‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 19 sur 53 · TROISIÈME PARTIE. 9.5l · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 9.5l

séqaeDces d'an pareil refus, se soumettre à ces conséquences, fut pour lui Taffaîre d^in instaut ; et en dix minutes , un refus rédigé en ternies modérés, mais fermes, fut envoyé à la chancellerie. L'ordonnance était alors imprimée, et le nom de M. Cuviér, qu'il était physiquement impossible d'en effacer, figura le lendemain parmi ceux des censeurs. Il prit alors des moyens surs pour donner à son refus la plus grande publicité, et pour le faire connaître à la France entière. La plupart des journaux , craignant la censure, n^osèrent «éparer l'erreur qui avait été commise , et le journal des Débats s'étant ha- .sanlé ^ insérer It réclamation de M. Cuvier, elle fut rayée par -les censeurs, ce qui ne Tempêcha pas ^tre bientôt généralement connue (i). Ge'tle conduite rendit à M. Cuviersa popularité auprès d'un pablic toujours prêt à changer, mais fil naître ches le roi une grande froideur à son égard. Il serait cependant injuste de taire , pour l'honneur de Charles X , que cette froideur eessa lors du cruel malheur qu'éprouva M. Guvier ; la première fois qu'il parut à la cour après la mort

(i) D*aulJ-es personu» rcfusèreut également la place de censeur^ mais je n*ai à parler que de M. Cuvicr.

de sa fille , Sa Majesté lui adressa la parole arec bonté, lui- fit plusieurs questions sur cet événement, et s'en montra vivement afiectée.

Président du comité de llntérieur pendant les treize dernières années de sa vie, le nombre des afiaires qui ont passé dans ce comité sous les yeux de M. Guvier, efiraie presque l'imagination. J'ai même peut-être tort de dire que ces afiaires passaient seulement sous ses yeus ; car elles ont été examinées , débattues , expédiées par ses soins et sous son influence. On peut dire , sans s'éd^rter de la vérité* , qa'elles se sont élevées à dix mille par année. L'art de distribuer le travail entre ses difiérens cotiaborateurs, le talent de diriger la discussion, la mémoire toujours présente pour rappeJer k propos le souvenir des décisions^antérieures ^ une connaissance approfondie des principeè qui devaient régir chaque matière, la métbode pour les appliquer en chaque occasion ; telles sont les qualités qui ont rendu sa présidence la plus remarquable de l'époque , et qui l'ont gravée à jamais dans la mémoire de ceux qui ont eu l'avantage de participer à ses travaux. Pour le connaître dans toute sa perfection comme législateur, il faut l'avoir vu dans une de ces séances

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