‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 9 sur 53 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de cette organisatioa dans la capitale des États de l'Église ; mais M. Guvier , par la modération de sa conduite, satait faire oublier sa croyance à ceux qui ne la partageaient pas. Sa tolérance envers toutes les doctrines religieuses émanait de la conscience , et rien n'était plus éloigné de son caractère que de blesser, par aucun de ses actes, les sentimens de ceux avec qui il se trouvait en rapport. Pendapt que ces travaux le retenaient à Rome, Napoléon le nomma, de son propre mouvement, maître des requêtes au conseil d'État , honneur dont il re^ çut la première nouvelle par k Moniteur, Cette distinction flatteuse était due à la connaissance personnelle que l'empereur avait acquise des talens administratifs de M. Guvier, que ses fonctions universitaires mettaient souvent en contact avec lui , et , sans doute aussi , aux rapports que le grand-maître , M. de Pontanes, avait fait de ses travaux. Yers la fin de l'année i8i3, l'empereur Remploya d'une manière qui mon* trait toute Testime qu'il faisait de sa personne. M. Cuvier fut nommé commissaire^impérial extraordinaire , et chargé d'organiser, sur la rive gauehe du Rbin, des moyens de défense contre les troupes étrangères , qui étaient à la veille

d'entrer sur le territoire de la France. Sa mission l'envoyait jusqu'à Mayence ; mais il fut ar* rèté à Metz par l'approche des alliés, et obligé de revenir sur ses pas.

Les évènewens de 1814 éclatèrent au moment où l'empereur venait de lui donner une marque de faveur encore plus honorable, en lui conférant le titre de conseiller d'État. Son entrée définitive au conseil éprouva néanmoins un retard de quelques mois ; mais Louis XYIII , qui savait apprécier le mérite, ratifia sa nomination 9 et dès le mois de septembre de la même année, il fut employé en qualité de commis- .saire du roi. Ces distinctions peuvent ètreattribuéesy jusqu'à un certain point, à la connaissance qu'il fit de l'abbé de Montesquiou , auquel il fut présenté par MM. Royer-Collard, Becquey, Talleyrand , et Louis, qui étaient liés avec ce ministre, et qui lui fournirent ainsi I occasion d'utiliser les talens de M. Cuvier.

Le retour de Napoléon dépouilla, pour quelque temps, le nouveau conseiller de sa dignité, mais il conserva sa place dans l'université impériale. Lorsque l'ouragan des cent-jours fut passé, on jugea nécessaire de refondre sur un nouveau plan les universités du royaume , et de confier

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ce travail à une coiumissioa provisoire. Oa créa^ en conséquence, un comité d'instruction publique , qui fut investi des pouvoirs exercés auparavant par le grand-maître , le conseil, le chan* celier, et le trésorier de l'université. M. Guvier fut nommé, à-la-fois^ membre et chancelier de ce comité, place qu'il conserva jusqu'à sa mort,' au milieu des circonstances les plus difficiles , et malgré les résistances de toute nature que sa qualité de protestant suscitait contre lui. La tendance jésuitique des hommes alors au pouvoir augmentait les difficultés que le sage éprouve de tout temps à faire le bien ; et l'on jugera facilement combien la situation était plus délicate et les obstacles plus nombreux, pour un homme dont la croyance différait de la religion dominante. .

Ceux qui ne connaîtraient pas les premières années de M. Cuvier, pourraient trouver extraordinaire que des fonctions de celte nature fussent confiées à un naturaliste de profession ; mais on doit remarquer qu'il ne faisait que suivre la carrière hors de laquelle l'avaient jeté les évènenlens politiques. Il avait seulement changé de maître, et était devenu conseiller d'État d'un monarque puissant, an lieu de l'èlre d'un petit

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souTeraio, A partir de ce moment , il prit une part très active , non pas précisément aux mesures politiques proprement dites , auxquelles il demeurait voloatairement étranger autant que possible, mais aux projets de lois et aux matières législatives, qui étaient spécialement du ressort du comité de l'intérieur. Il fut souvent choisi pour remplir les fonctions de commissaire du roi j et soutenir la discussion des lois nouvelles devant les deux Chambres.

Dans les premières années de la restauration, la direction à vie du Muséum d'histoire naturelle fut deux fois offerte è M. Cuvier, mais il refusa constamment cette place, croyant beau* coup plus faTorable aux progrès de la science le mode d'administration actuelle, d'après lequel un directeur choisi par les professeurs de l'établissement est élu chaque année..

La seconde édition des Recherches, sur les ossemerisJbssUes fut publiée en 1 8 1 7, accompagnée d'un Discours préliminaire qui , depuis, a été réimprimé à part un grand nombre de fois. La même année parut le Règne animal^ ouvrage dans lequel toutes les branches de la Eoologie se t)rouvent classées d'après leur organisation. En 1818 , M. Guvier fil un voyage en Angle-

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terre avec sa famille et son secrétaire, M. Laurillard. II employa les six semaines qu'il resta à Londres à visiter tout ce qui méritait d'attirer son attention. Dans une conversation qu'il eut avec le roi Georges lY sur l'histoire naturelle en Angleterre, il dit à ce pjince que, si toutes les collections particulières de Londres étaient réunies, elles formeraient le plus beau muséum que possédât aucune autre nation. A cette épo« que avaient lieu les élections de Westminster, et H. Cuvier rappela souvent, parla suite ^ le plaisir qu'il avait éprouvé à y assister chaque jour. Ces orgies de la liberté étaient alors inconnues en France , et ce devait être un spectacle curieux pour un homme aussi profondément observateur, que de voir et d'entendre nos orateurs haranguer, de toute la force de leurs poumons, la populace qui les accablait de boue, de choux, d'oeufs, etc. M. Cuvier put voir entre autres, sir Murray Maxwell , couvert d'un brillant uniforme et décoré de tous ses ordres, adressant des flat«teries à la foule, qui lui répondait par des injures, et lui jetait à la tête tout ce que le règne végétal pouvait lui fournir de projectiles* Ces scènes remarquables ne s'effacèrent jamais de la mémoire

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de M. Cuvier, qui les racontail souvent avec une extrême chaleur.

Son voyage en Angleterre avait pour but»

d'abord d'étudier , sur les lieux, le mécanisme de notre gouvernement représentatif qu'il ne connaissait encore qu'en théorie. Il puisa sur ce sujet f dans la conversation de plusieurs de nos hommes d'Etat, et dans ses propres obser* vations , des idées claires et précises qu'il sut par la suite mettre à profit dans ^s travaux. C'était un fréquent sujet d'étonnement pour mes* concitoyens eux-mêmes, de le Toir connaître si bien nos institutions , leurs dépenses , l'époque de leur formation et les cbangemens qu'elles ont subis. L'autre but du voyage de M. Guvier était d'une nature scientifique, et j'ajoute avec plaisir, qu'il parla toujours avec reconnaissance de l'accueil qui lui avait été fait. Les facilités que lui avaient fournies nos savans et nos ministres^ les communications confidentielles qu'il avait reçues y l'empressement avec lequel tout avait été mis à sa disposition , étaient pour lui d'agréables souvenirs qu'il aimait à rappeler. Il passa quelques jours i Oxford, accompagné du docteur Leach , conservateur du Mu^

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