‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 37 sur 53 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

aYOoanl toujours ce qu'il ignorait , cherchant toujours à apprendre , et s'empressant de communiquer &âx autres ce qu'il avait appris. Cette disposition bienveillante qui l'engageait constamment à mettre sa science à la portée d'au* trui» était un des plus heureux dons qu'il eût reçu du ciel , car la valeur d'une idée brillante ou utile est bien souvent perdue quand nous ne la communiquons pas à nos semblables. Son penchant à l'observation lui faisait souvent fréquenter les lieux publics; il aimait à voir le bonheur dont jouissent les classes inférieures en France, et je me souviens qu'un jour de fête il me conduisit à la barrière la plus yoisine du Jar* dîû des Plantes, où le peuple dansait, chantait et se livrait à la joie ; cette gaieté le charmait ; il s'arrêtait à chaque instant pour la contempler, et plusieurs fois, se tournant de mon côté, il me demanda si , en Angleterre , le peuple savait se livrer au plaisir avec autant d'abandon. On a dit quelque part d'un homme célèbre, qu'il était impossible de se trouver sous le même abri que lui, pendant une averse, ne fût-ce que durant un quart d'heure, sans apprendre quelque chose de nouveau dans sa conversation.

Cette observation peut s'appliquer également à

agS MÉMOIRES SDR M. CUVIER.

M. Cuvier ; car à la suite de ces courtes ezourskms dofll le plaisir seul était le but , on avait toujours appris quelque chose de {>lnSy soit sur lliistoire ou les mœurs, ^it sur les langues ou la morate , tant était solide et en même temps séduisante sa conversation la plus familière.

M. GuTier recevait ordinairement les personnes qui avaient à lui parler, soit avant, soit aprèsaon déjeuner, et était accessible pour toutes sans exception. « Quand on demeure , disait«il , au Jardin des Plantes , si loin des solliciteurs , on n'a pas le droit de leur fermer sa porte. » JTai vu ces solliciteurs de tout âge , la veuve et l'orphelin , le pauvre et le riche , assiéger sa demeure, tous avec la certitude d'être bien accueillis. Un matin , je rencontrai une pauvre femme qui descendait Tescalier en pleurant ; et loi ayant demandé quelle était la cause de son chagrin : <r C'est , me répondil-*eUe , que même M. Curier ne peut réparer le tort qu ou m'a ftit » Elle pensait éridemment que s'il ne pouvait la servir, c'est qu'il n'y avait plus d'espoir poul* elle. La famille et les amis de M. Cuvier voyaient toujours approcher avec le plus grand plaisir -l'heure des reps; car c'était alors qu'on pouvait le mieux jouir de sa conversation.

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