PREMIÈRE PARTIE. \ i
séum britannique , qui lui servit constamment de cicérone pendant son séjour en Angleterre , et il revint enchanté de cette ville, de ses beaux établissemens, et de l'accueil distingué qu'il y avait reçu. Madame Cuvier et ses filles le rejoignirent à Windsor , où, après avoir passé une journée à visiter le château , le parc, etc. , ils se rendirent, tous dans la soirée, chez sir William Herschell , qui les accueillit avec le plus vif empressement, et leur fit voir son gigantesque télescope. Malheureusement la nuit était trop obscure pour se servir avec succès de ce célèbre instrument. Une autre journée, que M. Cuvier se rappelait toujours avec plaisir, était celle qu'il avait passée avec sa famille chez sir Joseph Banks, à Spring-Grove, où sa réception eut presque l'air d'une fête champêtre. La seule chose à laquelIeM. Cuvier ne pouvait s'accoutumer en Angleterre était la longueur et la froideur de nos diners de cérémonie, ordinairement suivis de si longues séances à table ; il n'en parlait qu'avec une expression d'ennui qui se peignait jusque sur sa figure. A l'un de ces grands dîners chez sir Everard Home, la conversation tomba sur une question politique. Dans le cours de la discussion , il échappa de
f\1 MÉMOIRES SUR M. CUVIER.
dire à M. Cuvier : « Il serait bien facile de décider la question , si sir Everard voulait bien envoyer chercher dans sa bibliothèque le premier volume des Commentaires de Biackstonc. » — ( Monsieur, répondit sir Everard avec emphase , je n'ai dans ma bibliothèque aucun livre de cette espèce : Dieu merci, elle ne renferme que des ouvrages de sciences. » A quoi M. Cuvier répliqua avec calme : « L'un n'empêche pas l'autre. » Mais il ne put jamais se rappeler cette singulière prétention sans étonnement et sans être tenté d'en rire. C'est durant ce voyage en Angleterre qu'il fut nommé membre de l'Académie Française , distinction qu'il dut principalement au mérite littéraire des éloges prononcés par lui à l'Académie des Sciences. Son discours de réception est un bel exemple de son talent, comme écrivain. Vers la fin de 1818, le ministère de l'intérieur lui fut offert; mais les conditions politiques attachées à cette dignité ne lui permettant pas de l'accepter consciencieusement , il refusa cet honneur.
En j8iq, M. Cuvier fut nommé président du comité de l'intérieur au conseil d'Etat, place qu'il conserva sous tous les changemensde mi-