PREMIÈRE PARTIE
rent aucune interruption par suite de ce douloureux événement. Mais on pourra se faire une idée des sentimens qui déchiraient l'ame du malheureux père, en lisant une lettre insérée dans la seconde partie de ce volume.
L'année 1800 vit M. Cuvier reprendre sa chaire au collège de France, et ouvrir un cours sur l'histoire et les progrès de la science depuis son origine , qu'il continua jusqu'à ses derniers jours. 11 fit la même année un second voyage en Angleterre, et se trouvait sur la route de Londres lorsque la révolution de juillet éclata en France. Cette excursion à laquelle il se préparait depuis long-temps, avait pour but d'examiner de ses propres yeux quelques portions des richesses scientifiques de l'Angleterre ; mais après avoir obtenu un congé , il avait éprouvé un long retard par suite de la mort du savant M. Fourier, second secrétaire de l'Académie des Sciences, dont les fonctions étaient retombées sur lui, en attendant que la place fût remplie. Lors de la publication des fameuses ordonnances de Charles X et de ses ministres, un silence général régna dans le public, comme si le premier qui eût élevé la voix , eût dû mettre le feu à une traînée de poudre. M. Cuvier lui-
même, malgré son coup d'oeil perçant, partagea, dans cette circonstance, l'opinion générale , « que ce coup d'état amènerait un refus opi- « niâtre de payer l'impôt et quelques troubles «isolés, mais point de crise violente. » Séduit par la tranquillité profonde de la capitale, il partit au jour indiqué, et le soir de ce même jour, tandis qu'accompagné de sa belle-fille il poursuivait paisiblement sa route , on se fusillait à Paris. Ce fut seulement près de Boulogne que des Anglais qui avaient pris la fuite, les atteignirent et leur donnèrent quelques détails vagues sur ce qui'se passait. Ils se hâtèrent d'arriver à Calais , où ils devaient trouver des lettres de leur famille. Là, après deux jours de la plus vive anxiété, pendant lesquels ils formèrent vingt fois le projet de revenir sur leurs pas, et changèrent aussi souvent d'avis dans la crainte d'être retenus sur la route , ou de ne pouvoir rentrer à Paris avec un passe-port daté du mois de mai et un congé signé de Charles X , ils reçurent enfin des détails précis sur la révolution , et l'assurance que la tranquillité était rétablie. M. Cuvier avait si rarement la possibilité de s'absenter, son temps était si précieux, et les nouvelles qu'il venait de recevoir