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grand-maître n'eût pas eu la temps de préparer son discours , soit qu'il craignît de se montrer en cette circonstance, il pria M. Cuvier de le remplacer dans la cérémonie. Menacée comme l'était alors l'Université par l'inimitié d'un grand nombre d'hommes puissans , un seul acte de violence , une seule imprudence de la part des élèves eût entraîné sa chute; mais M. Cuvier affronta le danger avec son jugement et son énergie accoutumés : une demi-heure prise, la veille, sur ses travaux du soir, lui suffit pour composer un discours dont la lecture n'exigeait que quelques minutes. Le jour de la distribution des prix arriva , et les étudians parurent en manifestant les intentions les plus hostiles. La vue de M. Cuvier commença par apaiser leur irritation; ils gardèrent un respectueux silence ; la raison et la douceur de ses expressions achevèrent de rétablir la tranquillité : la distribution eut lieu ; et en plaçant les couronnes sur la tête de ses élèves , le maître dont la bienveillance venait de prendre tant d'empire sur ces jeunes esprits , leur parla comme un père à ses enfans. Au lieu du tumulte et de l'irritation qu'on redoutait, on n'entendit quedesapplaudissemens et des murmures de reconnaissance ; l'Université fut sauvée.
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Lors même que la place de grand-maître eût été une charge permanente, intention que le gouvernement d'alors exprima plus dune fois, M. Cuvier n'eût pu la remplir à cause de l'obstacle insurmontable que présentait sa religion; on le nomma en conséquence grand-maître à vie des Facultés protestantes. Cette nomination n'éprouva aucune opposition de la part des évêques catholiques, qui connaissaient le profond savoir de M. Cuvier dans les matières ecclésiastiques, et son esprit tolérant éloigné de toute mesure de rigueur. Il prit donc possession de cet emploi important à la satisfaction de la France entière, à l'exception pourtant de quelques fanatiques de sa propre croyance, qui contrarièrent , peut-être encore plus que les jésuites , ses vues éclairées , et se montrèrent plus qu'eux hostiles aux améliorations qu'il s'efforçait d'introduire. Son premier soin fut de créer un nouveau système propre à faire naître l'ordre et l'émulation , système qui , à la vérité, ne réussit pas toujours au gré de ses désirs, tant il est difficile de détruire chez les hommes peu éclairés les préjugés de parti et les idées enracinées depuis long-temps; mais il poursuivit avec persévérance le cours de ses tentatives, sans se laisser abattre par la non -réussite de
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plusieurs de ses projets, satisfait lorsqu'un seul était couronné de succès. Il croyait que la civilisation est le fruit de l'instruction , et la morale celui de la civilisation; que , par conséquent, l'instruction primaire devait donner aux classes inférieures tous les moyens d'exercer leur industrie sans les dégoûter de leur condition ; l'instruction secondaire agrandir leurs idées sans les rendre fausses ou présomptueuses; et l'instruction spéciale donner à la France des magistrats, des généraux , des médecins, un clergé et des professeurs tous distingués par leurs lumières ; en un mot , cette réunion d'hommes à sentimens élevés qui sont la gloire réelle et durable du pays qui les possède. On aimera sans doute à entendre M. Guvier exprimer luimême ses opinions à cet égard dans le passage suivant, que je dois à la bienveillance de M. Laurillard : « Donnez des écoles avant de donner des droits politiques; faites comprendre aux citoyens les devoirs que l'état de société leur impose; apprenez-leur ce que c'est que les droits politiques avant de les en faire jouir. Alors toutes les améliorations se feront sans secousse ; alors chaque idée nouvelle jetée en bonne terre aura le temps de germer, de croître
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et de mûrir sans causer des convulsions au corps social. Imitez la nature qui, dans le développement des idées, agit par gradations, et met le temps au nombre de ses élémens les plus puissans. L'enfant reste neuf mois dans le sein de sa mère, et l'homme n'est complètement formé au physique que de vingt à trente ans. 11 faut des siècles aux institutions pour qu'elles produisent tous leurs fruits , témoin le christianisme dont les effets ne sont pas encore tous accomplis inaltéré dix-huit cents ans d'existence. »
Les améliorations que fît exécuter M. Cuvier et dont je vais parler maintenant, font partie de ce plan général qu'il ne perdait jamais de vue. Les bâli-mens de l'ancien collège du Plessis où les Facultés étaient établies , se trouvant dans un étal général de dégradation, il obtint du gouvernement qu'elles seraient transportées à la Sorbonne : et, comme il était très-important que les cours ne fussent pas interrompus pendant cette translation , on le vit redoubler d'activité , visiter sans cesse l'architecte chargé des travaux , et ne mettre un terme à sa surveillance que lorsqu'ils furent achevés. La Faculté des Sciences doit à ses seules démarches Ses fonds qui lui ont été alloués pour la créa-