sitôt qu'il apprit nos succès , y retourna promptement , craignant que les ennemis ne tentassent quelque chose sur ce point. Il y rentra au moment qu'ils s'y présentaient ; mais, voyant que nous l'occupions, ils le tàtèrent mollement, et firent leur retraite, dans laquelle M. de Chabot leur fit quelques prisonniers.

L'indiscipline de notre infanterie donna le temps à celle des ennemis de se retirer et de repasser le canal. M. de Castries , voyant qu'il n'était plus en mesure de les poursuivre , dûnua quelques heures aux troupes pour se reposer, après lesquelles il se

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mit en marche y passa le canal , et fut camper sur les hauteurs de Rhinberg. Je crois qu'il est difficile de citer une affaire d'infanterie plus vive et plus opiniâtre que celle de Clostercamp. Le champ de bataille était jonché de morts ^ sans qu'on vit un ' seul uniforme des ennemis sur notre terrain y ni un seul uniforme français sur celui des ennemis. On ne peut ^ certainement^ trop admirer la vertu cons* taate qu'il y eut des deux côtés ; mais il y avait du uôtre un tel intérêt pour le général y que le dernier officier et le dernier soldat auraient plutôt péri que de céder. Bel exemple pour ceux qui commandent. 11 ne leur suffit pas d'avoir des talens y s'ils ne savent inspirer à leurs troupes de l'estime et de l'attachement par une probité délicate qui maintient une discipline exacte y rendre justice au mérite de chacun y le faire valoir y en même temps excuser les fautes de ceux qui n'y tombent pas par négligence ou mauvaise volonté. M. de Castries, d^ns le courant de sa vie , de même qu'à la guerre y a réuni toutes ces qualités. Aussi doit-on s'attendre à le voir aller au plus grand y et triompher des jaloux qu'il ne peut manquer de faire.

Le 17 à la pointe du jour^ M. de Castries se porta, avec la brigade liégeoise et un détachement de dragons y en avant, le long do la digue qui borde )e Rhin. A trois quarts de lieue de Burich , il trouva les ennemis qui occupaient plusieurs censés et les haies de cette partie , qui est un pays extrêmement couvert et coupé de marais. 11 ne jugea pas à propos

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de pousser plus loin. Il ordonna à M^. de Roquépine , maréchal-de-camp, qui commandait ce détachement , de se maintenir dans ce point , et il s'établit , entre les postes qu'il mit et ceux des ennemis , une fusillade assez vive , qui dura toute la journée , entremêlée de coups de canon.

M. de Castries fut reconnaître le» débouchés du village de Boort , et ceux du grand chemin de Santen : il préféra oelui de Boort , et fit venir à la télé des haies, à la naissance de la plaine de Burich, l'avant-garde de M. de Chabot, qu'il lia avec M. de Boquépine par des postes, et la brigade de la Couronne. .

M. le prince héréditaire s'était retiré dans son camp retranché de Burich, de ce côté-ci du Rhin, A peine M. de Chabot était-il posté , qu'il vint le reconnaître à la tête de quelques troupes de cavalerie ; on lui tira du canon , et il se replia. 11 nous le rendit sur quelques troupes de dragons qui s'avancèrent trop; toute la journée se passa en escarmouches. Il ne laissa pas que d'y avoir du monde de tué de part et d autre. Nous tàtàmes Burich; mais nous le trouvâmes si garni, que nous nous retirâmes. M. de Castries envoya ordre à l'armée de se mettre en marche ; il la fît camper en arrière du village de Boort.

Le 17 au soir , M. le prince héréditaire renvoya M. de Ségur et tous les prisonniers qu'il nous avait faits. Us nous dirent que, malgré les pxopos qu'il tenait , ils étaient convaincus qu'il ne songeait

qu'à repasser le Rhin et à se retirer. Nous reçûmes nouvelle y dans la nuil^ qu'il était en marche, et que c était pour venir à nous. Nous prîmes les armes. L'infanterie resta à la tête de son camp, et la cavalerie fut mise en bataille ^ sur la bruyère d'Alpen.

Le 18 , à la pointe du jour, M. de Chabot manda à JM. de Castries que les ennemis marchaient par leur droite vers leur pont , qu ils avaient abandonné Burich , et que ses patrouilles y étaient. ïl suivit leur arnère-garde et leur fit quelques prisonniers. Lorsqu'il fut arrivé au-^dessous du village de Gundric, où était leur pont^ il voulut le canonner avec deux pièces de 8 qu'il avait avec lui ; mais on lui répondit de l'autre côté du Rhin , avec viogt-deux pièces de gros canon , ce qui l'obligea non-seulement à se taire , mais à se mettre à couvert derrière la digue .

M. de Castries entra ce même jour dans Wesel. 11 y fut reçu à juste titre comme un libérateur. 11 est certain qu'il venait de remplir un objet aussi important que difficile , et qu'il ne fallait pas moins que ses talens , son activité , ses ressources , pour surmonter les difficultés qu'il rencontra à chaque pas. Il est nécessaire d'en avoir été témoin pour le croire. Tout militaire qui considérera que des troupes qui , parties le 2 de Cassel , sans aucunes précautions prises pour leur route, ont délivré Wesel le 18, après avoir gagné une bataille en chemin , pourra se former une idée de l'opération.

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