PREMIÈRE PARTIE
de relever Jes établisse en eus littéraires détruits par la révolution. Ses amis pensaient avec raison qu'il y trouverait facilement une place. M. Cuvier, déterminé par cet espoir, se rendit à Paris au printemps de i"95, et secondé par M. Millin , il fut aussitôt nommé membre de la commission des arts, et peu après, professeur à l'école centrale du Panthéon. Il composa pour cette école son Tableau élémentaire de V Histoire Naturelle des animaux , ouvrage qui renferme le premier travail méthodique qui ait jamais été publié sur les vers. Dès cette époque, le but de son ambition était d'être attaché au Muséum d'histoire naturelle, dont les vastes collections pouvaient seules le mettre à même de réaliser ses projets scientifiques. Quelque temps après son arrivée dans la capitale, M. Mertrud fut nommé à la chaire d'analomie comparée , qui venait d'être créée au Jardin des Plantes; et, se trouvant trop avancé en âge pour se livrer à une étude qui jusque-là lui était demeurée étrangère , il consentit, à la demande de ses collègues , surtout de MM. de Jussieu , Geoffroy et Lacépède, à associer M. Cuvier aux travaux de sa place. C'était là précisément ce que désirait M Cuvier; et il ne fut pas plus tôt établi au
^6 MÉMOIRES SUR M. CLVIER.
Jardin des Plantes en qualité de suppléant de M. Mertrud , au mois de juillet 1795, qu'il fit venir son père, alors âgé de près de quatrevingts ans, et son frère, M. Frédéric Cuvier; sa mère avait terminé sa carrière en 1795. A partir de ce moment, M. Cuvier commença la magnifique collection d'anatomie comparée si admirée aujourd'hui par tout le monde savant. Il existait, dans les magasins du Muséum, quatre ou cinq squelettes en mauvais état rassemblés par Daubenton. M. Cuvier les prit tels qu'ils étaient, et en fit le noyau de sa collection, qu'il travailla sans relâche à augmenter : aidé par quelques professeurs, contrarié par d'autres, il lui donna bientôt un tel degré d'importance qu'il devint impossible de jeter aucun nouvel obstacle sur sa route. JNi devoirs d'aucune espèce, ni fonctions législatives, ni chagrins, ni absences, ne le détournèrent jamais du but qu'il s'était proposé, et cette collection créée par lui, restera l'un des plus nobles monumens élevés à sa mémoire.
L'Institut national fut créé en 1 796, et M. Cuvier, qui n'était encore connu que par ses Mémoires scientifiques et ses rapports avec les savans, surtout avec Lacépède et. Daubenton, devint
PEE.MIKRK PARTIE, in
un de ses premiers membres, ïl fut le troisième secretaire tie cet illustre corps qui , à cette époque, renouvelait ses bureaux tous les deux ans.
Au printemps de l'année 1798, M. Berthollet ayant été chargé par Bonaparte de choisir les savans qui devaient accompagner l'expédition d'Egypte, proposa à M. Cuvier d'être du nombre. Il refusa cette offre, dans la conviction qu'il servirait mieux les intérêts de la science en restant au milieu des collections chaque jour croissantes du Muséum , qu'en entreprenant un voyage , dût ce voyage être couronné de succès. Il se félicita toujours d'avoir pris ce parti , dont personne n'essaiera, sans doute, de contester la sagesse.
Peu de temps après cet incident , M. Duméril , un des élèves de M. Cuvier, qui avait suivi le plus assidûment ses cours , lui demanda la permission de publier les notes qu'il avait prises sur ses leçons. M. Cuvier pensa que cet ouvrage serait nécessairement très-imparfait, et préféra le refondre en entier en se chargeant des articles généraux et philosophiques, et de la partie du cerveau et des organes des sens. m. Duméril s'occupa principalement de la myologie et de la zoologie. Les deux premiers vo-
lûmes des Leçons d'anatomie comparée parurent en 1800 et obtinrent un éclatant succès, malgré quelques erreurs que M. Cuvier reconnut et corrigea plus lard ; car, doué de cette candeur qui caractérise toujours le vrai savoir et les hommes qui préfèrent les intérêts de la science à une renommée passagère, il n'hésitait jamais à avouer et rectifier les fautes qu'il avait pu commettre , qualité rare qui brillait dans sa conduite privée aussi bien que dans ses actions publiques. Les matériaux des leçons d'anatomie en question avaient été fourni par cette collection dont j'ai parlé, qui était alors dans l'enfance, et qui s'accrut au cenlupie par les soins et les travaux de M. Cuvier. Ceux qui ont attaqué ces premiers volumes ont été obligés de reconnaître qu'ils n'auraient pu se livrer à ces critiques sans la loyauté de l'auteur lui-même , qui mettait tous ses matériaux à leur disposition , dût-il en résulter pour lui d'être convaincu des erreurs qui lui étaient échappées, et qui n'étaient dues qu'à l'état imparfait de la collection à cette époque. Les trois derniers volumes, qui sont beaucoup plus complets et plus méthodiques que les deux premiers . furent publiés en i 8o5 par les soins de M. Duvernov ; mais le second volume, malgré