QUATRIEME PARTIE. UgS
de ia régularité des traiU , de Texpression de ce regard où se peignaient si bien les grandes et sérieuses pensées du dedans et qui voyaient au-delà de ce monde. Pour me servir des propres paroles de M . Pickersgiii : « il a essayé de saisir TesseDcede l'homme , » et son talent s'est trouvé à la hauteur de cette difficile entreprise (i).
M. Curier portait dans les moindres détails de la vie , cet amour de l'ordre qui le caractérisait à un si haut point dans les grandes choses. Son costume de dissection n'était pas brillant , à la vérité ; mais en toute autre occasion sa toilette était toujours soignée; les costumes de l'Université ont été dessinés par lui , et ces dessins accompagnaient le décret rendu à. ce
et patriotique artifte. Il eut supérieur au buste eo bronie, et repose maintenaiit sur uo piédestal dans la chaoïbre et i Pendroit même où oot été déposés les restes du grand homme jusqu'au moment où ils ont été enlevés pour être transportés i sa dernière demeure.
(i) Je ne pub quitter oe sujet sans dter le trait suivant , qui fait oneore plus d'honneur à M. Pickersgiii que son admirable talent d*artiste. Après la mort de son noble époux , madame CuTÎer, sentant tout le prix du portnuk dont je parie» désira naturellement en posséder une copie de la même main qui avait si halnlemenl exécuté la première. Je fus chargée de n^ocier cette affaire , et le résultat fut que If. Pickersgktt exécuta lui-même la copie désirée , qui n'est pas inférieure pour la ressemblance i l'original , et l'offrit à madame CuTJy, en disant qu'cDire la veuve du grand Cuvierct lui ses services
a94 idiMoiaEs sur u. cuvier.
flojet. Je désirais beaucoup le voi/ dans son grand costume uaiv^rsitaire , et j'eus ee plaisir un jour qu'il le revêtit pour assister à nue séai^e solennelle. La longue robe flottante de yelours violet bordée d'ermine, ajoutait à la hauteur de sa taille et déguisait sa corpulence ; la toque de velours laissait voir une partie «de ses cheveux; ainsi vêtu et décoré de tous ses ordres, il était véritablenlent imposant. Les bfltimens du Jardin , élevés sous sa direction » sont autant de monumens qui attestent le bon goftt qu'il portait jusque dans les plus petits détails. La ménagerie des animaux féroces est d'une simplicité et d'une beauté classiques, et a été construite entièrement d'après ses dessins et sous son inspection lorsqu'il occupait le poste
M pouvaient Mn une question d'argent. Le plaisir doolonreu arec laqnel ee généreux don fut aeoqptè, était la récompense la pins pré* eieuse que pût recevoir l'artiste, et ae pont nâeuK que je né pour* rais le faire dans le pas«age suivant d'une lettre que m'écrivait oae personne de la famille: « Cest lui , é'est sa pensée noble, pure* éle» vée et souvent mélanooliqnef quoique toujoiars bienveillante et calme oonsme la vraie bonté; c'est son ame dans ses yeux, c^est Je gmad homme passant sur la terre, et slMhant qu'il y a quelque chose audelà. » On me pardonnera de révéler ainsi les ssntiaaens secrets de perMnnes vivantes, quand on songera oombîen il est oonsùbnt et utile de rencontrer des actions de ce gente au mflien dé l'égoione universel. «
QUATRiiMB PARTIS. 2^5
de directeur annuel. L'aile nouvelle du Muséum qui touche au corp8-de*garde , a été également construite sous sa direction.
Les manières de M. Cuvier rappelaient par leur politesse aisée celles des Français du dernier siècle ; cependant on lui reprochait quelquefois un peu -de raideur; et l'on ne peut nier que dans de rares occasions il ne montrftt une hauteur réelle , mais seulement lorsqu'il la jugeait nécessaire. L'accueil qu'il faisait aux feunes gens était toujours encourageant, et ceux-ci n'étaient jamais plus sûrs de lui plaire, qu'en parlant en sa présence avec toute la franchise de leur ige. Envers les femmes il se montrait plein de respect et de bienveillance ; il savait distinguer celles qui avaient droit à quelque chose de plus que les égards ordinaires dus à leursele, et le leur prouvait en recherchant leur conversation. Les soins qu'il prodiguait à ses hôtes étaient remarquables de la part d'un homme aussi occupé; il cherchait à prévenir leurs désirs; il s'informait si rien ne leur manquait dans leur appartement , les engageait à se rendre au salon s'il y arrivait quelqu'un dont il pensftt que la présence pût exciter leur curiosité ou leur intérêt. A Tépoque où l'enthou-
agfi MÉMOIRES SUR H. C13V1ER.
siaAine pour les Grecs avait tourné toule^i les lèles à Paris, nous le TÎmes on jour, après qu'il eut pris congé de nous, reparaître tout à coup a?ec un bel enfant grec j le fils de Colocotroni, qu'il avait rencontré en sortant du JarcUn ; pensant que nous le verrions avec plaisir, il avait pris la peine de revenir sur ses pas pour nous le présenter. Si Ton exprimait le désir de lire un livre rare qui n ezistit.point dans sa vaste bibliothèque , il l'apportait en revenant de llnstitut ; en un mot, malgré les devoirs importans qu'il avait à remplir comme savant et comme législateur , il trouvait encore le temps de penser aux plaisirs de ses hôtes. De temps en temps, lorsque l'été apportait quelque relâche aux nombreuses fonctions de sa vie publique , il aimait à partager nos promenades , et je me rappelle qu'une fois , en parcourant le Jardin , il remarqua la fleur brillante de \acoreopsis tinctoria^ qui était alors nouvelle en France , et que personne de nous ne connaissait. Il nous quitta surle-champ pour aller aux informations , et nous rapporta bientôt le nom de la fleur^ ce/ui du genre, de Tespèee, etc. , et se retira, enchanté d'ayoir acquis cette connaissance nouvelle. Tel il se montrait dans toutes les circonstances,