‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 30 sur 62 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

veulent du bien, et surtout envers ceux qui vous en font. »

Pendant sa direction des Facultés protestantes , M. Cuvier devint l'un des vice-présidens de la Société biblique , et fit établir cinquante nouvelles cures qui depuis long-temps étaient nécessaires. Les églises protestantes avaient également besoin de renouveler leurs réglcmens et leur discipline : pour atteindre ce but, M. Cuvier recueillit les avis des divers pasteurs de ces églises, accordant en cette matière, comme dans toutes les autres, beaucoup de confiance aux conseils de l'expérience. Il avait rédigé le plan d'une loi nouvelle qui devait être présentée dans la session à laquelle la mort l'empêcha de prendre part. On jugera des sentimens que lui avaient voués les ministres de sa religion, par l'extrait suivant du discours prononcé à ses funérailles par M. Boissard , pasteur de l'église protestante de la rue des Billettes :« N'oublions pas ces chapelles long-temps abandonnées qu'il a fait rouvrir à notre jeunesse dans les collèges royaux; n'oublions pas ces abondantes distributions de livres de religion et de morale faites par ses soins. Maintenant que sa voix est éteinte, demandons à Dieu avec ferveur, demandons-

lui , au nom de nos plus chers intérêts moraux , de susciter d'autres voix qui puissent parler avec la même éloquence , la même sagesse , et la même autorité. Nous avons perdu celui qui, avec un attachement invariable , honorait la croyance de nos pères, dont le grand nom et les travaux immortels répandaient tant d'éclat sur nos églises; qui s'était chargé de soutenir nos droits religieux avec un esprit de parlait désintéressement et avec la bienveillance la plus pure et la plus «'tendue. Que ne devons-nous pas à ce coup-d'œil pénétrant qui lui révélait tous les besoins de nos institutions, toutes les privations sous lesquelles nous avons si longtemps gémi ! Que d'améliorations ont eu lieu dans le cours d'un petit nombre d'années ! Avec quelle sagesse et quelle charité n'accueillait-il pas nos demandes , et quelle prospérité se fût levée sur nous par ses soins, si le Tout-Puissant lui eût permis de rester parmi nous ! »

Le titre de pair accordé à M . Cuvier n'était que la récompense méritée de ses longs et importans travaux ; et il prit place parmi ses nouveaux collèguesavec cette dignité calme à laquelle les honneurs n'apportent aucun changement. M. Cuvier n'avait pas sollicité celui-ci, et le sentiment

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(jue lui et sa famille éprouvèrent, lorsqu'il le reçut , fut tout autre chose que de la joie ; car ces nouveaux devoirs allaient , selon toute apparence , lui faire prendre une part plus active aux affaires publiques, dans un moment où l'avenir était incertain et menaçant. On connaît le vote que la Chambre des pairs regarda comme son devoir d'émettre pour conserver son existence comme corps, lors de la question d'hérédité (1). M. Cuvier, dans celte circonstance, se conforma naturellement à sa maxime de préférer le mal le plus léger, lorsque le mal ne pouvait être évité; mais lorsqu'il ne fut plus enchaîné par des circonstances aussi impérieuses , il défendit l'Université, et parla sur diverses questions de finances de manière à prouver qu'il était loin de rechercher la popularité. Le seul travail qui reste de lui dans les archives de la Chambre, est un rapport sur un projet de loi relatif aux céréales, qu'il composa dans l'espace des quelques heures. Mais ce peu d'heures de réflexions sur une matière aussi ardue et aussi délicate , lui suffirent pour produire un exposé parfaite-

(1) Dans le cas où l'opposition de la Chambre des Pairs se fût pro longée, celle des Députés menaçait de se former en assemblée constituante.

ment exact et suffisamment étendu des faits qui la dominent , des principes généraux qui la doivent régir, de la législation qui lui a été appliquée depuis un certain nombre d'années , et enfin des considérations qui militaient en faveur de la mesure proposée , et que la chambre a adoptée.

Pendant sa courte apparition dans cette chambre, M. Cuvier donna une preuve remarquable de l'étendue de ses talens législatifs. La discussion portait sur une question purement militaire; un si grand nombre d'arguuiens avaient été mis en avant , que l'affaire était devenue très- embrouillée et résistait à tous les efforts tentés pour la résoudre. M. Cuvier prit la parole , et sur-le-champ la présenta sous un point de vue nouveau et lucide qui mit fin à la discussion ; et cela , non par des motifs puisés dans les discours des orateurs qui l'avaient précédés , mais par une connaissance approfondie de la matière sous tous ses aspects.

La loi sur le cumul ( 1 ) des places l'eût privé , si elle eût été adoptée , du tiers de son revenu, mais il en attendit les conséquences

(i) Cette !oi avail pour but d'empêcher tout individu de toucher

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