PREMIÈRE PARTIE
de cette organisation dans la capitale des États de l'Église ; mais M. Cuvier , par la modération de sa conduite, savait faire oublier sa croyance à ceux qui ne la partageaient pas. Sa tolérance envers toutes les doctrines religieuses émanait de la conscience , et rien n'était plus éloigné de son caractère que de blesser, par aucun de ses actes, les sentimens de ceux avec qui il se trouvait en rapport. Pendant que ces travaux le retenaient à Rome, Napoléon le nomma, de son propre mouvement, maître des requêtes au conseil d'État, honneur dont il reçut la première nouvelle par le Moniteur. Cette distinction flatteuse était due à la connaissance personnelle que l'empereur avait acquise des talens administratifs de M. Cuvier, que ses fonctions universitaires mettaient souvent en contact avec lui , et , sans doute aussi , aux rapports que le grand-maître , M. de Fontanes, avait fait de ses travaux. Vers la fin de l'année iSi5, l'empereur l'employa d'une manière qui montrait toute l'estime qu'il faisait de sa personne. M. Cuvier fut nommé commissaire-impérial extraordinaire , et chargé d'organiser, sur la rive gauche du Rhin, des moyens de défense contre les troupes étrangères, qui étaient à la veille
d'entrer sur le territoire de la France. Sa mission l'envoyait jusqu'à Mayence ; mais il fut arrêté à Metz par l'approche des alliés, et obligé de revenir sur ses pas.
Les évènemens de i8i-j éclatèrent au moment où l'empereur venait de lui donner une marque de faveur encore plus honorable , en lui conférant le titre de conseiller d'État. Son entrée définitive au conseil éprouva néanmoins un relard de quelques mois ; mais Louis XVIII , qui savait apprécier le mérite, ratifia sa nomination , et dès le mois.de septembre de la même année, il fut employé en qualité de commissaire du roi. Ces distinctions peuvent être attribuées, jusqu'à un certain point, à la connaissance qu'il fit de l'abbé de Montesquiou , auquel il fut présenté par MM. Royer-Collard , Becquey, Talleyrand , et Louis, qui étaientliés avec ce ministre, et qui lui fournirent ainsi l'occasion d'utiliser les talens de M. Cuvier.
Le retour de INapoléon dépouilla, pour quelque temps, le nouveau conseiller de sa dignité, mais il conserva sa place dans l'université impériale. Lorsque l'ouragan des cent-jours fut passé, on jugea nécessaire de refondre sur un nouveau plan les universités du royaume , et de confier