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près de M. de Choiseul, afin de le dëtemiiuer à parler pour M. le duc de Qpurbon. Ce ministre , qui devait de Fintérêtii M. de Pentbièvre , ne pouvait s'empêcher de trouver que sa fille ne serait pas assez bien mariée à M. de Bourbon. Cependant, pique contre M. le duc d'Orléans y il offrit à M. le prince de Condé ses services pour lui-même; mais ce prince le remercia , en lui disant : Qu*il aimait trop son Jils pour lui faire le tort de se remarier.
Un fait assez singulier, c'est la passion que ma» demoiselle de Pentbièvre avait conçue pour M. le duc de Chartres. Elle ne l'avait jamais vu qu'une fois j chez madame de Modène , je crois , où M. le duc de Chartres lui avait donné la main pour la mènera son carrosse. En reivtrant dans son couvent , elle dit qu'elle n'en épouserait jamais d'autre y et elle n'a cessé depuis ce temps de tenir le même langage , quoique dans ce temps-là il y eût peu d'apparence à l'accomplissement de ses désirs. Instruite que les espérances d'un mariage tant souhaité étaient évanouies , et qu'on songeait à lui faire épouser M. le comte d'Artois , elle déclara à M. de Penthièvre que jamais elle n'y donnerait son consentement, et que, s'il voulait la forcer, elle irait se jeter aux pieds du roi pour le supplier de ne pas contraindre son inclination , et la rendre malheureuse le reste de ses jours; que jamais elle n'aurait d'autre époux que M. le duc de Chartres , fermeté d autant plus extraordinaire en elle , iftion
ne poarmt trouver un caractère plus doux et plus timide que le sien.
Le meilleur état de M. de Laniballe iie s'étisint point soutenu , 809 mal (empira de façon qu eti fort peu de temps il le conduisit au tombeau ^ M. le duc d'Orléans sentit vivement la faute qu il avait faite , d'avoir manqué une aussi grande affaire , qu'il avait peu d'espoir de renouer, s'étant aliéné M . de Penthièvre et M. de Ghoiseul , et sachaiR que ce dernier avait des vues pour M. le comte d'Artois, Cependant il chargea l'abbé de Breteuil d'essayer d'en parler à M. de Choiseul , et surtout à la duchesse de Grammont, sœur de ce ministre , qui avait beaucoup de crédit sur son esprit. M. le duc d'Orléans révoltait souvent ses amis par la faiblesse de son caractère , et le peu dé noblesse qu'il mettait quelquefois dans sa condfdte ; mais il se les attachait par la bonté extrême qui était le fond de son caractère , et par les services qu'il leur rendait , autant que sa timidité pouvait le lui permettre. D'un autre côté , M. de Choiseul était facile ; et plus son premier mouvement était prompt , moins il avait de durée. Ces dispositions facilitèrent k l'abbé de Breteuil les moyens de renouer uiï niariage qui avait souffert tant de contradictions. M. de Penthièvre , quoique devant être grièvement blessé de la conduite qu'on avait tenue envers lui , fit cependant réflexion que sa fille ne pouvant espérer d'épouser un petit-fils du roi, ne trouverait jamais une alliance plus brillante ni plus avanta^
geuse que ceUe de M. le duc de Chartres y à laquelle d'ailleurs une iDclination bien déterminée la portait : toutes ces raisons concoururent enfin à la conclusion de ce mariage y qui se célébra à Versailles 9 au mois de mai de Tannée 1769.
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Anecdote du président de Montesquieu et de
milord Ckesterfield.
Le président de Montesquieu y voyageant en Italie 9 fit la rencontre de milord Chesterfield , que la même curiosité y avait conduit. 11 le connaissait antérieurement y et avait avec lui le$. liaisons que deux honmies de génie ne manquent guère de prendre y quand ils se soùt une fois connus. Ils s'associèrent et convinrent de continuer leur route ensemble. La conversation^ en voiture y tomba bientôt sur la différence des Anglais aux Français } le président y donnant la préférence à sa nation y se fondait sur la supériorité d'esprit f le milord y en l'accordant aux Français, se retranchait sur le bon sens qu'il attribuait Supérieurement aux Anglais : il s'ensuivit grande dispute sur la prééminence de ces deux qualités. Milord Chesterfield mettait à yutenir son opinion y un flegme qui ne faisait qu'aiguillonner la vivacité naturelle du président. Comme la matière était ample y et les adversaires bien propres à défendre leur cause y elle était souvent agitée y sans que ni l'un ni l'autre se laissât convaincre.
Us arrivèrent à Venise y et la curiosité de M. de Montesquieu 9 pour tout voir et tout approfondir^ le mettait sans cesse en activité* Dès le grand ma-
lia p il visitait les monumens ^ les biUiothèques ^ les cabinets ; il entrait dans les cafés ^ y liait conversation ^ s'informait des moindres détails du gouvernement et de la société ; rentré chez lui , il mettait par écrit les plus petites circonstances , et chaque jour confiait son ouvrage à milord Chesterfield.
Il y avait déjà quelque temps que le président travaillait 9 et son ouvrage touchait à sa fin ^ lorsqu'un inconnu demanda à lui parler en secret, l^taiit introduit , il s étendit beaucoup sur son attachement pour les Français 9 par les services qu'il en avait reçus , et ajouta que ce sentiment l'avait déterminé à le venir avertir qu'il prit garde à hii : que l'inqui^tiou , inquiète des mouvemens qu'il Si& donnait y avait pris la résolution d'envoyer se saisir de ses papiers ; que si l'on y trouvsàt la QftOÀndre chose sur le gouvernement^ c'était fait de sa personne. M. de Montesquieu , effarouché de cei avis^ se confondit en remerclmens^ donna ^ Valsent à Vinconnu , et n'eut rien de plus pressé que die jeter son travail au feu. ^
11 courut dans la chambre de milord' Chesterfield pour lui faire part de ce qui venait de lui arriver. Milord y sans s'émouvoir y lui répondit qu'il y avait beaucoup d'esprit dans sa conduite y que cependant y s'il y avait mis un peu plus de bon sens , il aurait pu juger qu'il était bien extraordinaire qu'un homme qui ae k coniiaissait point prit autant d'intérêt à lui y et vint lui donner un avis au
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risqae de se perdre y si jamais la chose venait à être sue ; que d'ailleurs , ayant noté lui-même que les délibérations de Tinquisition étaient impénétrables y il n'était pas vraisemblable qu'un homme de bas étage eût pu les découvrir; qu'enfin^ ces idées combinées auraient du le conduire à juger que Tavis de l'inconnu n'était qu'un tour de milord Qbesterfield ^ et par conséquent à ne pas brûler son ouvrage , ce qu'im Anglais n'aurait certainement pas fait.
On juge de l'étonnement de M. de Montesquieu et de 6e$ regrets^ qui doivent nous en laisser beaucoup.
De la maréchale de Luxembourg y petite-^fille du
maréchal de f^illeroi,
MADEkoisELLK DE ViLLEROi, que Toa désigne petîte-fiUe du maréchal de ce nom^ pour la distinguer^ était fille du duc de Villeroi , qui avait mené une vie si obscure , que je doute qu'il soit jamais fait mention de son existence , hors dans la généalogie de cette famille. Mademoiselle de Villeroi épousa en premières noces le duc de Boufflers, et en secondes le maréchal de Luxembourg. On ne peut mieux en donner une idée qu'en rapportant la chanson de M. de Tressan , qui la peint trait pour trait.
Sur l'air : De V amour tout subit les lois.
Quand Boufflers parut à la cour, On crut voir la mère d'amour :
Chacun s'empressait à lui plaire ; Et chacun l'avait à son tour ; f
Mais l'amour n'est plus dans ses bras.
Lutembourg reste seul , hélas !
Assez sot pour être fidèle Au peu c[u'elle a d'appas.
En vain , son frère Yilleroi , Pour elle prit le noble emploi , Auprès de notre roi , De gagner son cœur et sa foi :
Quand BoufEiers , etc.
HISTORIQUES. l5j
. Un esprit trop mêlé d'humeur, Gatin outrée ou précieuse , Le mensonge ou la noirceur Enfin Tout rendue odieuse ; Et , pour comble d'horreur, Son état nous fait mal au cœur.
Quand Boufflers, etc.
En effets du côté de la figure, madame de Boufflers était une des femmes les plus accomplies qui eut jamais paru ; sou esprit était agréable et plein de grâces r Mais tous ces avantages étaient ternis par une inégalité ^ une humeur qui la conduisaient à faire à chaque.instant des scènes embarrassantes , dans rinstant où l'on devait le moins s'y attendre y et le plus souvent sans aucun sujet. D'ailleurs y sa méchanceté, et sa noirceur la rendaient aussi dan-> gereuse dans le commerce de la vie , que son. humeur était fâcheuse, dans la société. Un libertinage outré y dans tous les genres y afiquel elle se liyra y détruisit promptement ses charmes jsans changer ses goûts, et répandit sur l'extérjeur dé sa per*sonne des traces que «M. de Tressan rappelle si durement dans les derniers vers de; sa chanson.
La licence de la régence avait fait dégénérer la galanterie de la cour de Louis XIV , en libertinage effréné. Au éonmiencement du règne du roi> les hommes n'estaient. occupés qu'à augmenter authentiquement là listp de* leurs maîtresses. , et les femmes: à s'enlever lemvs : amans avtec publicité ; i et sur ces objets ^ Je mensonge suppléait jsouwent au défaut de réalité. Les marisry t^éduits à souffrir ce
qu ils n auraient pu empêcher sans se couvrir du plus grand des ridicules , avaient pris le parti sage de ne point vivre avec leurs femmes. Logeant ensemble y jamais ils ne se voyaient ; jamais on ne les rencontrait dans la même voiture ; jamais on ne les trduvait dans la même maison, à plus forte raison réunis dans un lieu public. En un mot y le mariage était devenu un acte utile à la fortime ^ mais un inconvénient dont on ne pouvait se garantir qu'en en retranchant tous les devoirs. Si les mœurs y perdaient , la société y gagnait infiniment. Débarrassée de la gêne et du froid qu'y jette toujours la présence des maris , la liberté y était extrême ; la coquetterie mutuelle des hommes et des femmes en soutenait la vivacité , et fournissait journellement des aventures piquantes. L'attrait du plaisir qui en faisait la base , en bannissait toute espèce de langueur; et l'exemple continuel des pins grands déréglemens autorisait à braver les principes et la retenue.
Diaprés ce tableau , on croira facilement que ce n'étaU point la passion j encore mojns l'estime y qui faisait les inclinations. A^dir pour les honmies^ efdeper pour les femmes y étaient les vrais motifs qui faisaient attaquer et se rendre. Aussi , l'on se quittait avec autant de facilité qu'on s'était pris. Souvent , il n'était question que d'une passade d'an ou plusieurs jours , sans que des deux c6tés on abandonnât ce qu'on avait en titre , et sans autre point de vue que de se vanter pour les hommes y
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et de se livrer aux plaisirs , à la gaieté , à l'occasioa ^ pour les femmes. Quelquefois, mais la chose était rare y le goût succédait à la jouissance , et l'on con-tinuait à vivre ensemble, avec des ménagemens mutuels,; alors on qualifiait une telle inclination du titre de respectable ^ et l'on était craint dans la société y par la contrainte et Tennui que ne pouvaient manquer d'y causer deux personnes qui n'y étaient plus occupées que des sentimens réciproques qu'elles s'inspiraient. La retenue qu'il fallait observer avec eux y d'après leur façon de penser y était gênante.
Mademoiselle de Villeroi y qui venait d'épouser le duc de Boufflers y fut nommée dame du palais de la reine y au mariage du roi y et débuta à la cour avec tous les avantages et les inconvéniens qu'on a dits y au moment où le dérèglement des mœurs se soutenait dans sa plus grande force. Il faudrait des volumes pour raconter tous les excès dans lescpiels le Ubertinage la fit donner y et les noirceurs où la méclianceté de son caractère l'a entraînée. Quelques traits de sa vie suffiront pour la faire connais tre y et justifier la chanson de M. de Tressan.
Si la licence de la régence avait corrompu les moeurs, la dévotion de la fin du feu roi y et la pruderie de madame de Main tenon y avaient bien fait des coHiets montés. De ce nombre était la maréchale de Boiiifflers, dame d'honneur de la reine, belle-mère de la duchesse de Boufflers, qui veillait sa belle-fille de trè^-près, et qui n'aurait pas entendu raillerip sur
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la galanterie. Tromper un argus de cette nature, < était un attrait de plus pour la duchesse de Boufflers. On croit que M. de Fimarcon est le premier auquel elle se soit rendue. Mais comme les rendezvous avec une jeune femme qui vient de se marier sont presque impossibles , M. de Fimarcon imagina de se mettre laquais de madame de Boufflers ^ et il fut plusieurs jours dans sa maison, portant sa livrée.
Un tel début ^ que M. de Fimarcon fut des premiers à publier y promettait trop pour que tous les hommes ne s'empressassent pas auprès de madame de Boufflers , surtout dans un temps où il suffisait qu'une femme eut eu une aventure, pour que tout le monde voulût l'avoir. Bientôt M. de Fimarcon eut des successeurs ; et madame de Boufflers devint une femme qu'il fallait que tout homme de bon air mit sur sa liste.
M. de Riom , trop bien partagé de la nature pour n'avoir pas été l'écuyer favori de madame la duchesse de Berry, était devenu par-là un homme à la mode, et avait acquis un ton dans la société , qui lui donnait de la prépondérance : il reprocha au duc de Luxembourg de n'avoir pas encore songé à madame de Boufflers; et c'en fut assez pour que ce dernier se mit sur les rangs. Madame de Boufflers ne le fit pas languir long-temps ; mais elle mit une condition au marché : c'est que M. de Luxembourg, avant que de quitter madame de No... avee laquelle il vivait, lui ferait un enfant. Ces deux dames se détestaient, et je crois que la meilleure rai-
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son qu'on en puisse donner^ c'est qu elles avaient également des droits pour plaire.
La méchanceté de madame de Boufflers n'était pourtant pas trop bien imaginée; car jamais madame de No... ne permettait à ses amans les précautions que communément les autres femmes exigent ; et sou mari était si peu contrariant y qu'il a toujours accepté çans difficulté et sans humeur tous les enfans qu'elle lui a donnés^ et qu'il savait bien n'être pas de lui 9 à l'exception de madame de La Guiche , que madame de No... avait eue de M. le duc^ et que M. de No... ne voulut jamais adopter.
Quoi qu'il en soit , M. de Luxembourg tint la parole qu'il avait donnée y la grossesse de madame de No... s'étant déclarée en même temps que celle de madame de Luxembourg sa femme. Madame de Boufflers était chez la reine ^ où il y avait beaucoup de monde ; en voyant entrer M. de Luxembourg , elle se mit à chanter assez haut pour être entendue : « C^est le père à tretins , c^est le père à tre^ » tous. »
Si madame de Boufflers avait été plus retenue ,-et que son caractère eût été moins affreux , on aurait du la plaindre ou l'fnvier ; car la nature l'avait formée de façon qu'il lui était bien difficile de résister. Elle dit à la vicomtesse de Rochechouart y de qui je le sais y qu'étant chez la reine y et ne s'attendaut point à voir M. tle . Luxembourg qui .était à son régiment , on vint l'avertir qu'il en était arrivé furtivement 9 et cp'il l'attendait dans son apparte-
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ment : elle courut aussitôt pour l'aller joindre y et fut obligée de s'arrêter deux fois en chemin. Qu'il j a loin de là à nos femmes honnêtes d'aujourd'hui qui disent 9 tant <{u'on veut, qu'a peine ontelles connaissance de ces pau8e»4à ! Chaque siècle a sa mode.
M. de Riom, qui avait engagé M. de Luxembourg à prendre madame de Boufflers y jugeant que la chose avait assez duré, lui représenta qu'il se devait de la quitter 7 mais il le trouva , pour cette fois, indocile à ses avis , et en eut , pour toute réponse , quHl était amoureux.
Si M. de Luxembourg avait été un simple particulier , on l'aurait trouvé trop borné pour avoir jamais été de rien , et même pour qu'on se liât avec lui ; mais c'était un grand seigneur , fort riche , qui en imposait par son faste , et qui joignait à k considération de son nom , l'utilité dont il était dans la société par la dépense qu'il y faisait , par les facilités qu'on trouvait chez lui pour, le plaisir; ce qui lui faisait jouer un rôle que certainement il ne devait qu'à sa position.
Madame de Boufflers, sentant tout l'avantage d'avoir un amant bête et opulent , chercha k fiter M« de Luxembourg, sans loi faire aucun sacri^ce. Elle y réussit d'autant plus aisément, qu'à l'habitude qu'ont les femmes de prendre l'empire , ^e joignait la supériorité qu'elle avait rar lui. Elle se foMia une société de madame de Luxembourg, femmis de son aidant, de la duchesse de La Vallière, et de tous les
hommes de bon air de ce temps-là. On soupait cinq ou six fois la semaine dans la rue Cadet ^ à la petite maison de M', de Luxembourg , où tout ce que la bonne chère peut avoir de plus recherche se joignait à la licence la plus forte. Lorsque le yin échauffait les têtes y et surtout celle de madame de Boufflers^ qui y dans quelque li^ qu'elle soupàt^ sortait rarement de table de sang-froid ^ on se mettait à parler ce qu'on appelait anglais ^ c'està-dire y qa'on tenait les propos les plus libn&, où l'on nommait chaque chose par son nom ; et le plus souvent on ne se quittait point sans quelques complaisances miituelles des hommes et des femmes y qui allaient même jusqui'aux dernières faveurs. Madame de Bouf&ers l'emportait toujours sur ses compagnes ; et M. de Luxembourg n'en voyait rien y ou croyait sur cela tout ce que madame de Boufflers voulait ; il joignait à un aveuglement stupide^ l'indécence d'être le témoin des déréglemens de sa femme.
Ces passades de gaieté n'empêchaient pas madame de Boufflers d'en avoir de plus suivies. Le comte de Pons Saint-Maurice y alors chevalier de Pons y fut un de ceux que je me rappelle dans le nombre prodigieux d'hoimues dont madame de Boufflers s'est passé la fantaisie. Elle lui donna rendez-vous chez elle; mais^ soit mauvaise disposition ^ faiblesse > ou y comme les hommes disent toujours en pareil cas, excès de passion, il fît d'inutiles tentatives pour remplir son attente. Madame de Boufflers,
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trop expérimentée y et qui avait d*aillears trop dé dédommagemens pour prendre le ton de colère ou d'ironie y opposa inutilement y pendant huit jours de suite y une patience dont il y a bien peu d'exemples ^ à un froid que rien ne put surmonter, et eut le mérite singulier de rester amie de M. de Pons , après avoir ril^oncé à ses vains efforts.
Elle ne bornait point ses goûts aux hommes de la société ; les histrions y et peut-être des gens plus obs£!brs encore, ont eu part à ses faveurs. Le duc de Duras y alors duc de Durfort y en eut envie : il prit le temps d'une absence de M. de Luxembourg, pour arranger un souper, où il fii venir Chassé (i), comme chanteur, feprsque le vin «ut , à l'ordinaire , excité madame de Boufflers, elle se prit de fantaisie pour cet acteur, et lui fit les agaceries les plus fortes. Chassé , de son côté , se livrait à sa bonne fortune , lorsque les gens du souper,^ et surtout M. de Durfort, qui n'avait point fait cet arrangement pour les plaisirs de ce comédien , le fît sortir de table , et le renvoya. Madame de Boufflèrs entra dans la plus violente colère; et, s'arrachant des bras de ceux qui voulaient la retenir , toute échevelée ,' et dans le plus grand désordre , courut jusque dans 'la rue après Chassé, en criant de toute sa force : Je lé veux , f je le veux /. ... M. de Durfort eut toutes les peines du monde à la ramener.
(i) Acteur de FOpëra , d'une très-belle figure y et qui *avait tout ce qui conTenait à' madame de Boufflefs.
HISTORIQUES. l45
Ce fut dans l'abatidon dune vie aussi dissolue^ que madame de Bouiflers atteignit l'âge où le défaut de moyens de plaire oblige les femmeTs de renoncer à la galanterie. La dévotion ou le bel esprit sont communément les ressourcés qu'elles emploient pour tenir à la société, s'y faire remarquer, et même y dominer encore . Madame de Boufflers en avait une plus simple. Madame de Luxembourg était morte ; M. de Luxembourg, plus porté par son nom que par ses talens, ses services, et même sa valeur, était devenu maréchal de France. Madame de Boufflers songea à l'épouser , et n'eut besoin , pour avoir son consentement, que de lui dire quelle le voulait. Le public même était si accoutumé à considérer M. de Luxembourg comme nul, qu'il trouva ce mariage tout simple , et ne parut s'en occuper que par la curiosité qu'il témoigna sur la conduite que tiendrait à l'avenir la nouvelle maréchale de Luxembourg. Elle avait annoncé à ses intimes qu'elle voulait viser à la considération , et agir en conséquence. Voici comme elle s'y prit.
La chose du monde que madame de Luxembourg aime le mieux , c'est de souper hors de chez elle , surtout chez des hommes. Fort peu de temps après son mariage , M. de La Vaupalièrè, qui n'était point encore marié / lui donna une fête , où il tâcha de rassembler ce qu'il y avait de plus aimable en hom^ mes. La maréchale, oubliant, pout ses projets de considération , que le sang -froid est ce qui convient le mieux , but du via conmaie à son ordinaire ^
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et se prit de goût pour le comte de Frise. La mode commençait d'aller après souper se jH'omeaer sur le boulevard : la maison de La Vaupalière en était proche; et Von y fut. On entra chez les FantocciQi(i). Madame de Luxembourg , tenant le comte de Frise sous le bras ^ s'y oublia au point de lui faire les caresses les plus expressives , d'une manière si ostensible y que le pauvre maréchal de Luxembourg fut obligé de se lever de Sa place pour l'avertir qu'elle prit garde, que tout le monde avait les yeux fixés sur elle.
. Madame la duchesse d'Orléans étant accouchée à Saint-Cloud (2), madame de Luxembourg y vint; j'y étais , ainsi que beaucoup d'autres gens qui s'empressèrent de faire compliment à M. le duc d'Orléans. Il y eut un de ces soupers de trente per*sonnes , plus propres à inspirer la réserve que la gaieté* La maréchale de Luxembourg y fut à son ordinaire; et n'ayant apparemment personne à côté d'elle à sa convenance, en sortant de table > elle a'oc* cupa beaucoup d'un petit page qui, effectivement, était de la plus jolie figure du monde* Telle a toujours été madame de Luxembourg, se livrant à tout ce qui pouvait avoir rapport à l'objet qui l'eatralnait sans cesse ^ et ne connaissaat plus de bornes , lorsque la table l'avait échaufiee* Pour qu'il ne manquât rien^à la soirée de Saint^-Cloud , lorsque tout le monde fut sorti , elle resta avec M. le duc
(1) Marionnettes très-jolies , connues sous ce nom.
(a) D'une filk , mariée, dans la suite , au duc de Boushon.
HISTQRIQUKS. 1^7
d'Orléans y le comte de Croix et moi , dans l'appartement des goulottes , où y faisant apporter des liqueurs, elle en but avec nous jusqu'à six heures du matin y qu^ nous regagnâmes nos chambres, à grand'peine.
Voilà en abrégé quels furent les pas que madame de Luxembourg fit vers la considération. Je ne me suis proposé que de rapparier quelques traits de sa vie , en difTérens genres. Indépeudammeqt de ce qu'il se^ raitbien difficile detre instruit de tous les excès dans lesquels elle a donné , on peut juger, par ceux que j ai détaillés, qu on serait certainement aussi révolté de les lire , que je le serais moi-même de les écrire.
11 me reste à parler de sa méchanceté. U s'est peu passé de jours,' de quarts*d'heure, qu'elle n'ait marqués par quelques traits de ce genre , quelquefois inspirés par l'humeur, mais , le plus souvent, par la noirceur de son ame. Aussi, jamais n'ar-t-elle pu s^ flatter d'avoir un ami, et s'est-nalle toujours fait des ennemis, de ses qonnaissaoces. La duchesse de La VaUière est celle qui a tenu le plua longtemps à ses inégalités et à ses perfidies. Soi? caractère facile la portait à passer à madame àç Luxembourg ses méchancetés , ainsi qu'à partager le désordre où ielle vivait. Mais madame de La Vallière a été forcée de finir, comme tout le monde^ par se brouiller avec elle, et ne la plus voir. L'horrilile méchanceté à laquelle madame de Luxembourg s'est portée vis^à-vis de madame de Robecq, suffira pour faire connaître d^ quoi elle est capable.
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Madame la princesse de Bobecq^ fille du maréchal de Luxembourg, étaîl d'une figure charmante, et n'a jamais eu d'amant que M. de Stainville («) , si ce n'est Larivée, acteur de l'Opéra, que le public lui a donné ; je ne sais si c'est à tort ou à raison , mais du moins sur des apparences fondées, attendu la familiarité où elle vivait avec lui pendant l'absence de M. de Stainville , en ambassade à Rome. Dans les commencemens du mariage de madame de Luxembourg, il était tout simple que madame de Robecq, devenue sa belle-fille , cherchât à se lier avec elle. Le début alla assez bien ; mais bientôt les noirceurs que madame de Luxembourg lui fît, ainsi qu'à M. de Stainville, les brouillèrent ensemble ; et elles ne se voyaient presque plus , lorsque des crachemens de sang réitérés ayant attaqué la poitrine de madame de Robecq, la mirent en peu de temps au point detre sans ressource. L'usage veut cpie, dans quelque disposition intérieure qu'on soit, le degré de parenté oblige de fatiguer de sa présence un malheureux moribond, et qu'on le force d'ajouter à ses souf-frances, celle de voir quelqu'un qu'il hait, et dont il est sur d'être haï. Madame de Luxembourg remplit ce devoir vis-à-vis de madame de Robecq; mais, loin d'être attendrie par le spectacle touchant de voir une jolie créature descendre dans le tombeau à la fleurde l'âge , et de chercher à la distraire des terreurs que lui causait la mort , non-^seulement elle la contra-
(i) Depuis d.uc de Ghoiseul , et ministre.
HISTORIQUES. l49
riait ^ mais même^ par des propos détournés y elle cherchait à lui faire connaître son état , pour le lui rendre plus affreux. Elle mit le comble à tant de barbarie 9 deux j<9urs avant la mort de madame de Robecq, tjui ne parlait déjà plus. En entrant dans sa chambre , elle dit y assez haut pour que la malheureuse mourante pût l'entendre : qu^onnepoiivaitjr tenir y qu'on jr sentait le cadavre à en être suffoqué. D'après ce fait, on peut juger de l'àme de madame de Luxembourg, et de ce qu'on doit en attendre. Le maréchal de Luxembourg suivit d'assez près sa fille , et la maréchale le regretta plus par l'atteinte que sa perte portait à sa position , que par l'attachemént qu'elle avait poui" lui. Depuis ce temps, elle s'est maintenue dans la société avec une sorte de prépondérance; car tel est ce pays - ci : pourvu qu'on soit opulent , et qu on porte un beau nom y non-seulement tout s'oublie , mais même on peut jouir d'une vieillesse considérée, après la jeunesse la plus lùépr^sable. Mille exemples prouvent ce que j'avance ; et madame de Luxembourg aurait suivi la route commune , sans son caractère , qui la fera à jamais autant craindre que détester. Je ne lui connais qu'un seul mérite, c'est la manière dont elle a élevé la duchesse de Lauzun , sa petite-fille : il est vrai qu'elle a trouvé un excellent fonds ; mais on ne peut disconvenir qu'elle ne soit un chefd'œuvre d'éducation , et la femme la plus parfaite qu'on ait connue.
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Madame de iîûhtaut^ fille du maréchal de Grammant^ fnanquty faf* sa jouté y d* être maîtresse du rùi; efuelques anecdotes sur son cc/mpte; Careêctère dU duc de GeSi^res.
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It y avait quatre ou cinq ans que le roi était marié. Toutes les femmes en droit de plaire crurent que le moment était arrivé d'attaquer le cœur d'un jeune prince qui n'avait encore rien aimé. Entre toutes celles qui se mirent sur les rangs , madame de Gontaut, fîUe du maréchal de Grammont y qui avait épousé M. de Gontaut y fils du maréchal de fiffon^ Alt cdle qui avait le plus de titres pour ihiériter la préférence.
Jamais la nature n'avait formé un visage plus beau ni plus parfait. La taille , la gorge ^ les pieds et les mtdfns n'y réffoodaient point. Mais un grand »:t à cacber leurs défauts rendait certainement madame ^ Gontàut la plus belle féixmte de son tmips y et celle qui avait le plus de reptation. Son carac^ tère audacieux et saii6 préjuj^és devait la condtûre au but èà é!le aspirait « De plus, elle était portée par tine cabale y et nntrignè touchait à la conclusion ide si près y que le maréchal et la inarécbaïs de Biron y gens qui pensaient coname tdans l'aDrcieo temps , et qui ne voulaient point être les témoins
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du deshonneur de leur belle^fille, et de la honte qui pourrait en rejaillir sur leur famille^ songeaient sérieusement à se retirer dans leur terre de Biron^
La reine , dont madame de Gontaut était dame du palais^ s'aperçut bientôt de ses vues. Elle «en eut une jalousie affreuse ^ et, n'osant pas la maltraiter ouvertement , elle essaya de diminuer les moyens qu'elle avait de plaire. Elle ne la voyait presque point qu'elle ne trouvât quelque chose à redire à sa coiflfare ; el , sous prétexte de la raccofftmoder^ elle la dérangeait de son mieux.
Si près du bien qu'elle désirait , madame de Gontaut, en un instant, le perdit poi;ir jamais, parson inconsidération et sa méchanceté . Voici comment la chose arriva. Le maréchal de Biron mariait une de ses filles, et le roi , qui avait de la bonté pour lui , étant allé à la chasse , chargea le duc de Gesvres , premier gentilhomme de la chambre , de lui faire pointer, de sa part, du gibier pour la noce.
Le duc •de Gesvres, dont l'impuissance avait fait tant de bruit , était un de ces êtres i'ares qur paraissent de temps en temps dans le monde. Il avait publiquement toutes les façons des femmes; il mettait du rouge ; on le trouvait chez lui, ou dans son lit , jouant de l'éventail , ou à son métier, faisant de la tapisserie. Il aimait à se mêler de tout; son caractère était précisément celui d'une caillette. Avec Umt cela , parvenu à un certain âge , sans changer de façon d'être , il avait de la considération : toute la cour abondait chez lui. On ne menait
pas une jeune mariée à Versailles , qu'on ne la lui présentât. Le roi le traitait bien , et ses ridicules ne lui en donnaient pas.
Chargé d'une marque de bonté du roi pour le maréchal de Biron , il fit la commission lui-même. Le maréchal^ pour reconnaître son attention ^ eut celle de le prier à la noce. Au milieu du souper y madame de Gontaut^ qui ne l'aimait pas, interpella M. de Lauzun, son fils , alors fort jeune , et qui naturellement était pâle : Mon fils, lui dit-elle, je vous troiwe bien des couleurs aujourd'hui y par hcf." sard, auriez-vous mis du rouge? Il lui répondit que non, et que cela ne lui arrivait jamais. Eh bien! si vous dites vrai , reprit-elle , frottez-vous, avec votre sen^iette^ pour faire voira tout le monde que vous n'en avez pas ; car rien n'est si affreux pour un homme j ni ne h couvre d'un plus grand ridicule. En disant cela, elle regardait fixement M. de Gesvres , qui sentit parfaitement la méchanceté , mais qui n'en fît pas semblant , se réservant de chercher l'occasion de s'en venger. Elle ne fut pas éloignée. Dès le lendemain, le roi ayant loué madame* de Gontaut devant lui , il convint des charmes de sa figure , et ajouta que c'était bien dommage que des apparences, aussi séduisantes couvrissent un sang entièrement gâté par la débauche la plus efirénée. 11 n'en fallut pas davantage au roi pour ne plus songer à madame de Gontaut, quelque effort qu'elle ou ses partisans fissent auprès de ce prince , si occupé de sa santé > que le moindre dérange-
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ment qu'il y ressentait y auquel même tout autre ne prendrait pas garde y suffisait pour lui donner l'humeur la plus sombre.
Puisque je parle de madame de Gôntaut, je vais rapporter quelques anecdotes sur son compte. Je crois que jamais personne ne reçut de son père et de sa mère le traitement qu'elle en éprouva. Elle logeait chez eux dans les commencemens de son mariage , et s'étant promptement décidée à prendre un amant y elle avait donné la préférence à M. de Charlu qui, pour la voir , se déguisait en garçon perruquier. Un jour la maréchale de Grammont le'rencontra sur l'escalier, et ne le reconnaissant point , elle dit , en rentrant , au maréchal de Grammont, qu'elle venait de voir un perruquier de la plus jolie figure du monde. M. de Grammont ne s'y méprît point; et ayant éclairci le fait, ils furent l'un et l'autre chez le maréchal et la maréchale de Biron, auxquels ils dirent que leur fille était/ une ferome galante qui recevait dans leur maison M. de Charlu déguisé , et qu'ils venaient le leur dire , pour qu'ils missent ordre à sa conduite. Le maréchal de Biron était un bon homme ; mais la maréchale était haute , exigeante , difficile , et niême insupportable à vivre ; cependant , dans cette occasion , elle se conduisit mieux qu'on ne devait s'y attendre. Elle répondit à madame de Grammont qu'elle avait peine à croire ce qu'elle lui disait de madame^ Gontaut; mais que, quoi qu'il en fût, il fallait prendre toutes les précautions imaginables , pour que son mari
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n'eût aucune connaissance de cet événement. Le maréchal et la maréchale de Graramont, voyant qu'ils ne gagnaient rien sur M. et M"* de Biron , avertirent leur gendre de ce qui se passait. La dépravation des moeurs était si grande dans ce temps-là^ que les femmes dont les hommes se souciaient le moins étaient les leurs ; il était du bon air de ne point vivre avec elles , et c'eût été se couvrir du plus grand ridicule que d'en être jaloux, a plus forte raison de faire un éclat. La rigidité de M. et de M"' de Grammont n'aboutit à autre chose qu'à faire prendre de nouvelles précautions à madame de Goûtant, et de nouveaux déguisemens à M. de Charlu.
L'audace du caractère de madame de Gontaut se porta à un trait de hardiesse dont peu de f etDmes auraient été capables . Il y eut un bal à la cour, pendant la minorité du roi. Ces sortes de fêles sont toujours sujettes à de grandes tracasseries , par la prééminence que veulent y avoir les femmes titrées , avantage contre lequel s'élève avec raison la noblesse, il fut décidé que le roi ne danserait qu'avec des duchesses ; madame de Gontaut , qui n'était point encore titrée, ne confia son projet à personne ; mais aussitôt que les menuets furent finis , pour lesquels l'usage est de nommer, elle se leva de sa place, et, belle comme le jour, elle alla faire tine grande révérence au roi. Ce prince, à qui l'on avait fait
k leçon, fut extrêmement embarratôé. Le mare-
* chai de Villeroî , son gonveraenr , ne savait a quoi
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se dëtermiçer : tout le monde avait les yeux attachés sur cet ëvénenient (i)^ lorsque M. le duc d'Orlëans, le régent, alla dire au roi qu'il fallait qu'il dansât , et, la contre-danse finie , il lui dit encore daller reprendre madame de Gontaut, conduite de M. le régent qui charma la noblesse. Elle ne fut pas moins contente de madame de Gontaut, qui pourtant a prouvé par la suite qu'en cette occasion elle consulta plus sa propre vanité que les intérêts de la ^ause commune ; car., ayant été titrée , elle s'est montrée plus acharnée qu'aucune duchesse à leurs prétentions.
Madame dé Gontaut toujours belle (car elle l'a elé jusqu'au dernier moment), mais parvenue à ce point où les plaisirs et là fouie d'adorateurs abandonnent les femmes , sans qu'elles perdent le désir d'occuper et de domiifte^; madame deGbntaut^ijdisje ) prit le seul parti 'qui reste -aux femMrès galantes pour être encore remarquées; elle quitta le rouge et se mit dans la dévotion. Ce nouveau genre de vie la rapprocha de M. le duc d'Orléans, fils du régent, qui, après avoir débuté dans le monde
(i) Quoique je tienne cette anecdote du maréchal de Grammont , du duc de Grammont, sou beau-frère , cependant madame de Sëgur m'a dit que madame de Gontaut ne fit point cette démarche de son chef, et qu'elle y fut autorisée par M. le régent, arec qui la chose était probablement arrangée. Il y a lieu de croire que madame de Sëgur^ que M. le duc d'Orléans aimait beaucoup , a été instruite de ce qui s est passé à cet égard. Cette version diminue de la hardiesse (lue madame de Gontaut fit paraître dans cette occasion.
comme tous les jeunes gens^ donna l'exemple d une conversion outrée ^ qui le conduisit à abandonner le conseil , et à remettre au roi la charge de colonel-général de l'infanterie, pour se retirer à Sainte-Geneviève. Ce prince , comme on en a dit un mot y page 121, sans s'en douter, devint amoureux de madame de Gontaut , et y passait la plupart de ses soirées avec le comte d'Argenson , alors son chancelier, depuis ministre de la guerre; et^ comme la vie réglée qu'il menait exigeait qu'il se retirât de bonne heure, il lui arrivait assez souveut^ en s'en allant, de dire à madame de Gontaut : Mon chancelier vous dira le reste ;^ commission dont M. d'Argenson s'act^uittait très*ponctuellement ; car il y avait déjà du temps qu'il vivait avec elle , et très-dévotement elle l'a eu jusqu'à sa mort , qui fut occasionée par une maladie de poitrine ; fin asse^ conunune , dans ce temps-là , des femmes qui avaient vécu comme madame de Gontaut.
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De M. de Pezay.
Ecrit en 1779.
M. DE Pezay^ qui s'appela d'abord MassoUy était d'une naissance obscure. Il avait une sœur qui avait épousé M. de Cassini^ officier dans les gardes-ducorps. Elle était assez jolie ^ et avait de la voix; elle débi^ta dans le monde par être coquette et avoir des amans. La fin du règne de Louis XV^ et M. de Maillebois avec qui elle vécut , en firent une intrigante.
M. de Pezay commença par être aide-ie-camp de M. le prince de Rohan^ pendant la guerre de 1756. Je le connus alors : il était doucereux, complaisant, avait de l'esprit et faj^ait des vers assez joliment. On le» priait volontiers à souper; là, il re'citait ses productions , et surtout des élégies qu'il avait faites , sur la préférence que madame Mi ton , femme d'un capitaine aux gardes, avait donnée au prince de Marsan sur lui. A la paix , il s'établit dans une petite maison au faubourg Saint-Germain , où il continua le métier de bel esprit, vivant avec Dorât , fatiguant , quiconque y consentait , de ses petites poésies , et étroitement lié avec M. de Maillebois, dont les cUens n'ont jamais été que gens de cette espèce. - —
Sa sœur s!étant mise dans l'intrigue, l'y entraîna aussi. Il vivait avec la femme de M. de Montbarey^
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depuis prince et ministre de la guerre. On sent que la fortune de M. de Montbarey lui facilita bien des moyens.
Je n'ai encore parlé que de ce que M. de Pezay montrait dans la société. L'ambition développa en lui beaucoup de fausseté y d'audace et dHnsolence. La façoa dont il gagna la confiance de Louis XYI le prouve. A son avènement au trône ,^ il lui écrivit y et lui manda qu'ayant été eu correspondance avec le feu roi y il se croyait engagé^ par le serment qui lie tout sujet vis-^i-vis de son souverain y a coutinuer de l'informer de tout ce qu il croirait utile pour le bien de son service^ et qu*à mpins duo ordre contraire y positif y il serait exact à remplir ce devoir. L'exposé était faux j jamais M. de Pezay n'avait écrit^ ni eu le moindre rapport avec le feu roi*
Cette première lettre demeura sans réponse.
M. de Pe?ay ne se rebuta pas • il récrivit; et manda que ,' puisque S» M. ne lui avait fait donner aucun ordre^ il regardait ce silence couine une apr probation tacite. Cette seconde lettre n'eut pas plus de succès que la première : la troisième fut plus h^irQuse. Il est vrai qu'il pritie roi par son endroit sensible ; il commença à lui dire du mal dç plusiems personnes. S^ M« écpiyit de sa m^in., fai lu, et la lui reDiV<>ya. Dans celles qui suivireat ^ le roi coipmença à ffiire des objections sur ce qu'elles contenaient : de là à la confiance | il n'y eut ^us qu'un.pas. M» de Pezay nm tasda.pa&à le laiie^et à gagner beaucoup d'influencé.
£a attaquant le roi, M. de Pezay ne négligea pas M. de Maurepas. La chose était moins difficile de ce côté , par le goût que ce ministre a toujours eu pour toutes, les espèces qui l'ont flatté , par la facilité avec laquelle il a toujours adopté leurs projets, quelqu'insensés quils fussent; preuve convaincante de son insuffisance , et de Tombrage qu'il a toujours pris de tout homme qui , par sa cousis-* taace ou ses entours , pouvait lui tenir tête.
Bientôt M. de Pezay eut beaucoup de part à la confiance du roi , et une grande influence dans les choix et sur les affaires. On croit que c'est lui qui a fait nommer d'abord M. de Cluny au contrôle, général, et, à sa mort, M. Necker. Il s'est lourdement trompé sur le compte du premier ; jusqu'ici , il parait qu'on lui a une grande obligation d'avoir fait nommer le second.
M, de Maurepas éprouva avec M. de Pezay, ce qu'on éprouve presque toujours avec les intrigans : à peine fut-il ancré , qu'il n'épargna pas plus ce nÙDistre vis-à-vis du roi, que tout le reste. En lui démontrant son incapacité et ses fautes qui, il faut en convenir, étaient journalières, il le traitait de vieux radoteur, et l'accablait d'épithètes àm» ce genre, 11 ça vint au poipt que M. dç Maurepas commença à le craindre.
J« f 1^ informé asse9& promptemei^t d^ la corre^pondi^pqq de M. de V^^^j avec le roi, ^t d» crédit qu'il prenait. J Vu ^avertir U rçine j elle 0n parU au roi , qui rejeta ce fait avec dédain , qu Ivi digj^at :
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Crojrez^ous que je me compromette avec de pareilles espèces ? ,
M. de Pezay , parvenu à un certain point, s'ennuya de l'obscurité dans laquelle il vivait ; il désira une place qui Ten tirât y et on le fit inspecteur des côtes. Dans la tournée qu'il fit y il n^y eut sortes d'excès et d'insolences auxquelles il ne se portât^ tenant tête à tout le monde y et même aux ministres. A son retour, il tomba malade, et mourut peu de temps après , à la grande satisfaction de beaucoup de gens, et surtout de M. de Maurepas , qui fit tout au monde pour avoir sa correspondance avec le roi ; car, comme je l'ai dit , S. M. renvoyait à M. de Pezay ses lettres, en même temps que ses réponses. Le comte de Maillebois, attentif à saisir toutes les occasions de plaire aux gens en place , et de se tirer du bourbier où l'on peut bien dire qu'il s'était plongé lui-même , s'offrit à M. de Maurepas pour tâcher de lui procurer cette correspondance tant désirée : il la lui apporta peu de temps après, se l'étant procurée parle moyen de madame de Cassiui, et c'est là le vrai motif de l'espèce d'intérêt que M. de Maurepas lui a montré \lepuis.
Je tiens tout ce que je viens de rapporter, du cardinal de Rohan , trop ami de M. de Maurepas , et trop intrigant lui-même , trop en correspondance avec les espèces y pour n'avoir pas été instruit de la première main. Je pourrais rapporter encore d'autres circonstances de la vie de M* de Pezay |
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mais le détail est trop bas y et le héros trop abject y pour m'y arrêter. Je me suis borné à écrire une anecdote assez singulière y et piquante pour la curiosité, qui doit bien servir de Iççon à ceux qui sont en place, et leur apprendre que, s'ils sont souvent trompés par les gens d'une certaine -étoffe, du moins n'ont-ils rien k se reprocher , et sont-ils quelquefois plaints ; au lieu qu'en mettant en jeu de vils sous-ordres, cofnme M. de Pezay,*la bassesse de leurs principes les porte toujours4i l'ingratitude la {dus noire. Il en arrive que celui qui les a élevés, en devenant le jouet de leur perfidie , devient encore l'objet de la moquerie publique . Si un ministre connaissait ses vrais intérêts , . il ne. ferait aucun cas de.sa place, et né s'occuperait qu'à la bien Tiemplir ; c'est le meilleur moyen de la consiérver', de passer 4es .nuits plus, tranquilles, de. se rétirer' en emportant les regrets des honnêtes gens, et de* rentrer dans la société avec de la considération .
L'aventure: de M. de Pezay donne aussi matière à bien des réflexions sur le caractère du roi , et fait juger combien il est important qu'il .ne soit en* touré quç de^gens qui n'abusent pas de sa facilité , qui corrigent en lui les impressions de l'éducation aSreuse qu'il a eue, et qui ne détérioiçènt pas tout ce qu'il possède de qualités pour faire un excel-* Içnt roi.