‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 4 sur 53 · PREMIERE PARTIE. I I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. I I

fleur favorite, ii Mais la sage mère ne borna pas sa tendresse aux soins que réclamait la santé de son fils ; elle se consacra tout entière à former son esprit , et fournil une nouvelle preuve de l'influence c^ue les premières leçons maternelles ont sur Texistence future d'un enfant. Elle le guidait dans ses deyoirs religieux, et lui apprit à lire couramment à l'âgOide quatre ans. Chaque matin , elle le conduisait à l'école élémentaire ; et bien qu'elle ne sût pas le latin, elle lui faisait répéter si soigneusement ses leçons, qu'il y arrivait toujours mieux préparé, qu'aucun autre de ses camarades. Ce fut elle aussi qui lui fit apprendre le dessin sous son inspection, et qui, en lui mettant sans cesse entre les mains les meilleurs ouvrages d'histoire et de littérature générale, développa cette passion pour la lecture , cette soif ardente de connaissances qui devint le principal ressort de son existence intellectuelle. Lorsque le jeune Cuvier eut fait quelques progrès dans le dessin, il fut placé sous la direction d'un de ses parens , architecte de la ville de Montbéliard. Il passa successivement par tous Iw exercices de l'école, en retenant avec la plus grande facilité le catéchisme ordinaire , les psaumes de David , les

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soDoets de Drelincoiirt , etc. A Tâge de dix ans, on le fit entrer dans un établissement d'un ordre plus élevé, appelé Gymnase, où , pendant l'espace de quatre ans, il s'instruisit dans toutes les branches de connaissances qu'on y enseignait, jusqu'à la rhétorique inclusivement. Il apprit sans difficulté le latin et le grec , et se maintint constamment en tète de ses condisciples dans les classes d'histoire , de géographie et de mathématiques. Dès les premières années de sa vie , l'histoire du genre humain devint pour lui l'objet de lapplication la plus infatigable ; et de longues h'stes de souverains , de princes , de faits chronologiques , une fois entrées dans sa mémoire , n'en sortirent jamais. Il se plaisait également à réduire sur une très -petite échelle des cartes qu'il distribuait ensuite à ses camarades. L'amour de la lecture allait si loin chei lui que sa mère , craignant l'effet d'une application aussi soutenue, l'obligeait souvent h prendre quelques divertissemens. On le voyait alors porter dans ses jeux la même ar*déur qu'il avait pour l'étude. Ce fut à cet âge que son goût pour l'histoire naturelle se révéla à la vue d un Gesner orné de planches coloriées , qui existait dans la bibliothèque

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dti Gymnase, et pendant les fréquentes visites qu'il faisait à Tun de ses parens qui possédait un exemplaire complet de Buffon. Doué d'une mémoire qui retenait tout ce qu'il voyait ou lisait , et qui ne l'abandonna à aucune époque de sa carrière , il devint , à douze ans , aussi familier avec les quadrupèdes et les oiseaux qu'un naturaliste de premier ordre. Il copiait les planches de l'ouvrage de Buffon et les enluminait soit avec des couleurs, soit avec des morceaux d'étoffe qu'il découpait et fixait ensuite sur le papier. On ne le rencontrait jamais sans qu'il n'eût sur lui un volume de ce dernier auteur qu'il lisait et relisait sans relâche; souvent même , dans la classe , il partageait son attention entre les pages de Buffon et les auteurs latins qu'on expliquait. L'admiration qu'il éprouvait à cette époque de sa jeunesse pour son illustre prédécesseur dura autant que sa vie, et il n'omit jamais aucune occasion de l'expri* mer en public , ou dans ses entretiens particuliers. Les charmes du style de Buffon firent toujours sur lui la plus vive impression , et il ressentait pour cet écrivain une sorte de reconnaissance, non-seulement pour le zèle qu'il avait déployé en faveur de l'histoire naturelle ,

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OU pour les joaîssàoces qu'il lui avait procurées pendant ses jeunes années, mais encore à cause des prosélytes qu'il avait gagnés à la science parla magie de son langage. Lorsque le disciple fut devenu à son tour un grand maître, me trouvant un jour profondément occupée d*un passage de Buffon, M. Cuvier m'expliqua quelles avaient été ses sensations en le lisant pour la première fois y et ajouta qu'elles ne s'étaient pas affaiblies dans un âge plus mûr, et que forcé , dans Tin* térèt de la science , de relever quelques erreurs commises par ce grand naturaliste, il n'avait jamais cessé dé l'admirer et de témoigner hautement son admiration.

Les premiers indices du talent que devait montrer plus tard M. Cuvier comme législateur, commencèrent à paraître dès l'âge de quatorze ans. Il choisit à cette époque un certain nombre de ses condisciples, et les constitua en une acadéilfiie dont il fut nommé président. Il en arrêta les statuts, et fixa le jour des séances au jeudi de chaque semaine à une heure déterminée. Là, assis sur le pied de son lit , tandis que ses jeunes collègues étaient rangés autour d'une table, il faisait lire quelque ouvrage, soit d'histoire naturelle, soit de philosophie ou d'histoire ou de

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voyages ; puis od se livrait à des discussions sur l'objet de la lecture ; chacun présentait ses réflexions ; après quoi, lejeude président faisait un résumé y et prononçait une espèce de jugement dont les conclusions étaient toujours unanime-^ ment adoptées par ses camarades. M. Guvier possédait déjà à un degré remarquable Tart du débit ; et il en donna une preuve lors de l'anniversaire de la fête du souverain du pays, le duc Charles de Wurtemberg , en composant sur la prospérité dont jouissait la principauté de Montbé- Hardy un discours en vers qu'il prononça avec un aplomb qui surprit tous ses auditeurs. De mèiue que la plupart des jeunes gens de Montbé* liard que leurs talens en rendaient dignes et qui n'avaient point de fortune, on le destinait à l'Église. Il existait à Tubingen une école libre qui avait été fondée en faveur des jeunes gens de cette classe, et où ils recevaient une éducation complète. Mais le chef du Gymnase qui ne pardonnait point à G. Cuvi€^ quelques épigrammes dont il s'était senti blessé , changea sa destinée en n'accordabt que le troisième rang à sa composition 9 lotsque les élèves présentèrent leurs productions pour obtenir les places vacantes. M. Cuvier arait la conscience que cette dernière

composition égalait celles qui jusque-là lui avaient presque coostammeot ?aiu la première place dans M^ classes; aussi cette partialité rindigna-t-elle, et il ne songea plus à Tubingen où il ne desirait se rendre que pour y trouver les moyens de continuer ses études : plus tard il se regarda comme très-heureux d'avoir éprouvé une injus* tice qui avait donné une direction si différente à sa carrière.

.Le duc Charles, oncle du roi actuel de Wurtemberg, informé des progrès.du jeune Cuvier, et frappé de Té loge qu'en faisait la princesse sa sœur, le fit paraître en sa présence, pendant un voyage qu'il faisait à Montbéliard. Après lui avoir adi'essé plusieurs questions et avoir examiné ses dessins, il déclara son intention de le prendre sous sa protection spéciale , et de lui faire terminer ses études à l'université de Stuttgard, dans l'académie fondée par lui sous le nom d'Académie Caroline. M. Cuvier n'avait alors que quatorze ans, mais les études préparatoires qu'il avait faites au Gymnase de Montbéliard l'avaient mis. à même de prendre place parmi les étudians les plus distingués de l'académie. Il quitta donc le toit paternel pour la première fois; on l'envoyait parmi des étran-

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gers^ sans qu'il eût aucune idée de rétablissement dont il allait faire partie : jusque dans se» dernières années, il répétait souvent qu'il ne pouvait se rappeler les trois jours que dura son voyage, sans éprouver un sentiment de frayeur. Il se trouva placé entre le chambellan et le secrétaire du duc qui , tous deux , lui étaient entièrement inconnus , et qui ne parlaient que Tallemand, languédont le pauvreenfant ne comprenait pas un seul mot. Son entrée à l'Académie Caroline eut lieu le 4 mai 1 7Ô4; et pendant les quatre années qu'il y passa, il apprit tout ce qu'on y enseignait dans les plus hautes classes, mathématiques, lois, médecine, administration , tactique , commerce , etc. Après une année d'études consacrées spécialement à la philosophie , il se décida pour la carrière de l'administration, qui, en Allemagne, embrasse les parties élémentaires et pratiques de la législation, les finances, la police, l'agriculture, la technologie, etc. La préférence qu'il accorda à l'administration , provenait principalement des facilités qu'elle lui offrait de cultiver l'histoire naturelle, d'herboriser, et de visiter les collections. Il profitait avec ardeur de toutes les occasions de se livrer à sa passion fuvorite^^

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Linné , Reiafaart, Muhr el Fabricius étaient l'objet de ses lectures oabituelles. Dans le cours de ses promenades , il rassembla un herbier considérable , et peignit , dans ses momens de loisir, une immense quantité d'injectés , d'oiseaux et de plantes, avec une fidélité et une correc* tion de dessin surprenante. Plus tard , quand chez lui le naturaliste fut parvenu à la perfection I il jetait souvent avec plaisir un coup d'œil sur ces dessins. Cette supériorité en toutes choses s'était manifestée de bonne heure , car dès sa plus tendre jeunesse, il possédait cette flexibilité de talent qui faisait l'ctonnement de tous ceux qui l'ont connu dans son 9ge mur. Il remporta phisieurs prix à . l'Académie , et fut promptement élevé au rang de cheualier (i), honneur qui ne s'accordait qu'à cinq ou six élèves' sur quatre cents que renfermait l'Acadé-

( i) Les chAvalien avaient une table séparée el jouissaient de beaucoup d'autres privilèges, comme étant sous la protection immédiate du grand-duc. Les leçons de M. Kilmeyer, le même qui reçut plus tard le uom die père de la philosophie de la nature, furent d'un grand secours à- M. Cutter, avec leqnel il étu(&ait; ce fut lui qui loi apprh idisséqutf, ainsi qu'à MM. Pfaffy Marscha II , Hartmann , etc. Ils formèrent une société d'histoire naturelle, et celui qui apportait le meilleur mémoire lors des réunions, recevait pour prix un beau dessin exéeuté par M. Cuvier.

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