‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 22 sur 53 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

plusieurs de ses projets, satisfait lorsqu'un seul était couronné de succès. Il croyait q«e la civilisation est le fruit de l'instruction , et la niorate celui de la civilisation; que , par conséquent, l'instruction primaire devait donner aux classes inférieures tous les moyens d'exercer leur industrie sans les dégoûter de leur condition ; l'instruction secondaire agrandir leurs idées sans les rendre fausses on présomptueuses; et f instruction spéciale donol^r à la France des magistrats, des généraux , des médecins, un clergé et des professeurs tous distingués par leurs lumières ; en un mot , cette réunion d'hommes à sentimens élevés qui sont la gloire réelle et durable du pays qui les possède. On aimera sans doute à entendre M. Guvier exprîpier luimême ses opinions à cet égard dans le passage suivant, que je dois à la bienveillance de M. Laurilkird : t Donnez des écoles avant de donner des dfoits politiques; faites comprendre aux citoyens les devoirs que l'état de société leur impose; apprenez-leur ce que c'est que les droits politiques * avant de les en faire jouir. Alors toutes les améliorations se feront sans secousse ; alors chaque idée nouvelle jetée en bonne terre aura le temps de germer, de croître

a58 liÉMOIltES SUR X. CUVIBR.

et de mûrir sans causer des oonvulsions au corps social. Imitez la nature qui f daas le dëveioppeirient des idées , agit par gradations, et met le temps au nombre de ses ëlëmens les plus puissans. L'enfant reste neuf mois dans le sein de sa mèrey et l'homme n'est complètement forme au physique que de vingt k treiite ans. Il faut des siècles aux institutions pour qu'elles produisent tous leurs fruits , témoin le christianisme dont les effets ne sont pas encore tous accomplis malgré diz^huit cents ans d'existence. »

Les améliorations que fit exécuter M. Covief et dont je vais parler maintenant, font partie de ce plan général qu'il ne perdait jamais de tue. Les bâirmens de l'ancien collège du Flesriê où les Facultés étaient établies ^ se trouvant dans un état général de dégradation^ il obtint da gouvernement qu'elles seraient transposées à la Sorbotine : et ^ comme il était très-important que les cours ne fussent pas interrompue pen* dant (telte translation , on le vit redoubler d'Activité f visiter sans cesse l'ânehiteote chargé des travaux , et né mettre un terme k sâ stirveillailoe que lorsqu'ils furent achevés* La Faculté des Sciences doit k ses seoleé démarches les fonds qui lui ont été alloués pour la créa*

TROISIÂME PARTIE. 269

tion d'aa cabinet d'histoire naturelle , et l'achat de divers instramens ; c'est lui également qui fit naître Tidëe de mettre sur les bâtimens de l'Etat des médecins instruits en histoire naturelle , et d'attacher des voyageurs au Muséum dn Jardin des Plantes. Les richesses rapportées par FUranie^ la Coquille et d'autres navires, sont une preuve de l'excellence de la première de ces mesures, car les officiers de ces bâtimens employèrent avec joie leurs momens de loisir à dessiner, à décrire et à conserver les objets qui s'offraient à eux dans le cours de leur expédition. L'accroissement rapide du Muséum, pendant la vie de M. Cuvier, parle trop fortement en faveur de la seconde pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. Le mode de nomination aux places de professeurs était une question très-compliquée en France ; l'élection par vote avait de nombreux partisans ; d'autres voulaient que la nomination dépendît de Tautorilé, enfin d'autres encore étaient d'avis que la Imnaaiiêsion des places eut lieu par succession. Chacune de ces méthodes a aes inconvéniens ; et l'élection, qui parait la meilleure en théorie, n'a pas réalisé dans la pratique les espérances qui lui ont fait accorder la préférence : elle donne à

260 HÉMOIRES SUR M. CCVIËR.

tous la faculté de se mettre sur les' rangs, et fe^ hommes d'une habileté et d'une expérience consommées craignent d'entrer en rivalité avec des jeunes gens qui ne font que sortir des écoles; et qui y cloués de la hardiesse et des qualités brillantes de la jeunesse ^ l'emportent souvent sur eux. Les autres systèmes ont le défaut de donner trop d'accès aux affections particulières ^ et do placer des hommes d'un mérite inférieur dans les chaires de professeurs. Afin de remédier à ces inconvénîens et aux abus qui en étaient la suite, M. Cuvier créa l'institution qu'on appelle en France agrégation. En sortant des écoles, à cet âge ou éprouver un échec , est de peu d'importance , les jeunes gens se présentafent au concours pour devenir agrégés; en cette qualité ils devenaient suppléans des pro» fesseurs'âgés ou malades , et en remplissant ces fonctions, ils avaient le temps et l'occasion de développer leurs tàlens et de se faire connaître. A la mort d'un professeur, la Faculté à laquelle il appartenait présentait une liste de trois candidats , choisis parmi les agrégés , et la voix du ministre décidait.

Convaincu depuis long-temps que les jeunes gens qui se destinent aux différentes fonctions

Page 1