‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 10 sur 62 · PREMIÈRE PARTIE. 2Q · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 2Q

ses imperfections, est celui que J\!. Cuvier regarda toujours commele plusint.éressant de tous. Revenons à l'année 1800, dans le cours de laquelle mourut le célèbre collègue de Buffon (M. Daubenton ) , dans un âge extrêmement avancé. M. Cuvier fut nommé à la place qu'il laissait vacante au collège de France, et ouvrit un cours d'histoire naturelle , tout en continuant ses leçons d'anatomie comparée au Jardin des Plantes (1). En prenant possession de cette nouvelle chaire, il donna sa démission de celle qu'il occupait à l'école centrale du Panthéon. En 1800, le premier consul, qui aspirait en même temps à la gloire

(1) La lettre suivante, qu'écrivait M. Cuvier à feu M. Hermann, peut donner une idée approximative des avantages pécuniaires qui étaient alors attachés à la carrière des sciences.

« Mon cher et savant confrère , ( 1800.)

« Ne vous imaginez pas que Paris soit si fort favorisé; on doit douze mois au Jardin des Plantes, et à tous les étahlissemeiis nationaux d'instruction publique de Paris comme à ceux de Strasbourg ; et si nous portons envie aux éléphans, ce n'est pas parce qu'ils sont mieux payés que nous, mais parce que, s'ils vivent comme nous à crédit, du moins ils ne le savent pas et n'en ont par conséquent pas le chagrin. Vous savez qu'on dit des Français, qu'ils chantent quand ils n'ont pas d'argent. Nous autres savans, qui ne sommes pas musiciens, nous faisons de la science au lieu de chanter, et cela revient

civile et à la gloire militaire , se fit nommer président de l'Institut , ce qui mit M. Cuvier en rapport direct avec lui. En 1802, Bonaparte le désigna pour être l'un des six inspecteurs généraux chargés de créer des lycées dans trente villes de France. En cette qualité , M. Cuvier fonda ceux de Marseille, de Nice et de Bordeaux, et profita de son séjour dans la première de ces villes pour continuer ses observations sur les animaux marins. Pendant son absence de Paris, l'Institut subit un changement de forme; les places de secrétaires furent déclarées perpétuelles (1). M. Cuvier fut élu à celle de la seclion des sciences naturelles, qu'il a remplie avec honneur jusqu'au jour de sa mort. Par suite de

au même. Croyez-moi, mon cher confrère, la philosophie française vaut bien celle de Wolff et même celle de Kaut, et vous êtes encore plus à même que nous de la mettre à profit , puisque vous pouvez encore acheter de beaux livres, et même des anatomies artificielles qui sont de vrais objets de luxe dans ce genre. Je ne me suis point encore occupé de Poli. Je remets cette étude au moment où je voudrai publier mon Histoire Anatomique des animaux à sang blanc. Il n'y en a encore à Paris qu'un exemplaire, que je sache; ainsi vous voyez que vous n'avez rien à nous envier.»

(1) Napoléon fixa le salaire des secrétaires perpétuels de l'Institut à 6,000 fr. ; et comme on lui faisait observer que c'était trop, il répondit : << Un secrétaire perpétuel doit être à même de recevoir à sa table tous les savans étrangers qui visitent la capitale. »

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