TOME I
veoir tragique. M. de Casiries eut la rougeole. D a* près Tusage, ses amis les plus particuliers le gardèrent^ du nombre desquels je fus^ ainsi que le comte de Fris^. M. de Caslries se rétablit promptementf mais le comte de Prise tombi^ m^ade : la rougeole , que les médecips avaient 4'abord annoacée, se tourna bientôt en petite vérole, qui lîe put sortir ; et le cinquième ou sixième jour de la ma- Ifidie , paraissant mieux ^ ),outrfi*-^oap il perdit la tête 9 4^vint furieux^ et mourut eo deu:iL heures de temps.
Je fus véritablement afflige de la mort du copite de Frise. Personne ne connaissait mieux que moi le fond de son ame ; mais plus il Tavait rendue impénétrable à tout SLuXre ^ plus sa confiance m'avait rapproché de lui. D'ailleurs^ il était inSnimeat aimable et gai ; en voil^ plus qu'il n en fallait pour m y attacher. 11 fut généralement regrette dans le premier moment; mais quelque» ouvertures , quelques faits «claircis, donuèrent lieu à de phis grands éclaircissemens eptcor^^ et bientôt le caractère da comte se dévoilant , fit voir à chacun qu il avait ^té sa dupe. L'humeur se joignant à ]^ v^ité^ sa mémoire fut ternie j^ et sa réputatioa mise à sa véritabjje place.
L'exagération de sentiment de madame de Hol eut un vaste champ pour s'éteudi^e.; Ut décenoê ne s'opposant poiaA à uo vif penchant du conir^. et sojm tout aux regrets, on peut juger jusifa'i^à'élkrt poussa les démonstrations des aieus* Elk s'y abandonna
d'autant plus , qu'elle fut moins éclairée sur ia nature de l'amant qu'elle perdait. Quoique plus instruit que qui que ce fût de tous les détails de l'intrigue y conjfîdent du comte ^ je n'aviais jamais été le sieo; par conséquent je m'en tins dans le monde à ces apitoiemens qu on ne sent jamais ^ mais sur les^ quels il faut s appesantir poUr faire montre de boh cœur ; car les hommes en général et les Français en particulier 9 approfondissent peu et se contentent des apparences.
La matrone d'Ëphèse nous est un exemple qu'il n'est point de douleur qui n'ait utk terme , et qu'il n'est point de souvenir qui tienne a la présence réelle. A Dieu ne plaise que je me permette y sur le compte de madame de Blot , l'idée peu délicate qu'un soldat l'eut distraite ! mais M. de Castries, jeune y d'une jolie figure , jouissant dans le monde et dans le militaire d'une réputation agréable ) auquel on accordait des talens y et qui s'annonçait pour devoir aller au grand y en voilà plus qu'il n'en fallait pour fixer l'attention et l'aitiour-rpropre dô madame de Blot. Je ne doute pas que M. deCaslries^ de son côté, ti'ail fait ce qu'il fallait pour tourner en sa faveur les différens moyens de consolation y que vraisemblablement il lui présentait. Quel qu'en ait été le motif y après le temps que la décence exigeait pour la douleur, et le mystère dont se couvrent toujours les commencemeus d'une intrigue, on vit M. de Castries quitter autbenti^
qnemeat madame de L*** , avec laquelle il vivait
depuis long-temps^ pour s'attacher à madame de Blot.
Ce n'était pas une petite affaire pour lui. Tout ce qu'une tête peut renfermer de chaleur ^ une femme d'inconséquence 9 se trouvait réuni en madame de L***. Amie , ou ennemie outrée ; germe de dévotion , écarts de tête ^ idées sans fondemens et sans suites, enthousiasme du moment y gaieté y humeur, caprices ; voilà son caractère qui se démêlait facilement en une journée. Une heure, un instant, sans principes et saasarrét ^ la moindre chose la déterminait ou la faisait changer. Une telle maîtresse avait causé bien des embarras à M. de Castries, qui joignait à une manière d'être très-réservée , celle que doit adopter un homme qui vise au grand ; et qui ajoutait à cela l'obligation de soutenir le rôle et la délicatesse de Grandisson , auquel on l'avait comparé ; car , dans ce temps-là , les romans anglais nouvellement traduits tournaient la tête à toutes, les femmes , dirigeaient l'opinion des sociétés ; et les caractères distingués en étaient appliqués à ceux qui en étaient jugés dignes. M. de Castries eut donc à remplir^ du côté 'de madame de Blot^ les devoirs d'une nouvelle passion , él , de celui de madame de L^^^, ceux de lamifié la plus tendre, en dédommagement d'un sentiment qui n'existait plus. Il y a peu d'hommes honnêtes qui n'aient été dans cette position. Quant à moi, j'ose dire que je la trouve tout-à-fait insupportable^ «et elle le dévient d'autant plus, qu'on a affaire à dès têtes moins
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raisonnables. Je suppose que M. de Castries eut beaucoup à souffrir. Il est pourtant venu à bout de contenir madame de L^**, quant à l'extérieur ; car, pour les tête-à-tête, je pense bien qu'ils étaient des plus orageux ; mais enfin il parvint à être l'amant de madame de Blot , et à rester l'ami intime de madanie de L***. Voilà vraiment un tour de force.
RevenonsàM. d'Ënnery, frère de madame de Blot. 11 était d'une taille avantageuse ; sa physionomie était ouverte et agréable , son caractère franc et honnête. De l'aptitude aux détails et aux affaires l'avait tourné de ce côté , et l'avait rendu plus homme d'État qu'aimable dans la société , ou cependant il n'était pas déplacé . Il avait débuté dans le régiment des gardes-françaises , où se jetaient beaucoup de jeunes gens fortunés , mais sans nom. Trop à l'étroit pour les talens qu'il sentait en lui y il chercha à les faire ressortir , et il acheta une charge de maréchal-des-logis. Bientôt il se fit connaître : il servit avec distinction pendant la guerre de I j56y et mérita la confiance de MM. de Broglie , de Castries , et de M. le prince de Condé.
La paix, qui se fit en 1762, laissa M. d'Ënnery, devenu maréchal-de-camp, dans Tinactioi^. Tourmenté par l'ambition , il chercha les moyens d'être employé . Il n'y en avait qu'un , celui de commander dans les colonies. Il se mit sur les rangs , et la chose jie tenait plus qu'au grade de lieutenantgénéral qu'il demandait , lorsqu'il vint me con-*
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suJter. Je lui représentai a qu étant a la queue des
>» znapéchaux-de-^camp le grade qu'il demaïKkait
>} révolterait d'autaut plus^ et bai ferait autant
M d'ennemis quil y avait de gen» sur le corps
» desquels il passerait ; qu'il ne fallait ^ dians
» aucuB cas , sq sniettre ses camarades à dos ,
» qu'où retrouvait cette disposition dans tous les
» temps de sa vie ; qu'un grade anticipé était une
» chose flatteuse y lorscpi'uae action d^éclat en était
» le motif y Qt fermait la bouche auoc cris ; mai» que
>) la faveur^ ou ua commandement d'Ms lescolo*
n i^ies, qui était déjà regardé comme une grâce, >} aggraverait encore Fhun^eur, et excitei^ait d'au- » tant pluB contife lui y que ce n'étaient point les )) grades y mais, le personnel qui faisait la réputa- » tîi9u , et qu'où n'était recherché que lorsqu'on » eu: ét^ii^aiu point d'atteindre aux premier» rangs; » que ce personnel et ces talens faisaient tout y et M l'ancienneté peu de chose, pour ne pas dire rien ; )) qu'en un<mot, voilà comme il fallait parvenir, » et non pas par un commandement dans les colo- » qies , qui était un moyen dé' fortune poui* les » gens d'une classe subaheme.; que c'était» s*y ran- >) gen qiae de l'adopter; que d^ailleui^s un chef de >i colons ne' pouvait: être qu'un fb*îpon autorisé;, ou » u6 réfopnsateur sévère; que^'dâns^ le* premier » cas y on sleorichi^sait eii> se perdaut de répul^n tipu.; que y dans le second , on^devenait Thorreur >y du pays ,. ddnti les.menqe^triipiiiphaieni auprès » des ministres;, presque loiijours^ dupés de leurs-
HISTORIQUES. igg
» commis , même pour te qui se passe sous leurs )) yeux ; à pltis forte raison pour ce qui est dans un )) si grand éloignement ; que quand bien même il » surmonterait autant d^écueils^ tout au n^oins per- )) drait-il sa santé dan$ des climats aussi malsaiûs y » et que y s'il n y périssait pas y ce qui serait plus » court y il en reviendrait avec une santé languis- » s^te qui le rendrait incapable de tout y et paf^ » conséquent fort malheureux . »
Quelque vraies y quelque solides que fuss^ent mes réflexions y je parlais à un ambitieux ; je ne persuadai pas M. d'Ennery. Sans obtegir le grade de lieutenant-général y qu'on ne voulut jamais lui accorder, M- d'Ennery partit pour aller commander à la Martinique et à la Guadeloupe. Ses talens, son intégrité et son application y par uti bonheur singulier, l'emportèrent sur ce que l'attention âuiyie qu'il mit à maintenir le bon ordre , l'avantage de la colonie, et le servi<^e du roi, Tobligèrent d'employer dfe sévérité. Tout retentissait des éloges de M. d'Ennery, qui acquérait de l'éclat j^ar les amis qu'il avait dans la société, auxquels se joignaient ceux de madame de Blot, sa sœur, qui avait des fanatiques , et qui , après avmr été ridiculisée par M. de Ghoiseul et madame de Gramiliont, avait su les captiver de façon qu'ils la partaient aux nues ; ce qui lui avait acquis le suffrage de tous les geiis attachés kM?. de Ghoiseul , qdi cothposaient la partie la plus brillante de la société.
Lorsque IMT. d'Ennery fut envoyé à là Martinique,.
M. de Nolivos fut nommé pour commander à Saint- Domingue : il ne se comporta pas moins bien; mais^ n'ayant pas autant d'entours que M. d'Ennery, on ne parla point de lui. A l'occasion d'une querelle avec un capitaine de vaisseau^'où il avait toute raison^ on le desservit dans les bureaux, qui prévinrent M. de Boyne, alors ministre de la marine, lequel ayant affaire à un homme isolé y dont il n'avait rien à craindre y selon la coutume de messieurs les ministres, préféra de l'écraser, à être juste, en se faisant une querelle sfvec la marine. M. de Nolivos fut rappelé ; Qt M. de Boy ne , pour mieux contstater sa disgrâce, et le triomphe des marins, ne voulut jamais le présenter au roi , à son retour , ainsi que c'est l'usage. M. de INolivos , qui, en montant dans son vaisseau pour revenir, avait été accompagné par toute la colonie , avec des marques d'estime , de reconnaissance et de regrefs , arriva a Paris , avec la tache de la disgrâce du ministre , et se vit réduit à traîner une vie obscure, chargé du blâme du plus grand nombre , qui ne juge que sur les apparences, et surtout sur le dire de la cour,,; n'ayant pour lui qu'un petit nombre de gens justes et instruits. : . M . d'Ennery fut choisi pour remplacer M. de No- . livos., pt passa du commandement de la Martinique à celui de Saint-Doipingue. Ils'y disf;ingu^de même, et ses succès, prôpés par ses. amis à, Paris, y firent grand bruit; mais sa santé ne put s^autenir la malignité du climat ; il eut une maladie qui fît craindre pour sa vie; il échappa cependant, mais sa ma-
ladie eut des suites ; et sa mission étant remplie , on le vit revenir avec des jambes enflées , un visage vieilli, et une sorte de décrépitude.
Pendant qull commandait à Saint-Domingue, je me rappelle qu étant à Chanteloup, avec plusieurs amis de M. de Choiseul , dans une de ces couversalions où la confiance et la liberté laissent tout l'essor à l'imagination, nous fîmes, par plaisanterie, M. de Choiseul premier ministre , en lui laissant la liberté de composer à sa volonté le reste du ministère. Il se prêta à notre idée : il nous fît part de bonne foi des gens qu'il placerait dans les diflereus départemens, et nomma M. d'Ennery pour celui de la marine : d'une voix unanime , on applaudit à son choix.
J'aimais et j'estimais beaucoup M. d'Ennery, sachant qu'avec les Français, qui n'approfondissent jamais rien et qui saisissent avec avidité tous les nouveaux objets ^ souvent il ne faut que leur en montrer pour les leur faire adopter. Désirant servir M. d'Ennery, j'essayai de faire part, en confidence, à plusieurs personnes, de l'opinion qu'en avait M. de Choiseul. Je trouvai même façon de penser dans tous ceux à qui j'en parlai : bientôt il n'y eut plus qu'une même voix, qui fut que M. d'Eoriery était seul capable d'être ministre de la marine.
Il arriva de Saint7Domingue, le public étant dans ces dispositions; il fut également bien accueilli à la cour et à la ville. Valeur intrinsèque* ^ . il aVait beaucoup perdu, et par la jalousie 'qu'il excitjdt
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et une marque de zèle pour son service , dont il lui saurait gré , et dont il le récompenserait. M. d'Ennery s'embarqua donc de nouveau^ pour être la vie* time de son ambition y emportant les regrets de ses amis^ qui cependant convenaient unanimement qu'il ne pouvait refuser^ après les avances de son maître; comme si les volontés et les paroles d'un roi devaient faire taire toute autre considération. Il faut bien que cette absurdité soit nécessaire an bonheur général y car elle domine également dans toutes les têtes (i).
(i) M. d'Ënnery mourut k Saint-Domingue ^ dans ce second voyage.
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Exil du duc de La Rochefoucauld , grand -maître
de la garde-^robe.
Ecrit en 1771.
Une fièvre maligne qui prit au roi à Mètz^ et qui le mit à toute extrémité y pendant la campagne de 1 744 9 ouvrit un vaste champ aux intrigues des courtisans opposés à madame de Ghâteauroux.
L'évêque de Soissons^ premier aumônier de S. M., abusant de la faiblesse naturelle du caractère de ce prince y augmentée par la maladie y par la crainte des punitions éternelles y le porta à des. réparations plus scandaleuses mille fois que ne Tavait été la vie peu décente qu'il avait menée avec cette mal-^ tresse ^ à la face de son armée y pendant toute la campagne. Il lui fît demander pardon à. sa cour du scandale qu'il avait donné ; il l'excita à ordonner y avec la dernière dureté y que madame de ChâleÂi^ roux et madame de Lauraguais fussent sur-^lechamp chassées de Metz; ordre qui fut si poncluellement et si authentiquemén^t exécuté^. que ces deux sœurst auraieiit peut-être été déchirées par le peuple y si le maréchal de Belle-Isle ne leur eût prêté un de ses carrosses , dans lequel elles. se: dérobèrent à l'acbarDement public.
Le roi revint des portes du tombeau^ et ;son retour à Paris fut marqué i par une joie ist^ vive, et » pure dé ses peuples ^ quilîny en.a peut-etr^
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pas un second exemple dans Thistoife. Ce devrait être une furieuse leçon pour les souverains ^ si ces gens-là pensaient comme les autres hommes.
11 y a un proverbe italien qui dit : passato il periculo y gabbato il santo. a Lorsque le péril est » passé y on se moque du saint. » Le roi justifia ce proverbe. La même faiblesse qui lui avait fait traiter madame de Châteauroux avec tant d'ignominie , 1^ ramena à ses pieds dès qu'il se porta bien , et que Fenfer s'éloigna de ses regards. D'abord il lui écrivit; Venvie de la revoir prit bientôt le dessus, et le jour de son retour à la cour était marqué, lm*sqa'elle tomba malade ^ elte^même ^ d'une fièvre maligne qui la mit en peu de jours âti tombeau , non sans soupçon de pmson. On dit , dans ce tempslà , que M. de Maurepàs > alors ndinistre , avec qui elle était fort mal ^ chargé par le roi de loi porter la lettre qui loi annonçait son rappel , y avait ghssé une poudre empoisonnée. M. dé Maufepas ûV jamais mérité qn^on se permit cette idée sut son compte. On peut facilement attribuer tcmtes sortes de noirceurs et de méchancetés à ceux qui habitent la cour ; mais le poignard et le poison ne sont point ^ grâce au ciel , dans les mœtirs' de ce siècle j et surtout dans celles des Français.
On croira fdcilempnt que madone de GhàleaiH roux y mortellement oSeasée ^ employa les premiers instatts du retour de son crédit y à la vengeance contre, ceux qip' s'étaient déciarésé ccMfftre ^le y à Mets. La liste des proscrits aurait été jins
considérable^ si elle avait eu plus de temps. Un des premiers sur qui tomba sa colère y fut le duc de La Rochefoucauld y grand-maltre de la garderobe. M. de Maurepas, de qui il était ami, lui dit de la part du roi de s'en aller à sa terre de La Boche-Guyon ; cet ordre manquait de la formalité nécessaire. Il n'était donné que verbalement à M. de Maurepas, au lieu qu'il est nécessaire qu'il soit accompagné d'une lettre^de-cacheti M. dç Maurepas le fit remarquer au duc de La Bochefou* cauld, et lui offrit , en faisant faire cette attention à S. M. y de lui parler en sa faveur et de tâcher de faire limiter le temps. M. de La Rochefoucauld le reiœrcia y lui dit qu'il se tenait pour dûment exilé; que ses enfaus étant en bas âge y il pourrait y d'ici à dix anfi y leur procurer dans sa terre l'éducation doat ils avaient besoin ; qu'à cette époque > il aviserait à ce qu'il y aurait de plus eonvenabié à faire. En effet, il partit pour La Reçhe^-Guyon , y reçut tous les gens qui voulurent l'y aller Toir ; il venait a Paris toutes les fois que se& affaires l'exigieâiienl , y couchait plusieurs nuits avec l'attention seulement d^ n'y veÂr persoiuie : et au bout dies diir ans qu il 3 était imposés , îà revint , sans en démander la penijiissioA , si'établir avec sa famîUe à Pafris , où il vécu! ^vec^ea amis, jusqu'à sa mort , sans avoit fait la moifflidre dànarche pour retout^ner a la* eoclr, et sans que le roi ûl trouvé à redire à sa conduite qui , il ea faut convenir, n'a pas^é celle que lient ordinairement un exilé.
Disgrâce de M. d'Argenson yimnistre de la guerre, en ij5j; ce qui Voccasiona ; conjectures sur le renvoi de M. de Machault, disgracié le même . jour.
La haiae de madame de Ponipadout pour M . d'Argensoa était publique : ses efforts continuels pour le faire renvoyer y et son peu de succès dans ce projet suivi 9 ont dû paraître une chose extraordinaire. Louis XV^ ennuyé dé ses inutiles tentatives^ lui fit dire par madame de Sbubise, en 1754^ qu'il avait du goût pour ce ministre y et qu'habitué à son travail et à ses formes y elle lui ferait plaisir de ne plus le tourmenter sur -cet objet. Femme , e t dissimulée par une. longue habitude de la cour y madame de Pompadour fut plus réservée d'après cet avertissement; elle n'osa plus attaquer ouvertement M. d'Argenson, et se contenta* de le desservir , dans toutes les occasions qui se présentèrent. *
Cette tactique n'est pas nouvelle y et la patience dans là haine la fait presque toujoufrs triompher. . Les. choses se maintinrent dans cet état jusqua l'assassinat du roi par Damiens , en 1 767 . Ce prince , plus. troublé: qu'il ne devait letoe de la légère blessure qu'il avait reçue , crut apaiser le mécontentement qu'il supposait, en livrant' les réne^ de l'État :à M. le dauphin^) dont il dit avec plus de faiblesse que de dignité y qu'il gouvernerait mieux
que lui. On assure même cpi a Tinstant où ses médecias n'avaient pas la plus légère inquiétude, la sienne était telle , que croyant expirer , il se f aisait donner à tous momens l'absolution par l'abbé de Bochecour, aumônier de quartier.
Le grand talent , à la cour , est de bien jiîgcr les circonstances, et de savoir en profiter. M. d'Argenson se trompa dans celle-ci ; il devait penser que la terreur peu motivée du roi passerait aussi vite qu'elle était venue , et qu'il chercherait à se ressaisir du pouvoir avec la même promptitude qu'il l'avait abandonné. Telle est la marche de toutes les âmes faibles. Le minisire oublia cette vérité. Dans le premier conseil qui se tint après l'assassinat du roi , M. d'Argenson proposa (devant M. le dauphin qui présidait).^ que les ministres allassent travailler chez ce prince, comme lieutenant-général du royaume, jusqu'à l'entier rétablissement du roi. Il résulta de cette faute que M. le dauphin , peu susceptible d'ambition , ne sut aucun gré au ministre de sa démarche , et que le roi , à peine convalescent , sentit revenir dans soi^ cœur toute la déplaisance que lui avait toujours inspirée son fils, qu'il Técarta des aflaires, et ne pardonna jamais à M. d'Argenson la marque de dévouement qu'il lui avait donnée dans cette occasion . Quand on ose être ingrat , au moins faudrait-il être plus adroit.
Le public , qui se plait toujours à donner aux événemens une autre cause que la véritable , supposa que le renvoi de M. d'Argenson tenait à une lettre