TROISIÈME PARTIE
grand-maître n eût pas eu le temps de préparer son discours, soit, qu'il craignit de se montrer en cette circonstance. H, pria M. Cuvier de le remplacer dans la cérémonie. Menacée comme t'était alors 4'Université par TiAimitië d'un grand nombre d'hommes puissans, un seul acte de violence, une seule imprudence de la part des élèves eAt entraîné sa chute ; mais M. Cuvier affronta le danger avec son jugement et son énergie accoutumés : une demi-heure prise , la veille , sur ses travaux du soir, lui suffit pour composer un discours^ dont la leetnre n'exigeait que quelques minutes. Le jour dé la distribution des prix arriva , et les ëtudians parurent en manifestant les intentions les plus hostiles; La vue de M. Cuvier commença par apaiser leur irritation ; ils gardèrent un respectueux silence ; la raison et la donceur de seis expressions achevèrent de rétablir la tranquillité : la distribution eut lieu ; et en plaçant les couronnes sur la tète de ses élèves , le méîti'e dont la bienveillance ueoâit de prendre tunl d'^empire 'Sur ces jeunes esprits , leur paria comme un père à ses enfans. Au lieu du tainulteet de Tirritaiion qu'on redoutait, on n'en* tendit quedesapplaudissemensetdes murmures de feconnaissance ; l'Université fut sauvée.
a56 MÉMOIRES SUA M. GUVIER.
Lors même que la place de grand-maître eût été une charge permanente, intention que le gouvernement d'alors exprima plus d'une fois, M. CuTÎer n'eût pu la remplir à cause de l'obstacle insurmontable que . présentait sa religion; on le nomma en conséquence grand-maitre à ne des Facultés protestantes. Cette nomiaation n'éprouva aucune opposition de la part des évêques catholiques, qui connaissaient le profond savoir de M. Guvier dans les matières ecclésiastiques, et son esprit tolérant éloigné de toute mesure de rigueur. Il prit donc possession de cet emploi important à la satisfaction de la France entière , à l'exception pourtant de quelques fanatiques de sa propre croyance, qui contrarièrent, peut-être encore plus que les jésuites , ses vues éclairées , et se montrèrent plus qu'eux hostiles aux améliorations qu'il s'efforçait d'introduire. Son premier soin fut de
créer un nouveau système propre à faire naître l'ordre et l'émulatron , système qui , à la vérité, ne réussit pas toujours au gré. de ses désirs, tant il est difficile dé détruire chez les hommes peu éclairés les préjugés de parti et les idées enra* cinées. depuis long-temps; mais il poursuivit avec persévérance le cours de ses tentatives , sans se laisser abattre par la non-réussite de