TOME I
bi^miUë avec la cour, où il n'allait pas. Il neut garde <le ne ae pas faûre Tame du parti de l'opposition t m fi'«n avait pas d'autre à prendre pour être cite ; et le restée femmes qu'il tenait à sa pension, ainsi ({ue celles à qfui il donnaitdu thé le dimanche, l'appelèrent le défenseur de la patrie. M. le comte de La Marche se détacha des princes pow se ranger <lu ^arti de la cour. Afin de justifier eoa opinion , il tenait un fi^iopos assez eense : il disait «que, hrs" qu^^n n*€L pas cent miUe hommes 'àjkire marcher, il ne faut pas résister aux voiantés du roL Mais la façon vile <loùt il faisait sa cour à madame du Barry , et les avantages <}u'il a retirés de sa demar-' t:îhe ^ en faisant voir le vrai motif de sa conduite ^ n'ont servi qu'à confirmer le mépris dans lequel il vivait depuis long-temps. La plus grande paitie des pairs suivit le parti de la cour. Une quinzaine tint avec l'oppositiorf^, et le public ne s'occupa plus que des cOBJoarctures présentes»
On se<loule bien que le paiement combattit de tout son pouvoir un édit qui lui était si contraire. Sanis "«atrer dans tin détail exact et suivi de tout ce qui se paftsa à ce sujet ^ on se contentera de dire qu'il, y eut remontrances sur remontrances , où toute l'éloquence ^ la force et les citations furent épuisées. La cour étant demeurée inébranlable , elle fui obligée d'en venir à un lit de justice ^ o&^ mdgré l'opposition du parlement^ celle des princes , et de ce qu'on appelait les bons pairs, ainsi que de quelques-uns de ceux à qui leurs dutfges
HISTORIQUES. Zjl
donnaient voix et séance , Tédit fut e^iunegistré d'au*torité. L'opération <:x>^somxfié^ , le parlem^^lt, selon son u§2^^ eiyiplpyii ^çs {ornips ordinm^Sy et protesta. Mais, vu la gravité de la circpnsCw^c^^ il employa ses deridèr^ss /et «^s pli^s /f ort<9$ omaes^ qui lui avaient toujoua^ 9^v^i j^^squBr-lp : jX nesta^ €b?iml]^eç Qçseii^bjiées , fc'^^tr^-dive , ^nini^i q«'on l'a déjà expUqiié pi-tdev^Oft, qji'il ri^fwfi de rendre la justice.
Ce fut k .oejtte époque q^e M. le prince diB^Goadé crut que le iioioment était arrîyé d^ \fm»r mi grand rôle çt de s'eaip^irer diii .Gi?édit , en s^ mettant entre la cour est le pidieirnent , enfdétfeiroiQantx^e dernier à repp:!endre ^^ fbipi.ctioi^. Pour y parvenir, il flaita les iB^gi^trats de ifaire relÀcbj^ le wi SA^r quelqu£s art^elc^ de scki «dit, aujc^uels il lje\>r était impossible de fiouSjCrjire.
Soit que 9d.. le prinoe d.e 0>ndé se fiât rtisop avancé , rsmi jquie le .dbanoelier gentil; toute Ja pcépondéi39A€je que ce prince attait acquérir si xm lui avuit l'obligation du raecoo^niodengianl, peu de jours .apoès que la justice .eiit.rejpcis son .cou«s ordi-* x}sive il panut >un édit foudroyant pour Ifi parlement > où le roi padait en îmaltre qui îvxHi^t être obéi:,*. et ^ù il .était ^rtioulé : (c Sansus^tdr égard » ausc esfiénvices qu'caU pu doaner joëuac {jid se » sont ingérés .de se mSjer .de cette ficaire sans w /• Oi/KHir éié .ataorisés . »
Cet édit produisit l'efiet auquel on devait ssAr-
tendre , c'est-à-dire que M. le ;pcince de Gondé
Zj2 DÉTAILS
reçut ce qu'on appelle un soufflet^ et que le parlement^ plus furieux que jamais^ arrêta des remoatrances , et se constitua de nouveau chambres assemblées.
Par cette démarche y les choses en étaient venues à un point qu'il fallait un parti décisif. L'incertitude et la lenteur de la cour à prendre ce parti démontrèrent^ de reste, qu'elle s'était engagée légèrement-, et qu'en commençant cette grande affaire on n'avait pas prévu où elle pouvait aller, ni les déterminations les plus convenables dans les différens cas. Exiler simplement le parlement pour le faire revenir, était un moyen usé qui n'aboutissait à rien , et que les ministres admettent pour avoir le temps de sacrifier la gloire et l'autorité <iu roi avec quelques ménagemens, et se donner l'air de céder à l'intérêt, aux cris du public qui s'ennuie bientôt de la durée des troubles , et de voir ses affaires en souffrance. Mais dans la circonstance présente , c'était l'intérêt et la sûreté du chancelier et de M. d'Aiguillon qui étaient compromis. Il fallait , ou que ces deux personnages succombassent, ou que le parlement fût anéantL En détruisant cette compagnie, il était nécessaire de lui en substituer une autre, et c'était là le difficile. Vainement avait-on essayé par argent et par promesse de * .étacher quelque membre du parlement ; s'il y en eut d'ébranlés par la cupidité , la certitude du déshonneur les retint.
M. de Maupeou , embarrassé , était au moment
HISTOIIQUES. 57 S
de voir manquer sa machine , lors(]ae M. de Boyne (i) vint à son secours, et trouva le moyen de détenniaer le grand-conseU à remplacer le parlement. Mais comme ce tribunal n'avait pas assez de magi^rats pour remplir le nombre de ceux qu'il faut pour compléter un parlementai tout ce qui voulut des plîices vacantes fut accepté : ignorance dans la jurisprudence , extraction vile , flétrissure dans la réputation ^ ne furent point des raisons d'exclusion. On ne pouvait guère se flatter de trouver une autre espèce d'hommes , puisqu'il s'a-* gissait de se dévouer au mépris , à la haine pu-^ blique y en siégeant à la place de juges qui , dan&^la commune opinion , succombaient sous l'oppression. Le clergé, triomphant de voir enfin son ennemi abattu, travailla aussi de tout son pouvoir pour faciliter les moyens au chancelier; l'archevêque de Paris, surtout, se distingua en déterminant plusieurs de ses chanoines à prendre dea places de conseillers.
Tout étant arrangé, la cour, non-seulement ne fit aucune réponse aux remontrances du parlement , mais elle reçut encore très-mal les députa?' tions qui étaient chargées de les porter. Elle donna des lettres de jussion pour reprendre le service , à trois époques ^fierentes, laissant, entre chacune de ces époques , l'intervalle prescrit par les formes :
(1) M. de Boyne , d*abord mtendant^ ensuite ministre de la maria e.
tôtit ^ut inutile ; le partenieat se montra aussi înë- ' htàïAàhlè qtte la eout*^ qui se rësohit enfin de frappët" le gifaud coup qu'elle ^vait préparé avec tant de peine. La même ùuit, les mousquetaires gris et iloiil^, communément chargés de ce détail,' furent porter à chacun des membres du p|rlement une lettre-de-'cachet qui les informait de leur exil , et du lieu où ils devaient se rendre jusqu a nouvel or<lre. Le plus grand nombre fut envoyé dans ses terres I mais ceux qui s'étaient montrés les plus mutins y et qui avaient échauffé les autres y furent relégués aux extrémités du royaume ^ dans des endroits isolés 9 d^un séjour désagréable et de peu de ressource.
. Paris> quij par ses cris, avait pousse 1er park-^ mebt k une résistance outrée ^ se déchaîna contre cet aefeè d'autorité • G^ fut bien autre chose lorsqve , pe« de jours après ^ on vit le parlement , la cour des aides et le grand- conseil cassés juridiquement^ et tm nouveau paiement crëé des débris du grandrcôtfâieil , M de l'espè>ce d'hommes qu'on a citée plus hart. ïowtes les têtes st tournèretst^ et Ton entetidait, jusque dans les mes, crier à Fin justice, à )a tyràfmie. Les femmes se distinguèrent surtout. Sehm elles, la monarchie allait s écrouler; elles ne parlaient des parlemens que comme des victimes qu'on égorgeait sur l'autel du despotisme ^ se plaignant peut-être moins de la suppression de leurs charges^ qu'on offrait de leur rembourser^
HISTORIQUES. îyS^
que de l'exil , surtout de ceux confia^e àtao» des lieux désagréables.
Cette révolte parmi" des femmes tenant au f^f^
lement y ou même indifférentes y eût peut-être été
tolérable; mais que des mères , des sœurs ^ de$
fenuneS', des fiHes de militaires s'exagérassent les
choses à ce point , c'était véritablement une folie
ridicule, insoutenable. Toutes ces femmes , aceou--
tumées à voir ce qu'elles ont de plus cher sacrifier^
au bien et à la défense de l'Étal ^ fortune et santé ^
éprouver les rigueurs des saisons y la plupart du
temps se priver des besoins de première nécessité^
compromettre sans cesse existence et réputation ^
se soumettre à l'obéissance la plus aveugle , et à la
perle de son état y selon la simple volonté du mal<p
tre ; ces femmes y dis-jc , étaient celles dont ta
voix se faisait le plus entendre pour la défense
de gens qui, quelques années auparavant^ avaient
fait conduire un militaire (i) sur Técbafâud, nu
bâillon dans la bouche y sans vouloir articuler
un seul mot de rinsEruction de son procès, un
seul des griefs qui l'avaient fait condamner. Ces
mêmes femmes avaient vu un autre parlement,
dans ses écrits, qualifier les troupes de soldatesque
insolente y et porter l'audace et l'indécence jusqu'à
décréter un commandant de province (a). Des
exemples d'un tel aveuglement portent à faire
(i) M. de LaUy,
(a) M. le duc de Fita^Tames , commaxMlaat «b Languedoc.
des réflexions effrayantes sur les excès dans lesquels entraine l'esprit de parti y surtout dans les femmes*
Le peuple et le bourgeois y quoique mécontens , y mettaient moins de chaleur : voyant le paiement victime de ses prétentions particulières , ils ne le défendirent point , comme s'il l'eût été du bien public. Cependant la cour parut craindre les révoltes ; et y par des précautions assez déplacées , on mit des postes du guet au Palais et le long des rues par où passa le chancelier et son cortège y lorsqu'il fut installer le nouveau parlement.
Les princes et les bons pairs ne voulurent point reconnaître ces nouveaux magistrats y ni siéger parmi eux. M. de Maupeou, armé du sceptre de fer , excité peut-être par le caractère dur et despote de JM. d'Aiguillon y voulait qu'on exilât les princes^ les bons pair»», et ceux à qui le lit de justice avait donné séance et voix y et qui avaient opiné contre ses desseins. On assure même que plusieurs lettres-de-cachet' étaient déjà signées ; mais M. de Soubise et M. Bertin s'élevèrent contre cet avis dans le conseil y et furent appuyés par le roi , qui ne put consentir à dévaster sa cour y en éloignant les princes et la plupart de ceux qui y possédaient les premiers rangs.
La proscription des parlemens s'étendit dans les provinces. On les cassa presque tous; on leur substitua des tribunaux sous la dénomination de conseils supérieufSy composés d'assesseurs d'une
aàsez mince étoffe ^ quoique supérieure cependant à celle qui composait le parlement de Paris. Ils étaient présidés pour la plupart par l'intendant de la province.
Peu de temps après cette révolution , il parut un édit par lequel le roi déclarait que y son intention étant de rembourser les charges de judîcature , il indiquait le lieu où devaient se faire ces remboursemens. Un très-petit nombre s'y présenta : plusieurs motifs déterminèrent à cette conduite ; lanîmosité des esprits^ la honte de se détacher de sa compagnie , Téspoir que cet orage n'aurait qu'un temps 9 et surtout le mauvais état des finances qui , au lieu d'argent comptant , faisaient donner des contrats à quatre pour cent , effets peut-être encore plus mauvais que tous ceux qui étaient sur le roi , et qui avaient perdu toute confiance.
Pendant les quatfc années que les choses subsistèrent au point où M. de Maupeou les avait mises, il se passa plusieurs scandales dans- le nouveau parlement , objet continuel du mépris et des brocards du plus grand nombre. Ceux qui s'étaient déclarés pour n'y vouloir pas siéger , voyaient sans cesse le glaive suspendu sur leur tète ; il ne fallait que quelques convocations de pairs, quelques lits de justice pour les mettre dans le cas du refus, de la désobéissance, et par conséquent de l'exil. D'un autre côté, \fi chancelier et M. d'Aiguillon, arrêtés par la résistance que le roi avait montrée pour de nouvelles proscriptions , évitaient avec soin tout
ce qai pouvait pousser à bout le parti de Topposition ; M. d'Aiguillon étant parvenu au ministère ^ se brouilla 9 ainsi que cela devait être, avec le chancelier : et le chancelier, isole, d'un caractère propre à jouer difTërens rôles, voulut, mats inutilement , rechercher tout le monde ; dans la société , chacun soutint avec acharnenient la cause qu'il avait eipbrassée , et l'esprit àe parti s'en empara tellement, qu'on le retrouvait non-seulement sur le fait du parlement, mais jusque dans les plus petites choses.
Un catafalque eut lieu. L'usage est que le parlement y assiste en corps , et soit salué en cérémonie par les princes qui mènent le deuil. M. le duc d'Orléans fut nommé pour s'y trouver; ce prince était entièrement déclaré pour l'ancien par* lement, et ne voulait pas reconnaître le nouveau. Le saluer dans cette cérémofte , c'était le reconnaître. Egalement pressé par madame de Monf esson de persister dans sa conduite, et par M. d'Aiguillon de se conformerliux volontés du roi ; d'ailleurs livré aux conseils de M. de Belle-Isle , l'un des intendans de ses finances , son chancelier depuis, violemment soupçonné d'être gagné par la cour ; M. le duc d'Orléans, dis -je, toujours ferme lorsque l'occasion était éloignée , montra son incertitude ordinaire au moment de prendre un parti , et , voulant tout concilier, il fit une d^ ces démarches qui mécontentent également les deux partis : il écrivit une lettre au roi, qui, pleine de phrases à
HISTOHIQUBS . SyQ
double entente y donna prise contre lui à la cour et à la ville, et ne fit qu'aigrir les esprits de part et d'autre.
Les choses subsistèrent sur ce pied juscp'à la mort de Louis XV. Un nouveau règne ranima les espérances j le choix que fit Louis XVI de M. de Maurepas pour être son conseil les augmenta. Ce ministre, éloigné des affaires depuis vingt-cinq ans , y fut rappelé ; les uns disent par les intrigues de M. tf Aiguillon; les autres, par Mesdames qui l'indiquèrent à un jeune roi et à une jeune reine , très-embarrassés de la place où ils se trouvaient , et qui prirent le premier qu'on leur indiqua.
M. de Maurepas , instruit à fond des afiTairès du
parlement qu'il avait souvent maniées pendant son
ministère , attaché à cette compagnie , s'occupa dès
les premiers instans de son rappel. La première
besogne était de changer les ministres actuels , trop
décriés pour* pouvoir rester en place. Il fallait
principalement se défaire du chancelier de Mau-
peott. Au bout de quelque temps on l'exila, et
M. de Mîroménil fut fait garde-des-sceaux sup-
pléant le chancelier. M. d'Aiguillon , en horreur à
tout le monde, haï du roi et de la reine , qù^il avait
bravés sous le règne précédent, évita l'exil par la
protection d^ M. de Maurepas , son oncle , mais
fut contraint de demander à se retirer. Le comte
de Muy eut le département de la guerre, et M. de
Vergennes celui des affaires étrangères. On chassa
M« de Boyne; M. Turgot eut la marine, mais il
58o DETAILS
n'y resta qu'un instant , et passa au contrôle-geoërai qu'on ôta a l'abbé Terray. On peut dire de lui^ en passant 9 que son administration fut aussi dure que pleine de mauvaise foi ; mais que la France fut heureuse de rencontrer un homme de ce ca-^ ractère y daiis les circonstances où elle se trouvait ^ pour envisager de sang-froid tout le mal utile et nécessaire qu'il avait à faire, et qu'il fit pendant son ministère. Les financiers le regrettèrent , et prétendirent • que c'était un homme qui avait des vues aussi grandes que justes. M. de Sartines fut mis à la marine. Les seuls qui restèrent en place furent MM. Bertin et de La Vrillière ; le premier^ homme médiocre et paresseux; le second, si avili, si noté d'infamie , qu'on ne pardonna pas à M. de Maurepas la faiblesse de ne le pas chasser ignomi-^ niçusement, quoique son beau-frère.
Ce changement fait dans le ministère , M. de Maurepas ne songea plus qu'à rappeler les anciens magistrats. Ils eurent ordre de revenir de leur exil et d£ se trouver à jour nommé à Paris. La joie fut universelle parmi le peuple , et se manifesta indécemment comme a l'ordinaire ; on insulta le parlement qui allait être destitué ; on tira des pétards pendant la nuit; on brûla M. de Maupeou, repré* sente par une figure de paille habillée en simare ^ on pendit l'abbé Terray , qui était une autre grande figure vêtue en abbé; enfin,, la police fut obligée de s'en mêler, et les scandales cessèrent.
Le roi tint un lit de justice, où il déclara aux
princes et aux pairs qu'il avait résolu de rappeler Tancien parlement et de faire un grand conseil du nouveau. Ensuite il fit entrer l'ancien parlement qui attendait dans la chambre de Saint-Louis : il le rétablit dans ses fonctions ^ et^ sans récriminer sur le passé , il parla avec fermeté sur le zèle et l'obéissance qu'il attendait à l'avenir. M. de Miroménil lut un édit oii plusieurs articles regardaient la cirw,cotistance présente J ceux de police disaient en substance que l'assemblée des chambres ne pourrait plus avoir lieu que hors des heures du service ordinaire , et qu'elles ne seraient convoquées que sur la permission du premier président, avec la liberté toutefois y en cas de refus du premier président , de faire juger sa demande par la grand'chambre qui déciderait définitivement. A l'égard des remontrances y le ,roi en confirmait le droit , enjoignant en même temps d'enregistrer si Sa Majesté ne trouvait pas les raisons assez fortes pour changer quelque chose à ses édits, déclarations ou ordonnances ^ avec expresse défense de mettre aucun empêchement^à l'exécution de ses volontés ; laissant cependant le droit au parlement de faire d'itératives remontrances. Le roi défendait de plus la cessation de service , et de donner des démissions en corps sous peine de forfaiture , laquelle le roi jugerait tenant sa cour plénière y en appelant les princes de son sang, le chancelier et garde -des -sceaux de France , les pairs de France , les gens de son conseil et les autres grands et notables personnages qui ,
par leurs charges ou digaités y ont entrée et séance au lit de justice.
Quoique ce qu'on vient de rapporter ne fut guère du goût du parlement 9 et qu en toute autre circonstance cela seul eût suffi pour lui faire prendre feu et le porter aux^ dernières extrémités , la situation des choses lui fît dissimuler et même demander Tenregistrement de Tédii. Dans les difierens dis<* cours que les magistrats prononcèrent pendmit le lit de justice, avec des phrases entortillées, ils se représentèrent comme des victimes de l'atteinte qu'on avait portée aux lois. Jamais ils ne remercièrent le roi de les avoir rappelés ; ils le louèrent seulement de les avoir rendus au cri de la nation ; ils eurent l'audace de mettre en avant l'inamovibilité de leurs charges ; opinion qui , en effet , gagnait de la force par leur retour , si tant est qu'une prétention que n'admet .aucune loi primitive , et qui n'est fondée que sur la volonté d'un roi , puisse ^tre démontrée et acquérir des droits par des exemples.
Enfin, ce parlement qui avait occasioné tant de cris , dont le retour était si désiré , fut rétabli. Le contentement *du public ne fut point proportionné à l'envie qu'on avait montrée .de le ravoir. En général , il est dans Thumanité d'exagérer le prix de ce qu'on souhaite> et^ dans cette circonstance, la haine contre le gouvernement , la cause de plursieurs particuliers, jointe à celle du parlement, avaient infiniment ajouté à l'attachement qu'on lui avait témoigné en détruisant l'esprit de passion et
d'intérêt personnel ; son rëlablissement pacifia les opinions; on iX)asî<léra que la magistrature rentrait dans ses fonctions , sans que ses prétentions eussent reçu d'autres attetinies que d'être attaquées par des mots : tandis qfte de fait^ après avoir été cassée à la fin d'un règne , le début du règne suivant était 4e la faire siéger de nouveau sans la restreindre dans de justes bornes par des actes authentiques^ et si bien cimentés qu'il fut impossible de les transgresser à l'avenir.
£n effet y sans prétendre dire du bien du chancelier Manpeott^ ni vouloir <léfendre ses principes et son caractère , oa zie peut disconvenir qu'il n'eut rendu un grand service à la couronne en osant détruire une compagnie que le roi trouvait toujours en oppûsiti<Mi avec sa vokmté^ et quil ne pouvait plus réprinaer. Un si grand coup porté , certainement la faute la plus importante qu'on put faire y était de le rendre infructueux en rétablissant cette ccmipag^ qui, par son retour^ acquérait une consistance plus considérable , et par conséquent une audace mieux fondée et plus dangereuse. C'était d'ailleurs aâermir le principe de l'inamovibilité de ses charges , et s'ôter à l'avenir le moyen de la jamais détruire ^ ou l'iziqsossibilité de trouver des sujets pour 1| remplacer, par l'exemple de l'oppro^ bre dans lequel étaient tombes ceux qui avaient consenti à remplir ses fonctions.
On a déjà dit à quelle vile espèce d'hommes on avait été obligé de les adjuger ; cela seul fait une
raison d'empêchement à Tavenir- Maïs ce vice , qui certainement en était un ^ n'aurait subsisté qu'un temps. 11 ne faut pas croire que la résistance des parlementaires exilés eût été éternelle y surtout s'ils avaient vu un nouveau règne^ qui présente toujours l'idée d'une longue suite d'années^ adopter les principes de l'ancien. L'ennui de la proscription, l'espoir des récompenses , eut fait consentir quelquesuns à reprendre leurs charges. L'exemple une fois donné y le reste l'aurait suivi y et la cour se serait vue dans le cas, en rejetant ceux qui s'étaient montrés les plus mutins , d'efifrayer pour l'aVenir , de composer une magistrature digne de la considération qui lui est nécessaire , soumise à 1^ volonté du roi y dépendante de lui y et de détruire porur toujours toutes les prétentions chimériques des gens de robe. Mais on ne saura jamais en France y quelque bien qu'il en puisse résulter, se donner le temps d'attendre les événemens. La légèreté, l'impatience de la nation ne connaissent de résolution que cçUe du moment; d'aâleurs, la gloire ou l'intérêt particulier de quelque ministre , de quelque grand seigneur , l'emporte toujours sur le bien public.
' Peut-être M. de Maurepas, enivré d'avoir été rappelé aux affaires et choisi pour êtij^ le gouverneur d'un jeune roi , a*t-il voulu débuter par un coup d'éclat qu'il savait bien devoir plaire au plus grand nombre ; peut-être aussi a-t-il mal calculé , ce qui est fort possible , et ce que je ne serais pas éloigné de croire; cat il en est fort capable.
De M. de Lamoignon , président à mortier au Par-lement de Paris ; et de la réforme des ahu^ de la justice dans ce parlement. ^
Êcnten 1784.
JTatais ëcé extrêmement lié avec le président de Lamoiguôn^ père de celui dont je parle ^ homme d'un nom ancien et illustre dans la robe^'et qtiï dissipa , à la terre de Baville près Paris , son bien , et celui de là petite-fille du fameux Bernard î qu'il avait épousée. Il détruisit une santé délicate^ et se perdit lestomac au point qu'il ne digérait plus , ou si péniblement que , diminuantdejour en jour sa nourriture, il finit' par mourir de faim. Son fils éprouva, ce qui arrive très-fréquemment dans ce pays-ci : c'est qu'au moyen d'un grand mariage , le fils d'un homme ruiné débuté* dans le monHe avec une fortune brillante, M. de' Lamoignon épousa la fille unique de M*. Berrier, et se trouva partager les, biens immenses quelle possédai tV '
Jusqu'à la mort de son père, je le voyais presque journellement chez lui. A cette époque, je le perdis de vue assez long-temps. Quelques affaires m'ayant obligé de l'aller chercher^ je fus curieux de voir comment il avait tourné ; car je l'avais conàu dans un âge trop tendre, pour prévoir ce qu'il deviendrait. Je trouvai un homme d'esprit,' instruit, élo- ToaiE I. a5
$86 BÂTAILS
qaent , occupé de son métier et de l'éducation de ses en fans ^ sacrifiant tout son temps à remplir ses devoirs y et qui passait les instans de liberté qu il pouvait avoir 9 à sa terre de Baville, où* il avait fait de grandes dépenses ^ et qu'il aimait beaucoup : en un mot , réunissant toutes les qualités désirables dans un magistrat j et la sagesse de mener une vie convenable à son état.
J'étais un jour dans son cabinet; et regardant le portrait du fameux Lamoignon , premier fM^ésident du parlement de Paris, qu il avait au«*df;ssiis de son bureau^ ]e lui demandai si cet homme-là ne lui parlait jamais. Pardonnez^moi ^ xae vépondil-il y il me répèle somment de tâcher de hd ressembler, a Eh bien !. lui répliquai-je , n*est-ce pas vous faire » comprendra . qu'i) ne suffit pas d'être \oyd\ y bon j) père y bon mari y bon ami^ bon magistrat y et que » .lorsqu'on porte up uom comme le vôtre y et qu'on » occupe une. plac^ où l'on peut se f^ire remar- » quec \ et surtout être; u^le y il ne. faut pas s'en I) tenir aux vertus d'un citoyen obscur ? Pouvez- D vous piéger spus epibarras avec quelques-uns de I) vos confrères? La compagnie ne veut-elle pas n hXre épurée? Ne songerez-<vous îam^vs. ^ rendre au » parlement sa première splendeur, . à. combaltre 1} les prévarications y à faire des Iqîs qui ea pré- D servent à jamais ?-«-«Pardoaaei9'*nOli,re^rit-it, et D même mon travail sur cet ol^'êt est tout fait. I) J'attends depuis long-^temp;^ te momeirt d'en n faire ; j)§age ; xo^\s le parlement a essnjé une
HISTOHIQUES. 587
n suite de temps si orageux, qu'il eût été aussi » déplacé qu'infructueux d'entamer une matière » qui demande de la réflexion et de la suite ^ par » conséquent de la tranquillité. Il faut, m'aJQuta- » t-il , que je vous fasse voir ce qui m'en a fait >ï naître l'idée, w Et sur cela, ayant tiré un tiroir de son bureau^ il en tira uri papier qu'il me donna , et je lus :
a Le chancelier de L'Hôpital , au lit de justice » que Charles IX tint à Rouen , le 1 7 avril 1 565 , » lorsque ce prince y déclara sa majorité , disait : i) Messieurs^ vous suivez que la justice ^ si faire se » poussait ^ devrait être gratuite; c'est une vierge » pure et chaste^ non-seulement de corps ^ mais » de mains, et de toutes autres parties. Ancien-' » nement eti Fratice ^ les juges ne prenaient rien » des parties pour faire justice , si ce n'est ce qu'on » appelait épiceSy qui sont depuis converties, pat » vilaine métamorphose, en or et argent, et, par » connivence oii dissimulation y permises , modéré-h ment toutefois. A présent , en beaucoup d'en^ » droits, elles sont doublées et triplées , et telle»* )) ment que le juge ne Jait plus rien sans argent. » P^ùus ne pouvez retenir le nom de sénateurs , n de prudhomifteS j de bons juges avec la convoi-* » tise de vil gain. Certes, celui qui tâche de » s'enrichir par tels mojens , de riche de bien de- » viendra pauvre d'honneur. La marchandise est n . chère, que l'on achète avec perte de los et de » gloire. »
J'avoue que je fus touché de l'éloquence noble et franche qui règne dans le discours du chancelier de L'Hôpital^ auquel le langage ancien prête encore de la force et de la grâce, (( Eh bien ! me dit M. de D Lamoignon^ voilà l'anecdote qui m'a tellement » frappé y que je l'ai extraite sur-le*champ y pour » l'avoir sans cesse sous les yeux ; et c'est à sa lec- » ture réitérée que je dois l'accomplissement total V du travail que je me suis imposé pour déterminer » un plan de réforme sans lequel le barreau ne peut » subsister y ni les hpnnétes gens continuera por- » ter une robe qui leur devient de jour en jour un » fardeau plus insupportable. Mais le moyen de se » flatter de réussir avec le garde-des-sceaux et le » premier président que nous avons ! quelshommes! » D'ailleurs^ le roi a mis des impôts trop considé- » râbles sur les actes de la justice ^ pour que le con- » trôleur-général ne soit pas le premier à s'élever » contre la réforme , parle déficit qu'elle occasio- » nerait au trésor royal. •— ^ Et cela vous arrête , lui » répondis -je ! Commencez par m'apprendre si » vous avez un parti dans le parlement dont vou$ » soyez sur. — Oui y me répliqua-t-il ; un parti » considérable , et sur lequel je compte d'autant }} plus y qu'il n'est composé que d'honnêtes gens » aussi indignés que moi de ce qui se passe jourh nellement sous leurs yeux. »
« Puisque cela est, continuai*je, non-seulement » vous devez aller en avant, mais vous seriez cou- » pable de ne le pas faire. Vous échouerez dans votre
HISTORIQUES. SSq
« entreprise, J€ le Veux croire, les apparences y sont; » mais vous aurez rempli le devoir d'un citoyen » honnête envers son pays, sa place^ et lui-même. >> Cette robe qui vous pèse tant , à vous et aux « vôtres, vous deviendra une marque d'honneur, » parce que vous aurez fait tout ce qui était en » vous pour lui rendre son premier lustre. Ne re- ;> doutez rien de la cour; on se perd, lorsqu'on » attaque son maître aussi insolemment , et avec » aussi peu de fondement que les parlemens l'ont » souvent fait ; mais on* acquiert l'estime de ce « maitre , lorsqu'on s'élève avec courage contre » le désordre et la déprédation , même en atta- » quant son intérêt ; et croyez qu'à la longue » on se trouve mieux de son estime que de sa » faveur.
» Vous désirez sûrement de devenir chancelier, }) au moins je le suppose ; car l'ambition de tout )} homme bien né est de parvenir à la première }) place de son état. Voilà le chemin qui vous y » conduira sûrement , parce qu'il ne s'écarte pas #> de celui de la probité et de l'honneur, le seul qui » convienne à un homme tel que vous. » Et m'étant levé : « Je vous laisse , ajoutai-je , réfléchir à tout » ce que je viens de vous dire. En peu de paroles ,. » je vous M donné matière à beaucoup de ré- » flexions. »
A peu de jours de là, étant retourné chez M. de Lamoignon, dès que j'entrai dans son cabinet, il courut au-devant de moi , et me prenant par la.
Sqo détails
maÎQ : « C'en est fait| me dlt-îlj me voilà déterminé. » Je vais attaquer les déprédations de mes con- » frères : il ne tiendra pas à moi que les exac- >j tions des épices ne soient détruites à jamais. Que » je réussisse ou que j'échoue dans mon projet ^ » peu m'importe ; il est beau de le tenter. Vous » avez rempli mon cœur^ parce que vous avez » parlé son langage, n
i( J'aime à vous voir comme cela, lui répondis-je. Jt) Mais puisqu'enfin vous adoptez la carrière que » je vous ouvre , ne regardez ceci que comme les » premiers pas que vous y faites. Un peu plus tôt, » un peu plus tard , vous parviendrez à la tète de jù I9 magistrature ; dès cet instant-ci , songez à ce M que vous aurez à faire alors pour simplifier la » marche de la chicane, dont j'ignore les principes » et les ressorts, mais dont j'ai vu des résultats réx> voltans. Occupez- vpus surtout d'un objet plus » à ma portée , je veu^ dire des femmes, en nous )) donnant les moyeii^s d^ nous garantir, des maux » qu'occasionent leur faiblesse et leur déraison. » Garantissez-les du joug inj^ste ^t tyrauiiique des D m^ris, qui rend cette moitié de la société esclave , >^ opprimée par l'autre 3 d'autant plus injustement, » que ce sont les femmes les plus raisonnables qui » sont le plus à plaindre. »
» Vous prêchez un converti, me répliqua M. de », Lamoignon. J'ai plus d'une fois pensé k ce que » vous me dites ; mais il n'est pas temps de s'oc- » cuper de cela. Quand l'instant en sera venu , nous
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» en viendrons peut-être plus facilement a bout ^ » que d oter un impôt au roi. »
£h effets M. de Lamoîgnon ne tarda pas à faire au parlement l'ouverture de son projet de réforme. Il attaqua vigoureusement les abus , et surtout l'exaction des épices. Ses desseins furent vivement combattus par le premier président , par ses adhéi>ens y et tous ceux qui s'enrichissaient aux dépens^ des plaideurs ^ et non moins soutenu par les honnêtes gens 9 et par le parti de M. de Lamoignon^ Mais y avant d'aller plus loin , il est à propos de dire un mot des deux hommes qui sont à la tête de la justice.
M. Hue de Miroménil^ garde-des-sceaux , est homme d'esprit. Je ne Fai jamais assez connu pour entrer dans aucun détail sur son caractère. Il débuta par être conseiller au grand-conseil y en-» suite maître des requêtes y puis premier ]H*ésident du parlement de Rouen. Dans sa jeunesse y il était comique et facétieux. M. le chancelier de Maupeou , après avoir détruit le parlement de Paris y jeta les yeux sur lui pour la place de premier président du parlement qu'il créa. M. de Miroménil y soit par noblesse y comme on le crut dans le temps y soit par adresse y comme il a donné lieu de le penser depuis y refusa cette place. Il fut exilé^ avec tout le parlement de Rouen ; ce qui le réduisit à une pauvreté très-voisine de la misère^ mais qu'il soutint avec autant de courage que de modération. Cette conduite le rendit intéressant aux
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yeux du public déchaîné contre M. de Maupçou*» M. de Miroménil avait passé sa vie che2^ M. de Maurepas, où il était le complaisant de madame ^ qui souvent sollicitait son mari pour tirer son protégé de l'indigence où il était. M. de Maurepas répondait par des plaisanteries et des sarcasmes, sur les talens de M. de Miroménil. Cela n'empêcha pas ce ministre , lorsqu'il fut au timon des af-r faires^ de le choisir pour être garde-des-«ceaux , et faire les fonctions de chancelier, à la place de M. deMaupeou exilé, qui ne voulut jamais donner la démission de sa charge.
M. d'Aligre , premier président du parlement de Paris y bien blanc , bien frais , bien occupé de son énorme fortune , avait toutes les qualités nécessaires dans un homme à la tête d'une compagnie aussi inquiétante pour le gouvernement, qu'un parlement.
Quelque effort que fissent les malintentionnés du parlement y et le parti de M. le premier président^ celui de M. de Lamoignon Temporta. Il fut nommé des commissaires pour examiner la matière et pour en rendre compte.
Un fait des plus étonnans^ et qui^prouve bien la légèreté française, en même temps qu'il dénote le germe de fermentation qui s'est introduit dans les têtes , et l'esp/^it de parti qui s'y développe , c'est que la société qui avait pris y avec tant d acharnement, et de révolte le parti du parlement, lorsque M . de Maupeou le cassa , fut absolument
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indifférente sur les démarches de M. de Lamoignon y quoîqu assurément la chose la touchât de plus près. Car enfin il s'agissait d'épurer la Jus-r tice. , et de réduii?e ses frais , d'exorbitans , d'insoutenables qu'ils sont ^ à un taux modique.
J'étais véritablement indigné de celte apathie ; je souffrais qu'on abandonnât ainsi un citoyen qui se dévouait aussi courageusement j et d'une façon aussi noble* Je tentai vainement d'échauffer les esprits; car il ne faut pas croire que la voix publique n influe beaucoup sur la conduite de l'administration. Je ne trouvai que du froid ^ et pour toute réponse , // ne réussira pas.
J'allai plus loin : j'essayai de remuer Versailles ; mais la barrière qui sépare la robe delà cour est si forte , que tout ce qui concerne la première y parait absolument étranger. J'eus peine même à y faire comprendre l'objet dont il s'agissait , et je n'y trouvai que de l'indifférence et de la distractipn.
Il se répandit un bruit qui prit grande faveur; c'est qu'on allait renvoyer M. de Miroménil , que la mort de M. de Maurepas avait laissé sans appui. Tout le monde nommait M. de Lamoignon y et de tous côtés il recevait des avis que la chose allait se faire.
Il y avait déjà quelque temps^que, par l'entremise de M • D' Aguesseau^ conseiller d'État^ un homme qui d'abord ne voulut pas se faire connaître y et qui se trouva être M. de Galonné^ concourait à ces projets. Il consentit enfin à être nommé à M. de La-
moignon; et^ lui faisant demander s'il ne répugnait pas à le voir contrôleur-général , il lui confia que son désir était qu il fût garde-des-scéaux y et que tout le portait à la tête de la magistrature. Un très-gros catarrhe qui prit a M. de Miroménil^ et dont on crut qu'il ne se relèverait jamais ^ ^^g"" meata encore les apparences; car il était naturel de croire^ ou que M. de Miroménil mourrait^ ou tout au moins qu'il se retirerait.
Ce fut à peu près dans ces circonstances que M. de Galonné parvint au contrôle-général , devenu vacant par le renvoi de M. d'Ormesson.
Fort peu de temps après la nomination de M. de Galonné y M. le baron de Breteuil y déjà dans le conseil^ profita d'une maladie de M. Amelot ^ qui avait aflaibli sa tête y pour avoir sa place. Patvenu au but qu'il s'était toujours proposé, comnie il en convenait lui-même^ il crut qu'il allait prendre tout le crédit; en quoi il jugeait mal du caractère de la reine : il se trompa aux facilités qu elle accorde dans les premiers momens. Déçu par ses premiers succès y le baron de Breteuil en abusa ; et d'après sa façon d'être y il traita trop durement ceux qui avaient affaire à lui.
M. d'Harvelay, garde du trésor-royal, et sa femme, amis intinies de M. de Vergennes , ont toujours eu chez eux un foyer d'ambition. Ils ont porté M. de Câlonne au contrôle - général ; et le baron de Breteuil n'avait eu garde de ne pas se lier avec des personnes qui avaient autant de moyens.
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M. le comte de VintimiHe^ ami intime de M. de Lamoignon , rapproché de M. et madame d'Harvelay^ par le mariage de son frère avec leur nièce, vint trouver M. de Lamoignon de leur part, de celle de M. de Galonné etdubarondeBreteuil,pourlui dire qu'ils voulaient tous renvoyer M. de Miromënil , et s'accordaient de même à lui* faire avoir sa place f qu'ils allaient entamer cette affaire , et qu'ils ju-^ geaient qu'un mois suffirait pour la terminer.
M. de Lamoignon me confia cette ouverture, et je jugeai qu'on devait y donner d'autant plus de confiance , que c'était le jeu de tout le monde.
M. de Galonné , mal avec les parlemens , plus mal encore avec M. de Miroménil , devait désirer avoir à la tête de ces parlemens un homme sur lequel il put compter , qui le soutint , et se défaire d'un ennemi qui pouvait lui tendre des embûches et l'arrêter à chaque pas.
Lie baron de Breteuil trouvait aussi son compte à avoir dans la personne du garde-des-sceaux un obligé ; c'était d'ailleurs un coup de crédit qui flattait son amour-propre , et établissait la prépondérance à laquelle il visait. Tout concourait à la fois au succès de l'entreprise. M. de Miroménil était en si mauvais état , que , non-seulement il ne pouvait aller à Versailles , mais mémie qu'il ne sortait point de son lit , où il tenait le sceau. ,
Le public qui , dans tous les événement, arrange à sa guise la disposition des gens et les nouvelles, établit que M. de Galonné n'avait visé au contrôle-
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général que pour s'ouvrir la porte à devenir chancelier ; et comme ce public va vite en besogne, il débitait que la chose allait se £aire.
Causant de cet objet avec M. de Lamoîgnon, je lui conseillai de voir M. de Galonné et dé lui parler avec franchise, en prenant pour base la nouvelle du jour; il partirait de là pour lui dire que, si en effet les sceaux étaient son point de vue , dès cet instant il ne pensait plus à y atteindre, M. de Galonné lui répondit qu'il ignorait ce qui avait pu donner lieu aux propos quon tenait; qu'il avait toujours désiré d'être contrôleur-général , parce qu'il avait toujours travaillé à se rendre capable de cette placé ; qu'il mettait son amourpropre à y réussir; qu'il ignorait s'il en viendrait à bout, mais que certainement il ne quitterait jamais l'administration des finances pour aucun autre département; que son vœu était que lui, M. de Lamoignon, devînt garde-des-sceaux; qu'il ne se cachait point de la mauvaise opinion qu'il avait d^ M. de Miroménil qu'il considérait d'ailleurs comme son ennemi particulier, et que le baron de Breteuil partageait absolument sa façon de penser.
M. de Miroménil averti apparemment de sa position, et jugeant fort bien que qui quitte la partie la perd, que par conséquent, à quelque prix que ce fût, il fallait se montrer et risquer le tout pour le tout; malgré l'état affreux où il était, malgré l'avis des médecins et les instances de sa famille, M. de Miroménil partit pour Versailles «
C'est a cette époque que M. de Vintimille écrivit de Versailles à M. de Lacnoignon que y à Theure mêiDe y il avait des choses importaates à lui communiquer, et qu'il le priait de venir le trouver. M. de Lamoignon ne tarda pas à s'y rendre, et M. de Vintimille lui apprit que M. le maréchal de Duras ^ fort ami de M. le garde-des-sceaux , lui avait dit : (c Je veux vous parler d un homme de n vos amis, que j'aime aussi (M. de Lamoignon). n Pourquoi veut-il être garde-des-sceaux malgré » M. de Miroménil? Il le sera, cela ne peut' lui » manquer. Le garde-des-sceaux actuel en est » aussi sûr que nous ; mais tout cela peut se faire » de concert ; sa santé a l'air d'aller mieux , mais n il n'en reviendra pas. U y a infiltration dans la n poitrine; c'est l'affaire de six mois ou d'un an. » Il faut que ces gens-là se rapprochent , comme » d'honnêtes gens. Voyez M. de Lamoignon, et n donnez -moi réponse. U ne doit pas ignorer » qu'on Ta travaillé dans l'esprit du roi; d'abord » M. de Fleury^ tout le temps qu'il a été en place, » et M. le premier président toujours. Le garde- » des-sceaux s'est moins laissé aller. Je sais que les » préventions sont diminuées , M. de Miroménil N peut les effacer: nous pensons de même M. de » Nivernois et moi. Donnez-moi réponse. »
De retour à Paris, M. de Lamoigiion et M. de Vintimille furent chez le maréchal de Diu*as qui • leuri^épéta les mêmes choses, auxquelles M. de Lamoignon répondit qu'il ne demandait pas mieux
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que de se rapprocher de M. de Miroménil pour le bien de la chose ; qu'il était utile pour le public et pour le roi que la réforme se fit dans la Justice , et qu'il fallait que M. le garde -des -sceaux la réalisât.
M. de Duras trouva à propos que M. de La* moignon fit un mémoire pour le roi y que le gardedes-sceaox remettrait à S* M., dont on donnerait toutefois copie au baron de Breteuil, pour qu'il surveillât l'usage que le garde-des-sceaux en ferait.
11 fut encore convenu que M. de Duras irait à Versailles y pour prévenir M. de Miroménil de tout cet arrangement. En se séparamt ^ le maréchal de Duras dit en propres termes : h Je n'ai, point de » mission ; mais vous entendez bien qu'il y 'a eu » des conversations antérieures ^ et nous sommes » d'accord M. de Nivernois et moi. »
Les choses en cet état y un homme qui n'eût pas connu ^ cour aurait jugé la réforme du parlement sûre y et M. de Lamoignon a la tète de la justice. J'avoue^ à ma honte ^ que quelque usage que j'aie de ce pays-là, je m'y trompai, et que je pensai que tout irait pour le mieux et selon mes désirs. Je tentai de plus les moyens qui étaient à ma portée pour servir M. de Lamoignon; mais je ne rencontrai partout que la même froideur.
J'ai déjà dît que tout ce qui est justice^ ou qui tient à la justice, est tellement étranger aux courtisans qu'ils n'y portent jamais le moindre regard^ et qu'ils ne s'en occupent que dans le cas où quelque
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procès personnel y quelque grand choc entre Tautorité du souverain et le pouvoir parlementaire , vient les tirer de leur indifférence sur cet objet. On va voir combien je me trompai dans cette circonstance , quoique l'état du garde-dtis-sceaux , et vraisemblablement les efforts de sa famille m'eussent dû faire juger que son intérêt le perlait à se rapprocher de M. de Ijamoignon^ pour qu'il Taidàt à se procurer une meilleure retraite et des bienfaits qui rejaillissent sur les siens. Mais^ avant d'aller plus loin 9 je vais dire un mot du maréchal de Duras et du duc de Nivernois.
M* de Duras 9 fils du maréchal de Duras ^ était venu dans un temps où la fatuité était fort à la mode. Paris n'était plein que des bonnes fortunes qu'il avait. Comme la société était uniquement tournée de c6 côté , le rôle qu'on y jouait dépendait de s'y faire plus remarquer dans ces différens genres. M. de Duras ne manquait pas d'esprit; mais il outrait tout. Bon homme dans le fond, et serviable , il exagérait encore ces qualités y et deve*nait trop officieux par le désir de se mêler. Il avait servi avec une valeur brtOante , et lorsque son Kiom et sa date le firent faire maréchal de France , personne n'y trouva à redire. Fixé k la cour par sa charge Âe premier gentilhomme de la chambre y il voulut s'immiscer dans beaucoup d'affaires; mais son caractère et trop d'indiscrétion l'éloignèrent et des gens et des choses. Il n'y eut que M. de Miroménil qui se lia intimement avec lui, se trouvant
fort honoré d'avoir un ami tel que M. de Duras.
M, le duc de Nivernois, né avec infiniment d esprit ^ et de celui dont la finesse^ la délicatesse et la douceur plaisent et séduisent^ avait débuté dans le monde en même temps que M. de Duras ^ 'dont il a toujours été Fami. Adoptant le genre du siècle, il avait ajouté les grâces à ses moyens; mais d'une structure trop frêle et d'une santé trop délicate , il avait été obligé de renoncer de bonne heur# à ce genre y ainsi qu'au service . 11 essaya la carrière politique y et fut nommé ministre du roi auprès du roi de Prusse. Riche, portant un beau nom, esclave de sa santé, bientôt il abandonna tout, pour se borner à l'existence d'un grand seigneur qui s'était annoncé propre à tout et qui en avait été jugé capable , mais qui ne voulait rien que vivre tranquille et considéré. Il occupait ses loisirs à faire des fables envers, aussi pureméht écrites qu'ingénieusement inventées, et leur lecture ornait les séances publiques de l'académie française ,^ dont il était membre . Un tel homme n'avait pas besoin pour être remarqué que M. de Ma^repas, son beanfrère, parvint à prendre en main le timon des affaires de l'État. Cet événement ne fît pas plus pour la considération de M. de Niverpois , que la mort de M. de Maorepas ne lui en fît perdre. Comnie il avait marqué sa place dans la société, ce n'était que de. lui qu'il dépendait^ ou de la rendre plus brillante, ou d'eu déchoir. Je reviens à mon sujet.
M. de Duras n'ayant pu aller à Versailles y à
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tau^e de la goutte qui lui prit, écrivit à M. de Miroménil, apparemment dans le style de l'amitié <, et d'un tiers qui veut opérer le bien de la chose , et le rapprochement de deux personnes en position d'y coopérer,
M. le garde-des-sceaux lui fit une réponse à laqi^elle personne ne s'attendait, et à laquelle en effet on ne devait pas s'attendre. Elle témoignait beaucoup d'amitié pour M. de Duras; mais en même temps il paraissait surpris de cet éloigne-*» ment pour M. de Lamoignon , qu'il prétendait n'avoir jamais existé j il se refusait d'ailleurs à la communication qu'il voulait lui faire du mémoire qu'il projetait de donner au roi pour la réforme du par-^ lement, alléguant qu'il ne pouvait avoir d'opinion sur cet objet, que lorsque le parlement aurait remis à Sa Majesté son arrêté sur ce point, et qu'elle saurait déclaré ses intentions.
Je m'aperçus alors combien je m'étais trompé, et que l'ouverture que M. de Duras avait faite à M. de Lamoignon , pouvait fort bien venir de son envie d'influer, et de son tort habituel de toujours passer le but.
Cependant le nom de M. de Nivemois, esté dans cette circonstance , donnait plus de caractère à cette démarche ; ce qui me porta à penser que j\I, de Miroménil, pris au dépourvu, et mourant dans son lit, à Paris, pouvait bien avoir voulu souder le terrain , tant pour ne pas se trouver tellement en opposition avec M. de Lamoignon ,