QUATRIÈME PARTIE
En exposant dans la première partie de cet ouvrage les principaux évènemens de la vie de M. Cuvier, j'ai tâché de montrer ses progrès non interrompus dans la carrière de la gloire et des honneurs , et les circonstances qui ont favorisé ses efforts pour atteindre la perfection à laquelle il est arrivé. Dans la seconde , malgré les difficultés de l'entreprise et la conviction sincère de ma faiblesse, j'ai essayé de donner une idée de ses ouvrages, de ses découvertes les plus importantes, et des avantages immenses que la science a retirés des uns et des autres. Dans la troisième enCn, je me suis efforcé de mettre sous les yeux du lecteur tout le bien qu'il a fait, et tout le mal qu'il a prévenu; de sorte que j'ai ainsi passé en revue
tous ses titres à la reconnaissance et à l'admiration des hommes. Je vais peindre maintenant , d'une manière plus spéciale, le caractère, les vertus privées et les habitudes domestiques du grand homme que j'ai si souvent admiré au milieu de sa famille, entouré de ses amis, et faisant les honneurs de sa maison à un cercle nombreux composé d'hommes de tous les pays et de tous les rangs. Mais avant d'entrer dans ces détails , je sens que je dois réfuter, en m'appuyant sur les faits , les accusations dont il n'a que trop souvent été l'objet. Les hommes pardonnent rarement une supériorité inconstestable, même lorsqu'elle est, comme chez M. Cuvier, exempte de tout sentiment de vanité; ils pardonnent encore moins la fortune et les honneurs qui sont le résultat nécessaire de cette supériorité , et le grand nombre de places qu'occupait M. Cuvier l'a fait accuser d'ambition par ceux qui ne voyaient que ces places, sans tenir compte de son mérite et des éminens services que ses talens ont rendus à la France.
Il suffit, pour réduire au néant ces accusations injustes, de rappeler en peu de mots quelques-unes des circonstances disséminées dans
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cet ouvrage ; elles prouvent que, loin de rechercher et de solliciter des faveurs, AI. Guvier en a noblement repoussé plusieurs qui lui étaient offertes. Deux fois , il refusa la direction à vie du Muséum d'histoire naturelle, et à une autre époque, d'entrer au ministère , honneur auquel personne alors n'eut songé à se soustraire. La plupart des distinctions qu'il a reçues , lui ont été conférées lorsqu'il était absent , et d'une manière toul-à-faii inattendue. Ce fut pendant son voyage à Marseille, que l'Institut le choisit pour son secrétaire perpétuel , et pendant son séjour en Hollande qu'il reçut de Napoléon le titre de chevalier; il était à Rome lorsque le Moniteur lui apprit qu'il venait d'être nommé maître des requêtes; en Angleterre, lorsqu'il fut élu par l'Académie française; il vivait dans une retraite studieuse , en quelque sorte séquestré du monde , lorsque le titre de pair de France vint couronner sa carrière administrative ; enfin il gisait sur son lit de mort, lorsque sa nomination à la présidence du conseil d'Etat fut présentée à la signature royale ( 1 ). On peut donc dire ,
(i) Je ue compte pas parmi ces honneurs celui d'avoir fait partie Je presque tous les corps savaus des deux hémisphères, car tous se
sans s'écarter fie la stricte vérité , que les honneurs venaient au-devant de lui; et, maintenant que sa mort a opéré un si grand vide dans toutes les institutions, dans tous les corps savans et administratifs qui étaient fiers de le compter parmi leurs membres, et qu'il a si puissamment servis par ses travaux, n'est-il pas temps que ses actes , son noble désintéressement , obtiennent enfin justice , et que l'envie cesse de mêler sa voix aux témoignages d'admiration qui se font entendre de toutes parts ?
Il est encore un autre reproche que les inventeurs des systèmes renversés par M. Cuvier, n'ont pas craint de soulever contre lui. Ces hommes, blessésdansleùramour-propre ou dans leurs idées favorites, ont attribué à l'orgueil ou à un sentiment de jalousie , bien éloigné de sa grande ame , la réserve avec laquelle il admettait certaines explications des phénomènes de la nature , et son opposition aux théories incomplètes et défectueuses, dont sa pénétration et son vaste savoir lui découvraient au premier coup-d'œil les erreurs et l'insuffisance. Cette opposition était, au contraire, un des plus beaux
montraient empressés à rendre hommage à la supériorité de M. Cnvier, en l'appelant dans leur sein.