QUATRIÈME PARTIE. 3o I
\e privilège d'exaiuiaer à toute heure les trésors de ses collections et de sa bibliothèque , nous trouvions quelquefois plus commode d'emporter ses livres ; souvent il nous arrivait d avoir besoin du volume même qu'il venait de consulter avant de sortir, et qu'il avait laissé ouvert sur sa table, afin de le trouver prêt à son retour ; car il possédait l'heureuse faculté de pouvoir reprendre son sujet à quelque moment et à quelque endroit que ce fût, même au milieu d'une phrase. Mous attendions donc que sa voiture se fût éloignée, alors nouf volions à son cabinet, prenions possession du livre et, nous informant de l'heure de son retour , nous le rapportions quelques minutes avant qu'il en eût besoin. On concevra facilement qu'il ait dû nous arriver dans deux ou trois occasions d'être un peu en retard ; mais M. Guvier supportait toujours ce contre-temps avec une patience surprenante : et telles étaient son indulgence et sa bonté à notre égard, que non-seulement il se rendait à tous nos désirs et nous secondait dans nos travaux^ mais, en outre qu'il nous permit de publier quelques-uns de ses propres dessins sur les mollusques qui étaient encore inédits. Il ne savait pas refuser la communication de ses matériaux à ceux qu'il pensait
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devoir en faire un bon usage ; de sorte que nous n'avions qu'à parler, et aussitôt il donnait Tordre aux gardiens des galeries du Muséum de mettre à notre disposition les objets que nous voulions examiner plus attentivement ( i ).
Quelquefois ; avant le dîner, M. Guvier accordait quelques instans à sa famille en se joignant à la société réunie dans l'appartement de madame Guvier. Aussitôt qu'on annonçait que le dîner était senri , il offrait son bras à sa femme
(i) Quoique œ «oit peut-être sortir de uéa njet, je ne pois Ui»- •er échapper la première occasion qui s'offre à moi de témoigner ma reconnaissance à la plupart des personnes attachées à ce bel établissement. MM. Desfontaines, de Jussieu, Brongniart, Geoffroj Saint- HilÉire, YrédMc Guvier, Chevreuil, Deleuxe, Taleodennes et Lanrillard, vivent encore pour recevoir cette marque pubKqne des senti» mens que m^ont inspirés leurs bienveillantes attentions. MM. Haûy, Latreille, Thouin , Royer, Dufresne^ Yan Spaendonk et Lucas, ont été appelés dans un autre monde où la reoonnaiftsanoe des hommes aepênt parvenir juaqu'àeiii. Pendant notre sèjoui'àParis, en nous réclamant de M. Guvier, nous étions admis la nuit comme le jour au Jardin des Plantes, comme si nous eussions été au nombre de ses habitans. Il a bien changé depuis cette époque , et maintenant que le grand homme qui éuiit Vame de ce beau séjour n'eadate phis, je cherche vainement k le voir avec les mêmes yeux qu^utrafois. Pendant mon dernier voyage » il n'y a pas jusqu'aux employés inférieurs que j'avais connus anciennement, qui , après les premières civilités d'usage, n'aient déploré en ma présence la mort de leur iltîistre dief, en termes où se peignait la douleur la plus sincère.