PREMIÈRE PARTIE. I
mie. Neuf mois après son arrivée à Stuttgard , il remporta le prix de langue allemande.
Le jeune Cuvier pouvait aspirer par ses ialens ù remplir les plus hautes fonctions dans le gouvernement de son pays; mais la gène de sa famille ne lai permettait pag d'attendre encore deux ou trois ans l'emploi que le grand-duc lui destinait. Le désordre des finances de la France était tel alors , que le paiement de la pension de son père avait même été suspendu. Il se vit ainsi obligé d'entrer dans une carrière entièrement différente de celle vers laquelle le portaient son choix et les intentions de son souverain. Le duc Frédéric 9 qui commandait à Montbéliard pour son frère le duc Charles , s'étant retiré en Allemagne , M. Cuvier perdit en lui un de ses plus zélés protecteurs. Sans -espérance d'un arenir plus heureux, il se détermina à embrasser la profession de précepteur, idée avec laquelle il s'était familiarisé jusqu'à un certain point, attendu que Montbéliard, depuis l'époque où Paul I** y avait pris sa femme , four* nissait des instituteurs à toute la jeune noblesse de Russie. Il ne se seatait néanmoins aucun désir de se rendre dans le Nord, sa poitrine, naturellement délicate , s'étant encore affaiblie par
suite de ses études assidues ; il accepta donc un emploi de précepteur en Normandie. Cette résolution fut regardée par ses amis, qui connaissaient ses talens extraordinaires et les honneurs qu'ils lui avaient déjà valu , comme un parti désespéré. Mais il devait prouver de nouveau que ce qui nous paraît au premier coup d'œîl une sévère infortune, devient souvent, pour rhomme de génie , une source de succès et de gloire; car, obligé en quelque sorte d'accepter des fonctions qui paraissaient au - dessous de lui, M. Guvier, en s y résignant, jeta les fondemensde cette renommée cosmopolite qui devait marquer sa «arrière. Nous allons maintenant le voir arriver à Caen, au mois de juillet 178Ô, et entrer dans une famille protestante pour faire l'éducation d'un fils unique : il possédait déjà, quoique n'ayant pas encore atteint sa dix»neuvième année , cette variété et cette profondeur de connaissances qui devaient en mûrissant le rendre un savant illustre; il apportait en même temps de TAllemagne cet amour du travail , cette puissance de réflexion , cette persévérance et cette droiture de caractère dont il ne dévia jamais. A ces bases vraiment admirables de sa gloire future, il ajouta