‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 11 sur 62 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cette nomination, il abandonna ses travaux d'inspecteur général.

Le père de M. Cuvier étant mort des suites d'une chute peu de temps après son arrivée à Paris, et sa belle-sœur ayant succombé dans la première année de son mariage, en donnant le jouràunfils, les deux frères restèrent seuls. Cet état d'isolement fit naître chez M. Cuvier le désir de se donnerune compagne. Il épousa, en i8o3, la veuve de M. Duvaucel, l'un des fermiers-généraux qui ont péri sur l'échafaud en 1793. I/intérôt n'entra pour rien dans cette union, car la révolution avait entièrement dépouillé madame Duvaucel de sa fortune , et elle n'apportait en dot que les quatre enfans (1) qu'elle avait eus de son premier mari ; mais M. Cuvier ne s'était pas trompé sur la route à suivre pour arriver aubon-

( 1) Deux de ces enfans n'existent plus : l'un a été assassiné en Portugal pendant la retraite de l'armée française en 1809; l'autre a péri victime de sou zèle pour la science, après avoir donné de nombreuses preuves de talent et de courage, en voyageant pendant quatre ans pour le Muséum de Paris , dans l'Inde et les îles de la Sonde. Il mourut à Madras, dans la force de l'âge, emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient conuu. Des deux survivans, le premier occupe un emploi élevé dans l'administratiou des douanes à Bordeaux ; la seconde, que M. Cuvier chérissait comme sa propre fille, a eu le bonheur d'adoucir ses derniers momens , et forme aujourd'hui l'unique consolation qu'ait sa mère dans son infortune.

Ô-2 MEMOIRES SUR M. CUVIE!1..

heur domestique : il trouva dans la compagne qu'il avait choisie la réunion des plus raresqualités du cœur et de l'esprit, une amie fidèle qui adoucit ses peines secrètes en les partageant, et qui sut embellir parles charmes de sa conversation ces heures de relâche qu'il dérobait parfois aux importantes fonctions dont il était chargé. De ce mariage il eut quatre enfans , qui tous lui ont été successivement enlevés; le premier mourut quelques semaines après sa naissance.

En 1808, M. Cuvier rédigea, en qualité de secrétaire perpétuel, un rapport sur les progrès des sciences naturelles depuis 1789. On n'attendait de lui qu'un simple rapport; mais sous ce titre modeste , le savant rapporteur donna l'un des plus lumineux traités qui aient jamais paru, véritable monument qui, « placé comme un phare entre deux siècles, montre à la fois et le chemin parcouru et la route à suivre (1).» Cet ouvrage fut officiellement présenté à l'empereur en conseil d'État. Cette même année, Napoléon créa l'Université impériale, et y attacha M. Cuvier avec le litre de conseiller à vie , fonction qui l'amena souvent en sa présence.

(1) M. le baron Pasquier.

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