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de relever les établissemens littéraires détruits par la révolution. Ses amis pensaient avec raison qu'il y trouverait facilement une place. M. Cuvier, déterminé par cet espoir, se rendit à Paris au printemps de 1796^ et secondé par AL Millin, il fut aussitôt nommé membre de la commission des arts, et peu après, professeur à l'école centrale du Panthéou. Il composa pour cette école son Tableau élémentaire de V Histoire Naturelle des animaux , ouvrage qui renferme le premier travail méthodique qui ait jamais été publié sur les vers. Dès cette époque , le but de son ambition était d'être attaché au Muséum d'histoire naturelle , dont les vastes collections pouvaient seules le mettre à même de réaliser ses projets scientifiques. Quelque temps après son arrivée dans la capitale, M. Mertrud fut nommé à la chaire d'anatomie comparée , qui venait d'être créée au Jardin des Plantes; et, se trouvant trop avancé en âge pour se livrer à une étude qui jusque-là lui était demeurée étrangère, il consentit, à la demande de ses collègues , surtout de MM. de Jussieu , Geoffroy et Lacépède , à associer M. Cuvier aux travaux de sa place. C'était là précisément ce que désirait M. Cuvier; et il ne fut pas plus tôt établi au
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Jardin des Plantes en qualité de suppléant de M. Mertrud, au mois de juillet 1795, qu'il fit venir son père, alors âgé de près de quatrevingts ans, et son frère, M. Frédéric Cuvier; sa mère avait terminé sa* carrière en 1 793. A partir de ce moment , M. Cuvier commença la magnifique collection d'anatomie comparée si admirée aujourd'hui par tout le monde savant. Il existait, dans les magasins du Muséum, quatre ou cinq squelettes en mauvais état rassemblés par Daubenton. M. Cuvier les prit tels qu'ils étaient, et en fit le noyau de sa collection^ qu'il travailla sans reiftche à augmenter : aidé par quelques professeurs, contrarié par d'autres, il lui donna bientôt un tel degré d'importance qu'il devint impossible de jeter aucun nouvel obstacle sur sa route. JNi devoirs d'aucune espèce, ni fonctions législatives ^ ni chagrins, ni absences, ne le détournèrent jamais du but qu'il s'était proposé , et cette collection créée par lui, restera l'un des plus nobles monumens élevés à sa mémoire .
L'Institut national fut créé en 1 796, et M. Cuvier, qui n'était encore connu que par ses Mémoires scientifiques et ses rapports avec les savans, surlout avec Lacépèdeel Daubenton, devint
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uo de ses premiers membres. Il fut le troisième secrétaire de cet illustre corps qui, à cette époque, renouvelait ses bureaux tous les deux ans.
Au printemps de Tannée 17981 M. Berthollet ayant été chargé par Bonaparte de choisir les savans qui devaient accompagner l'expédition d'Egypte, proposa à M. Cuvier d'être du nombre: Il refusa cette offre, dans la conviction qu'il servirait mieux les intérêts de la science en restant au milieu des collections chaque jour croissantes du Muséum , qu'en entreprenant un voyage , dût ce voyage ^re couronné de succès. Il se félicita toujours d'avoir pris ce parti , dont personne n'essaiera, sans doute, de contester la sagesse.
Peu de temps après cet incident , M. Dnméril , un ties élèves de M. Cuvier, qui avait suivi le plus assidûment ses cours, lui demanda la permission de publier les notes qu'il avait prises sur ses leçons. M. Cuvier pensa que cet ouvrage serait nécessairement très-imparfait, et préféra le refondre en entier en se chargeant des articles généraux et philosophiques, et de la partie du cerveau et des organes des sens.
M. Duméril s occupa principalement de la myologie et de la zoologie. Les deux premiers vo-
a8 MÉMOIRES SUR M. CUTIER.
lûmes des Leçons (Tanatomie comparée parurent en 1800 et obtinrent un éclatant succès, malgré quelques erreurs que M. Cuvier reconnut et corrigea plus tard; car, doué de cette candeur qui caractérise toujours le vrai savoir et les hommes qui préfèrent les intérêts de la science à une renommée passagère, il n'hésitait jamais à avouer et rectifier les fautes qu'il avait pu com^ mettre, qualité rare qui brillait dans sa conduite privée aussi bien que dans ses actions publiques. Les matériaux des leçons d'anatomie en question avaient été ^urni par cette collection dont j'ai parlé, qui était alors dans l'enfance, et qui s'accrut au centuple par les soins et les travaux de M. Cuvier. Ceux qui ont attaqué ces premiers volumes ont été obligés de reconnaître qu'ils n'auraient pu se livrer à ces critiques sans la loyauté de l'auteur lui-même , qui mettait tous ses matériaux à leur disposition , dût-il en résulter pour lui d'être convaincu des erreurs qui lui étaient échappées, et qui n'étaient dues qu'à l'état imparfait de la collection à cette époque. Les trois derniers volumes, qui sont beaucoup plus complets et plus méthodiques que les deux premiers , furent publiés en i8o5 par les soins de M. Duvernoy ; mais le second volume, malgré
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ses imperfections , est celui que M. Cûvior regarda toujours comroele plusintéressant de tous. • Revenons à Tannée 1800, dans le cours de laquelle mourut le célèbre collègue de Buffon ( M. Daubenton ) , dans un âge extrêmement avancé. M. Cuvier fut nommé à la place qu'il laissait vacante au collège de France, et ou* vrit un cours d'histoire naturelle , tout en continuant ses leçons d'anatpmîe comparée au Jardin des Plantes (1). En prenant possession de cette nouvelle chaire, il donna sa démission de celle qu'il occupait à l'école centrale du Panthéon. En 1800 9 le premier consul, qui aspirait en même temps à la gloire
(i) La lettre tui vante, qu'écrivait M. Ctivier à feu H. Hermann, peut donner une idée approiimative des avantagei pécuniaires qui étaient alors attachés à la carrière des sciences.
« Mon cher et savant confrère , ( x 800.)
« Ne voua imaginez pas que Paria soit si fort favorisé ; on doit douze mois an Jardin des Plantes, et a tous les élablissemens nationaux d*int" traction publique de Paris comme k ceux de Strasbourg ; et si nous portons envie aux éléphans, ce n'est pas parce qu'ils sont mieux payés que doos, mais parte que, s'ils vivent comme nous à crédit, du moins ils ne le savent pas et n'en ont par conséquent pas le chagrin. Vous savez qu'on dit des Français, qu'ils chantent quand ils n'ont pas d'argent. Nous' autres savans, qui ne sommes pas musiciens , nous faisons de la science au lieu de chanter, et cela revient
5o MÉMOIRES SUR M. CUTIER.
civile et à la gloire militaire , se fit nommer président de rinstitut, ce qui mit M. Cuvier en rapport direct avec lui. En 1802, Bonaparte le désigna pour être l'un des six inspecteurs généraux chargés de créer des lycées dans trente villes de France. Eiï cette qualité , M. Cuvier fonda ceux de Marseille , de Nice et de Bordeaux, et profita de son séjour dans la première de ces villes pour continuer ses observations sur les animaux marins. Pendant son absence de Paris 5 rinstitut subit un changement de forme; les places de secrétaires furent déclarées perpétuelles (i). M. Cuvier fut élu à celle de la sec* tion des sciences naturelles, qu*il a remplie avec * honneur jusqu'au jour de sa mort. Par suite de
au même. Croyez-moi, mon cher confrère, la philosophie française Tant bien celle de Wolff et même celle de Kant, et vous êtes encore plus i même que nous de la mettre à profit , puisque vous pouvez encore acheter de beaux livres, et même des anatomies artificielles qui sont de vrais objets de luxe dans ce genre. Je ne' me suis point en-. Gore occupé de Poli. Je remets cette étude au moment où je voudrai publier mon Histoire Anatomique des animaux à sang blanc. Il n*j en a encore i Paris qu'un exemplaire, que je sache; ainsi vous voyez que vous n*avez rien à nous envier.»
(x) Napoléon fixa le salaire des secrétaires perpétuels de rinstitut à 6,000 fr. ; et comme on lui faisait observer que c'était trop , il répondit : « Un secrétaire perpétuel doit être i même de recevoir à sa table tous les savans étrangers qui visitent la capitale. ■
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cette DOinination, il abandonna ses travaux d'ins» pecteur général.
Le père de M. Guvier étant mort des suites d'une chute peu de temps après son arrivée à Paris 5 et sa betle-soaur ayant succombé dans la première année de son mariage, en donnant le joar à un fils y les deux frères restèrent seuls. Cet état d'isolement fit naître cbes M. Guvier le désir de se donnier une compagne. Il épousa, en r8o3, la veuve de M. Duvaucel, l'un des fermiers-généraux qui ont périsur Téchafauden 1793. L'intérêt n'entra pour rien dans cette union, car la révolution avait entièrement dépouillé madame Duvaucel de sa fortune , et elle n'apportait en dot que les quatre enfans (i)qu 'elle avait eus de son premier mari ; mais M. Guvier ne s'était pas trompé sur la route à suivre pour arriver au bon- Ci*) I>eox de ces râ£uis n'existent plus : Tun a été assassiné en Portngal pendant la retraite de l'armée française en 1809; Tautre a péri Tictime de son xele pour la science, après aroir donné de nombreuses preures de talent et de courage, en voyageant pendant quatre ans pour le Muséum de Paris , dans Tlndc et les îles de la Sonde. Il mourut a Madras, dans la force de Tàge, emportant les regrets de tous eeux qui Tavaient connu. Des deux survi?ans, le premier occupe un emploi élevé dans radmioistration des douanes i Bordeaux ; la seconde, que M. Curier chérissait comme sa propre fille, a eu le bonheur d'adoucir ses derniers momens, et 'forme aujourd'hui Tunique consolation qu'ait sa mère dans son infortune.
3a UÉMOiaSS SUR M. GUVIER.
heur domestique : il trouva dans la compagoe qu'il avait choisie la réunion des plus rares qualités du cœur et de l'esprit, une amie fidèle qui adoucit ses peines secrètes en les partageant, et qui sut embellir parles charmes de sa conversation ces heures de relâche qu'il dérobait parfois aux importantes fonctions dont il était chaîné. De ce mariage il eut quatre enfans , qui tous lui ont été successivement enlevés; le premier mourut quelques semaines après sa naissance.
£n 1808, M. Cuvier rédigea, en qualité de -secrétaire perpétuel» un rapport sur les progrès des sciences naturelles depuis 1789. On n'attendait de lui qu'un simple rapport; mais sous ce titre modeste , le savant rapporteur donna l'un des plus lumineux traités qui aient jamais paru, véritable monument qui, c placé comme un phare entre deux siècles, montre à la fois et le chemin parcouru et la route à suivre (1).» Cet ouvrage fut officiellement présenté à l'empereur en conseil d'État. Cette même année, Napoléon créa rUniversilé impériale, et y attacha M. Cuvier avec le titre de conseiller à vie , fonction qui l'amena souvent en sa présence.
(i) M. le baron Pasquier.
t^UMlÉRE PARTIE. 33
En 1 809 et 1 81 O9 M. Guvier reçut^ eo sa qualité de conseiller de l'Université , la mission d'organiser les académies des États d'Italie qui Tenaient d'être annexés à l'Empire. Les dispositions qu'il prit à Turin, Gènes et Pise, ont été conservées par les souverains de ces pays lorsqu'ils rentrèrent en possession de leur pouvoir.
En 1811, parut l'un des plus importans travaux de M. Cuvier, ses Recherches sur les os^ semens fossiles , ouvrage qui a jeté un nouveau jour sur l'histoire de la création , et opéré une révolution complète dans l'étude de la géologie. Il reçut, dans cette même année, l'ordre de créer des académies en Hollande et dans les villes anséatiques.La plupart des règlemens qu'il établit à cette occasion, ont survécu à la domination française. Les rapports qu'il envoya de Hollande méritent une attention pa^rticulière : il y exposait les véritables causes de l'infériorité de ce pays dans les études classiques , en montrant que le dégoût qui s'emparait souvent des élèves tenait au peu de variété et à l'insuffisance dés alimens offerts à l'activité de leur esprit. L'instruction du peuple attira également son attention dans ces divers pays, et fut pour lui un objet constant
de méditation.
34 MÉMOIRES SUR M. CIJflER*.
Pendant son séjour à Hambourg, M. Cuvier reçut inopinément de l'Empereur le titre de chevalier, transmissible à ses descendaps. Mais
il nie jouit pas long*temps de Tespoir que sa postérité hériterait de «es honneurs; car, après avoir perdu , en 1 8 1 9 , une fille &gée de quatre ans , la mort enleva, en i8i3, son fils alors dans sa septième année* Cette perte fit sur lui une impression que les années n'efiacèrent jamais en*tièrellient de son cœur ; long<»tcmps après cet événement, il ne pouvait voir un enfant du même âge sans éprouver une émotion pénible , qu'il ne cherchait pas à cacher aux personnes de sa famille ou à ses amis intimes. Souvent, en se promenant avec ses filles , il s'arrêtait devant les groupes de petits garçons dont les jeux lui rappelaient son fils (i). Qet enfant mourut pendant que M. Cuvier remplissait la mission d'organiser l'université de Rome. Oo pourrait s'étonner qu'un .protestant eût été chargé
(t) En 1 83o » diz-iept «os après octte perle , lorsqve M. GuTÎer ▼isita rAngIsterre» jeme fis ac<9>mpago r par mon fib dans une vi- ' site que je lui rendis à l'hôiel qu'il habilait , oubliant Timpression que la vue de cet enfant pouvait produire sur lui. L*air dont il s'arrêta pour le eontempler un instant, et la tendresse mélanoolique avec laquelle il Tembrassa, ne sertiront jamais de ma mémoire