‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 29 sur 62 · TROISIÈME PARTIE. a · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. a

ment ; elle a déjà fait beaucoup et fera encore davantage , en appelant sur vous la bienveillante protection de l'Université. Vous voyez . mes enfans , que vous avez partout des bienfaiteurs et des amis. Mais, hélas! il n'est plus, celui qui tenait le premier rang parmi eux! Une mort prématurée t'a enlevé à la science, à la littérature, à vos frères, à nous, à tout le genre humain. Le monde savant tout entier déplore sa perte. Vous êtes trop jeunes, mes enfans, pour avoir entendu parler de lui dans votre village ; mais vous saurez que le grand homme qui s'efforçait de vous faire tant de bien, qui pensait sans cesse à vous, s'appelait Georges Cuvier. Rappelez-vous ce nom , faites-en mention chaque jour dans les prières que vous adressez au ciel. Il m'écrivait souvent : « Monsieur le recteur, ne perdez pas de vue notre école d'Anières-les-Bourges ; je vous en recommande les élèves comme mes frères , comme mes meilleurs amis. Inculquez en eux la soumission à leurs parens , le respect pour la propriété d'autrui, la candeur et la justice; que la bienveillance et l'affection régnent entre eux et les enfans qui habitent le même village, et qui. comme eux, vivent du travail des champs. Dieu

->Xil\ MÉMOIRES SUR M. GUVIER.

les aime et les protège tous avec une égale bonté ; il bénit de la même main la sueur de leurs fronts et leurs récoltes ; qu'ils se conduisent donc les uns envers les autres comme les enfans d'un môme père. »

« Ma conscience me dit qu'envers vous , mes enfans , et envers les jeunes gens confiés à mes soins, j'ai rempli mon devoir, et plus particulièrement les vues de votre protecteur, du grand homme dont nous pleurons la perte. Cette école est bien humble, ma voix est bien faible pour louer une telle vie. L'éloge de Georges Cuvier, qui était de la même religion que vous, paraîtra souvent dans vos livres, et sera prononcé par nos corps savans et par nos plus célèbres orateurs. Cependant une parole partant du cœur dite dans cette enceinte en mémoire de l'homme savant et vertueux qui nous était si cher, et qui a daigné su 'honorer de ses bontés, m'a paru n'être pas hors de propos ni sans intérêt; et c'est autant pour vous que pour moi que j'ai cru devoir vous parler de Georges Cuvier, et vous engager à vous souvenir de lui comme du plus zélé de vos bienfaiteurs. Que ce court éloge vous serve de leçon , et vous apprenne à être 1 ou jours reconnaissans envers ceux qui vous

Page 1