TOME I
madame de Blot^ il choisit le comte de Frise pour confident en titre. L'occasion de faire une perfidie était trop belle pour que le comte la laissât échapper. Loin de parler pour M. le duc d'Orléans , il parla pour lui. M. le duc d'Orléans s'en douta ^ et il en fut peiné; le public s'en aperçut, et la chose fît du bruit. M. de C**'^ , ami et dupe du comte de Frise, s'empressa de venir à Bagnolet (i), où M. le duc d'Orléans était avec sa suite, ses amis, la cour et la ville, qui venaien! journellement à cette campagne; M. de (J^^^, dis-je, avertit le comte de Frise des propos qu'on tenait, du tort qu'ils lui faisaient, et lui parla avec la force que lui inspirait Thonnêteté de ses principes. Le comte de Frise, à qui il n'en coûtait pas plus de jouer rhonnéte homme, que d'être roué , el qui adoptait l'un ou l'autre rôle, suivant les gens à qui il avait affaire , et suivant ce qu'il pensait lui mieux convenir , eut Tair de déférer aux avis de M. de C*'^* , et mit de là réserve dans sa conduite^i
11 n'eut pas besoin de s'observer long-temps. Bientôt M. le duc d'Orléans , qui n'était pas fort épris, se détacha de madame de Blot pour madame deB***, prude, tracassière, intrigante, ainsi qu'elle l'a prouvé depuis; car dans ce temps-là elle venait d'être mariée , et ne mettait dans la société qu'une assez jolie figure et un extérieur très-doux. Elle
(]) Maison de campagne charmante , dont M. le duc d'Orlëans avfût hérité, et qu'il a vendue. Elle est détruite aujourd'hui.
était fille de madame de Vireville y une de ces habituées de la maison dont j'ai parlé ci-devant , et dont M. le duc d'Orléans avait été occupé. Quoique M. le duc d'Orléans se soit donné beaucoup d airs , et ait fait bien des confidences sur le compte de madame de B***, il est fort problématique qu'elle s'y soit rendue. 11 faut pourtant convenir, ou qu'il était plus amoureux, ou que madame de B*** a mis plus d'art à le captiver que madame de Blot; car elle le retint bien plus long-temps dans ses fers , et sut mettre ce temps à profit pour elle et pour sa famille.
M. le duc d'Orléans , dans de nouveaux liens , rendit au comte de Frise la liberté d'attaquer ouvertement madame de Blot ; et c'est à cette époque que commença véritablement un roman calqué sur celui de Clarisse. Même tendresse^ mêmes incertitudes et mêmes combats dans madame de Blot ; même adresse et même noirceur dans le comte de Frise , employant tous les moyens possibles pour atteindre le dénoùment ; * et , souvent prêt à le saisir , il en reculait l'instant pour faire durer l'intrigue et les tourmens.
Tout se réunit pour flatter son caractère méchant , qui avait besoin d'être remué , et qui ne se plaisait que dans l'activité. Madame de C*** était sensible aux soins que lui rendait son mari , homme, d'une figure et d'un caractère très-noble , aimable dans la société , où cependant il mettait trop d'esprit, avec une indifierence portée jusque sur les
la*
1 8o DÉTAILS»
choses qui, pour n'être pas personnelles i cependant n'en affectent pas moins tout le monde
Le comte de Frise joignit à la satisfaction de pouvoir tourmenter une de ses maîtresses ^ celle de pouvoir être jaloux d une autre : il employait visà-vis de madame de B}ot tout ce que Vart^ la séduction et l'intrigue peuvent. fournir; et auprès de madame de G^^^ ^ tout ce que la scène tragique renferme de noblesse et de grands sentimens ; ce qui convenait asses^ aux personnages à qui il avait affaire.
Cependant il s'en fallait bien qu'il tiit aussi tranquille dans le fond^ sur le compte de madame de C***> qu'il l'aurait peut-être voulu : il ne pouvait s'empêcher de lui rendre justice^ de l'estimer, et de la mettre au premier rang parmi les femmea; l'idée de la perdre le révolt^ait ; cependant il ne voulait point renoncer à tnadame d^ Blot ^ dont la conquête flattait autant son amour^prô|ire , que ses soins pour en triompher étaient analogues à son caractère.
J'étais le confident de ses plus secrètes pensées. Souvent il m'envoyait chercher , ôt )e le trouvais enfermé ches lui , où il avait persuadé à madame de Blot qu'il était au moment de se donner la mort. Là, nous^ cpmposions des lettres^ ou plucàt des volmnes qui y pour être du style le plus pathé-^ tique , ne nous portaient pas moins à des rires itn^ modéfés , par le contraste de la tranquillité d'âme du comte de Frise ^ avec la peinture des agitations
HISTORIQUES. l8l
que nous lui supposions , et le penchant que j'ai t<>i^our5 eu à la gaieté. La chose prenait une autre tournure lorsqu'il s'agissait de madame de C?*"**. J'ai déjà dit qu'indépendanament de ce quele comte de Frise ea était véritahlement affecté ^ il avait adopté le ton noble pour cet objet ; par conséquent ^ il ne fallait pas sortir du genre.
M. de Beauv...^ son rival .^ n'avait pas pris le ton d'un amaat commun qui cherche , en se cachant , à ^^pplanter celui qui est en titre : il avait marché ouvertement. Madame de C*** en avait instruit I0 comte ^ Frise ; et , sans lui dissimuler son penchant , l'avait convaincu qu'elle resterait fidèle à ses seroi^ns. On ^eat de reste quel champ cette conduite ouvrait à la grandeur d'ame , k la noblesse et à la générosité.
Madame de €*** avait plus d'esprit qu'il n'en fallait pour entretenir jkes choses sur le même pied^ s'il était possible de contenir long-temps un homme fort amoureux , et de lui persuader de se contenter de grands sentimeos et dç privations y lorsqu'il désire du retour et des jomssances. Th^js les fi^equentes conversations du comte de Frise et de M. de Beauv. • ., ce dernier prit enfin (}e Thumieur^ et parla d'en venir à la décision du S(Ort des armes , ce qui oe déroge point au système du grand tragique. Madame 4e C*'^'^ , effrayée , comme de raison , mit en av,an t son i^rét , et le torique poiurraÂt fair^ ^ 4sa rép«ptatioa un coi^abat ,doat eUe serait Tiobjet. C^Ufs confiÀ4éiratÎAn fit ton^T l«s amies de la main.
iSn DÉtAILS
des champions. Cependant madame de C*** employa tout son art à prolonger ce calme heureux entre les rivaux : elle était habile, et employa conune dernière ressource la grandeur d'ame affectée du chevalier, à qui elle eut recours. Quoique la réputation ' du comte de Frîse , sur la bravoure j n'eût jamais reçu d atteinte , et que même il se fut déjà battu, cependant je crus m'aperce voir que les voies de fait n'étaient pas de son goût. Il était heureux et possesseur ; par conséquent c'était à lui à être le plus doux et le plus sage. Il joua très-bien ce rôle. Enfin il arriva un matki chez moi , avec ia contenance et le ton de voix théâtral : — « Sei- » gneur, me dit-il, je viens de remporter sur moi >y une grande victoire ; je sors de chez madame » de C***, à qui j'ai rendu sa foi; j'accorde à Ç*** » et Beauv... des jours heureux qu'ils me devront, » et qu'ils vont consacrer au bonheur et à la rew connaissance. — Seigneur, lui répondis-je, C*** » et Beauv. . . vontse moquerde vous; mais puisque » tel est l'arrêt du sort , remettons nos épées da&s » leurs fourreaux , et ne songeons plus qu'à tour^ ji) menter miadame de Blot. »
Ce fut, en effet, la seule occupation du comte de Frîse. Ayant triomphé de tout, il ne lui restait plus à obtenir que ce que les femmes ont le plus de peine à accorder. A force de demander toujours la même chose, il touchait au moment de l'avoir, et je Fen félicitais.' — a Cœur vulgaire, me dît-il, » esclave des sens, pensez-^vous qu'un homme tel que
HISTORIQUES. l83
») moi s'avilisse par une jouissance ordinaire? C'est » sur Tame et non sur les sens que je prétends rén gaer. Je ne dis pas qu'un jour je ne couronne j» madame de Blot^ si elle le mérite par sa cons- » tance à soutenir les épreuves; mais il n'en est )) pas temps encore; elle s'est un peu pressée de » vouloir se rendre ;. il faut y mettre ordre , et je » vais partir pour rAllemagne. »
J'avoue que quclqu'accoutumé que je fusse au caractère du comte^ ce trait me'tonna. Il m'apprit que, quelqu'outrés que nous paraissent souvent les caractères que les auteurs mettent sur la scène y il n'en est point qui ne se trouvent dans la nature. A peu de jours d^fa , le comte de Frise se mit en chemin pour Dresde, n'ayant d'autre but^ dans son voyage , que celui qu'il m'avait dit , et emportant avec lui la satisfaction des larmes que madame de Blot avait répandues à Tinstant de son départ. Ce fut de Dresde qu'il m-'écri vit la lettre suivante , qui servira à le faire^encore mieux connaître. Elle est moitié en vers, moitié en prose : la poésie entrait pour beaucoup dans nos occupations.
lettre du comte de Frise au baron de Besens^al ,
écrite de Dresde.
Heureux baron , dont ledestin Naguère me faisait envie , Sachez qu*en ce climat lointain , Aux bords glaces de ma patrie , De mes ennuis j'ai yu la fin.
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.Loin de Doris , loin de Délie (i) , Je succombais à mon chagrin , Quand d*nne raison réfléchie Emprunttnt lè flambeau dirin y Je m'égarai danf un chemin Qui conduisait vers la Folie.
De gens de tout état suivie , Elle 7 marchait d'un atr badin^, Parlait grec , français et ktin ^ Et tenait ouvert , dans sa main , Un gros recueil de poésie.
Jc| la vv^; maïs fuyant soudain :
pion ^ non , vous me lorgnez en vain , Lui dis-je y"^ ô ma très^douc^ amie !
Vous suivre n'est pas mon dessein , Car ) attends la Philosophie Qm m'a promis nn coeur d'airam : • • • Oui , je l'attends , et dès demaiiitt Soit , reprit-elle ; mais enfin • ' Je connais bien votre Sophie :
! < )/ Soilvent du jour au lendemain ,
. APattendi^e^nn pasSQ s^ vie.
Lor& , avec un souris malin , Venez , dit-elle , je vous prie ; Ce -soir, à Corine , à Sylvie , * Je donne un touper clandestip , Et ^ui tient un peu de l'orgie:
Allons , marchons : jusqu'au matin Nous y'boirons du vin d'Hongrie.
Qu'eussiez-vous fait , baron charmant ?
Vi^ d'Hongrie et femme f»oyTçlle , L est pour vous un attrait puissant; Songez encor que Timmortelle , Par je ne sais quel ascendant , Malgré ami m «iltrahiait yers «lie .
(i) Les deux femmes quHl avait laissées è Paris.
HISTORIQUES. l85
Jamais je ne la yis di telle , Et je la suivis en sautant.
Enfin , baron ^ dans ce moment , J'oubliai la beauté cruelle Qui m'aime et qui fait mon tourment- Baron ,' j'oubliai même Celle Qui d« son sexe est l'ornement ; Et vous , des amans le modèle , Vous en eussiez &it tout autant.
(( Je voulais vous écrire en verç tout ce qui m'est « arrivé depuis que j'ai cessé de vous écrire en prose; >» mais je ne m'en sens ni la force, ni la volonté; » contentez -vous donc de ceux-ci qui ne m'ont » coûté que cç qu'ils valent, et surtout dispensez- » moi de suivre la métaphore. La description du » temple de la jf olie trouverait cependant bien ici M sa place, et vous^savez par vous-même que les » descriptions conviennent et ne coûtent rien aux » poètes. Mais pourquoi vous peindre ce que vou3 » connaissez si bien ?
Ne dans l'enceinte de ce temp}e , .
Vous en connaissez les détours ; Couvent vous y prêchez d'exemple , Et vous r^nee iifiBK iofus Itt jouxrs.
» J'en reviens donc au récit simple de mes aven- M tures, que je tous fëi*ai, s'il vous plaît, sans poé- M sîe, en vers cerpfendàiit , riiais en vers à ma ma- » flftère et à la vôtre. Voius saurez donc que ma « G^$tBiice étant à bout,
Etifin , )*aî pris une maîtresse , J'tniai prisibnli ,' j'en ai pris tit)ift :
Trois à Dresde ,^deux à Liitè^ , Font cinq de bon eompfee , je crois.
1 86 bÉTÀiLs
Si ne trouvez le nombre honnête , Voyez la vôtre seulement Deux ou trois heures tête à tête , Puis m'en parlerez savamment.
» Oui trois y je n'en rabattrai pas une. Vous allez » me demander pourquoi je me suis précisément w arrêté à ce nombre , et je serais assez tenté de » vous répondre , à Timi talion de Tyran-le-Blanc, » que c'est en mémoire de la sainte Trinité; mais^ » outre qu'il est mieux de ne pas mêler sacra pr(h » fanis y il est aussi plus vrai et plus digne de ma » candeur de vous avouer que c'est faute d'avoir » eu le génie d'en concilier davantage ; ce n'est » même que par degrés qufe j'en suis veau là. » D'abord, tout mon plaisir éuft d'être triste; » mais comme ce plaisir ne saurait en être un à la » longue, je m'en ennuyai bientôt; je crus quil » convenait de voir mes amis; je les vis, et je » m'enivrai avec eux.
» J'avais placé ici quatre bien mauvais vers, et » vous en serez plus surpris, baron, que de ma » marche qui doit vous paraître assez simple; elle » vous le paraîtrait encore davantage , si vaus cou-* » naissiez les gens qui la cooduisaient.
» Duhren , que vous connaissez cependant ua » peu , est un de ceux qui ont le plus contribué à » ma guérisoa, c'est-à-dire , au retour de ma gaieté. » C'est un homme singulier : l'étude de son^mé- » tier (i), qu'il possède comme s'il n'en avait ja-
(i) n était dans le service , en Saxe.
» mais cultivé d'autres , ne l'a pas si fort absorbé , » qu'il n'ait eu le temps d'être poète, philosophe^ » homme à bonnes fortunes.
Dès mon enfance il fut mon maître ; Par son exemple , au champ de Mars , J'appris à mépriser mon êti e ; Et paisible dans nos remparts , C'est lui qui dans mon cœur fit naître Le goût des voluptés , des arts.
Savant sans daigner le paraître , Au philosophe , au géomètre , n joint les dons de notre état , Et même ce serait un fat , Si , par hasard , il fallait l'être .
» Je dois donc une grande partie de ma recOQ- )) naissance à ce grand homme r Le comte de M Schomberg (i), tout triste qu'il est^ et Mar- « taage (2), dont vous m'avez souvent ouï parler^ » ont fait le reste.
Yous aimeriez fort ce Martange ; Ainsi que vous il rit de tout , Ainsi que vous il boit , il mange ; D'un jeune objets beau comme un ange.
Ainsi que vous il vient à bout.
(1) Le comte de Schomberg , saxon d'origine , attire en France par le chevalier de*** , eut , à la mort du chevalier, le régiment de dragons allemands, qui avait été mis sur pied des débris des houlans , et qui n'ont duré qu'autant qtie lui. Le comte de Schom- J^erg est devenu , depuis , inspecteur de cavalerie et maréchal-decamp.
(a) M. de Martange , français d'origine , était simple capitaine d'infanterie. Étant réformé , il mourut de faim. Le chevalier de***
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Tom les jours nouvelle maîtresse ,
Bon estomac y esprit joyeux , Composent toute sa richesse , Et sans fortune il est heureux.
» Mais revenons aux dames de mon cœur ; U est » bien juste d'en dire quelque chose : commençons » par la première» •
Brune , avec le teint d'une blonde , A peine a-t-^elle atteint quinze ans ; Simple et vraie en ses sentimens , £Ue ignore le train du monde , Et la malice des amans , Qu'on ignore alors qu'il est temps D'en faire une étude profonde , Et qu'on apprex^l à ses dépens.
» Ajoutez à tela tout ce qu'une ame tendre, la » modestie et l'amour peuvent prêter de grâces I) aux Grâces mêmes , et vous vous formerez une » image au-dessous de l'original.
Lorsque je lui parle d'amour^ Son front modeste se colore Du vif incarnat de l'aurore Qui brille au matin d'un beau jour.
r^apt oonnu , il le prit en amitié , k caiuse de «on espiit et de sa gaieté ; il le mena ea AUei«agne , où il lui procura de l'emploi dans ks troupes. H y Mrvj^avee diAtiacti^n pendant k conuaencemeBt de la «guerre de 1766» Les Saxons détruits , il wpaasa en France avec M. le comte de LuMoe» dont il était devenu le conseil. H y parvint au grade de maréchal-de-camp; mais, ayant fait unaMUvais muiage aoBS leimniaièra de M. de Cl»o«ieid, il déchut totalement y et vit eetneUement dans la misère.
» Réellement j baron ^ elle est ehàrmante; i) est I affreux de là tromper Mais la gloire I
Céder à son penchant volage , Aimer et chanter à notice âge , J<i le veuit bien , rien n'est plus douic ; Mais dani^ un cœur porter la rage Pour prix de Tamour le plus doux , Par air suivre un barbare usage , De sang-froid jurer à genoux Un indigne et perfide hommage , D'un scélérat c*est là Touvrage.
Mais les hommes s'en mêlent tous :
n faut hurler avec les loups ; C'était la devise d'un sage.
Que dirait-on sur ce rivage , Si Ton ne parlait pas de nous ?
» C'est ainsi , à peu de chose près y que je raison- » nais^ avant de nie laisser aller tout-à-fait à Fen- » chantement de lamour-prepre , qui me cri^t du ') fond du cœur : Rends-la malheureuse; c'en est une )) de plus. Je résistais, et mille fois je me suis dit:
Ah ! si mon cœur du sien connaissait bien le prix ^
Je n'aurais point d autre maîtresse.
Par le nœud des vertus et par l'amour unis ,
Des Philémons et des Baucis
Nous rappellerions la jeunesse
Aux yeux de l'univers suipris ;
£t quand la froide vieillesse
Aurait glacé nos sens flétris^,.
Nous logerions encor dessous nos cli*v«u« gril ,
L'ame tendre des vrais aau»y
£t de l'amour pour la sagesse.
>) Il ne faudrait avoir qu'un* ame pour écouter
» de pareils sentimens : mais apparemment que je
» n'en ai point , car ils ont glisse sur mon coear^
» comme leau glisse sur le marbre. Ayez donc des
» remords pour moi ^ baron; ayez des remords....
» ou plutôt épargnez-vous les ; le ciel y qui est quel*
» quefois juste y a pourvu celte fois au repos de Fin-
n nocence et Voici comment la dame dont j'ai
n l'honneur de vous parler est au pouvoir duo
» monstre y monstre de laideur^ monstre de jalou^
I) sie^ fnonstre de sottise, et, qui pis est, le plus
» vigilant de tous les monstres :
Son front lar^e est armé de deux cornes naissantes; Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes.
» Tel qu*il est , il fait très-bien son devoir de » monstre et de mari. Sa maison n'est pas plusac- » cessible qu'un château de roman , ou qu'un rocher 3> battu des vagues de la mer. Encore si c'était pour » la dévorer qu'il la garde si bien ; mais c'est bien » pis.
Ah ! si j'avais du vieux Persée Les talonnières , le cheval , Ou seulement sa honne épëe , Ou hien sa Gorgone attachée Au milieu de Técu fatal , Traversant la voûte azurée , Ainsi que l|ii , par Tanimal Je commencerais ma tournée ; Puis ) vers moi la nymphe amenée , Gomme Andromède irait au bal ; Et la nuit la plus fortunée Me ferait oublier k mal Et les travaux de la journée.
» Voilà ^ mon pauvre baron y où j'en suis depuis M deux mois; et pour peu que je fusse entêté , je » pourrais bien en rester là ma vie.
En atteDcLant nous nous lorgnons:
Qutfnd je parais , un doux sourire , De loin me dit : Nous nous aimons.
Quelquefois elle ose le dire ,
Quelquefois elle ose l'écrire
Et quelquefois nous nous baisons.
n Mais jamais on n'a tant parlé d'une femme qu'on )} n'a pas eue. Passons à la seconde^ seconde en » date, et dernière en qualité. Celle-ci est une » femme tout ordinaire : elle m'a pris , parce que » je me suis présenté ; elle me garde jusqu'à ce qu'il » s'en présente un autre : nous ne nous aimons » point, mais nous sommes convenus de nqus dire » tout le contraire.
Au demeurant elle est bien blanche , Accorte d'esprit et d'humeur ; Allant au prêche le dimanche , Et des esprits ayant grand peur. '
» Telle enfin qu'elles sont partout. Malheun reusement, comme il n'y a point de bonheur » parfait, celui que je pourrais goûter avec elle est ') troublé par la fureur qu'elle a pour les romans; ») quelquefois ils lui échauffent l'imagination au » point qu'elle ne fait pas difficulté de me dire » qu'elle voudrait être aimée à la manière des-dames » qui y sont célébrées. Ce ne serait rien ; mais elle » veut aussi que je rcllsemblè à leurs amans. Un
tga DÉTAILS
» jour que j eluis assez ennuyé de me voir comparé » k ces messieurs y avec toute sorte de désavau- » tage, et quelle me priait de porter un juge- I) ment sur leur mérite y j'écrivis sur ses tablettes:
Vous aimez dose la troupe vaine De ces gothiques romanciers , Oii sont chantés des chevalier»
Qui vantent Tennui de leur cbaiae A leurs fidèles ëcuyers ; Qui , suivis de queues iBruriers , Le jour galopent dans la plaine , £t la nuit , à Tahri d'un chêne , S^endorment sur leurs boucliers?
Quant à mai ^ je ne suis , Ghmène , Guère plus touché de leur peine Que jaloux de leurs oreillers ; Dand un fauteuil , petite reine , Je vent , tranqtttlki enf nies foyers , Moins de plaisir et moins de peine.
» A cet égard mes rcexxx sont exaucés , car elle » me donne peu de peine , et encore moins de plai- » sirs.
» Passons à la troisième Mais ici ma main
» s arrête. ., Elle se refuse à vous ouvrir le sanc-
» tuaîre des plus grands crimes et des plus grands » plaisirs ; mais mon amitié y qui ne se refuse à rien^ >i vous apprendra tout. Votre curiosité s allume; » calmez vôtre impatience^ je pars pour Paris.
▲vMUqfiDSlfAloiDttahpMattiriM ttHi^
.Au dieu c|ui r^gûe en vi»s oUamU*, • •
J^aurai soumis quelqueyaptives , En marchant de loin sur vos pas;
HISTORIQUES. IqS
Alors je vous dirai tout bas Ce qu'ici mes muses craintives , Ami , ne vous apprendront pas.
» Adieu y baron , je finis ; ma verve est tarie jusw qu'à sa source; je vous verrai avant qu'il soit un » mois; veillez à liies intérêts. »
En effet , à fort peu de temps de là y le comté de Frise revint à Paris; son retour combla de joie madame de Blot. Madame de C**^ le revit- avec plaisir. 11 n'était plus pour elle un amant tyrannique et gênant ; il avait pris le caractère d'un ami' aimable , et son cœur n'était connu que de moi.. D'après la lettre que je viens de rapporter, on jugera facilement que son séjour en Saxe nous donn^ ample matière à conversation gaie. Ce n'était pourtant que l'épisode de nos tête-à-tête, car l'objet principal était le martyre de madame de Blôt , auquel j'avoue , peut-être à- ma honte , que je me prêtais avec satisfaction; car je ne pouvais souffrir qu'une femme qui, dans le fond, ne valait pas mieux que les autres, qui se livrait aux mêmes faiblesses i eût acquis dans la société une prééminence qu'elle ne devait qu'à un maintien prude, à un yernis'romanesque, qui avaient tellement fasciné les yeux , que les femmes, si avares de louanges, les prodiguaient à madame de Blot, et la citaient toùjbtif s pour modèle ,' soit dans les dissertations de vertu, soit dans les exemples de conduite.^ '
Lia scèfie, de gaie qu'elïe était^ nie tarda pa^à de-