‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 33 sur 62 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

traits de son caractère ; car elle prouvait son amour de ia vérité, l'ardeur avec laquelle il savait la défendre, même aux dépens de son repos et le courage avec lequel il s'exposait aux inimitiés personnelles, lorsqu'il s'agissait de désabuser les jeunes gens de ces vaines théories dont le résultat inévitable est d'arrêter les progrès des sciences en donnant une fausse direction à l'esprit de ceux qui les cultivent. En parlant des théories générales, il disait quelque temps avant sa mort : « J'en ai cherché, j'en ai imaginé quelques-unes moi-même, mais je ne les ai pas fait connaître, parce que j'ai reconnu qu'elles étaient fausses , comme je crois que le sont toutes celles qui ont été publiées jusqu'à ce jour. Je dis plus; je disque, dans l'état actuel de la science, il est impossible d'en découvrir aucune; et c'est pour cela que j"observe, et que je préconise 1 observation, parce qu'elle seule peut amener à la découverte du fait qui conduira son auteur

à une théorie générale véritable Celait

ajoutait-il, est peut-être de peu d'importance par lui-même, mais, par rapport à la théorie, il deviendra le fait principal , la pierre angulaire de l'édifice. Il faut donc le chercher; •' faut faire marcher la science; mais il faut

I^ty MÉMOIRES SUR M. CUVIER.

se garder de la faire marcher à pas rétrogrades, comme on a fait quelquefois, et comme quelques naturalistes le font peut-être de nos jours. Il faut travailler, non dans le but de soutenir une théorie , car dans ce cas l'esprit étant préoccupé, n'aperçoit que les faits qui favorisent ses vues, mais dans le but de découvrir la vérité , parce que de la vérité se déduiront les vraies théories et les vrais principes philosophiques , la vérité étant à elle seule la philosophie (i). »

Les Français et les Allemands réclament également M. Cuvier pour leur compatriote; il serait difGcile de décider lequel a le plus de droits dans cette question , du pays qui lui a donné naissance, ou de celui qui a été le théâtre de ses travaux (2). Sa famille, ainsi que nous l'avons vu au commencement de ces Mémoires , était originaire du Jura ; la religion protestante qu'elle professait l'ayant obligée

(1) M. Laurillard.

(2) L'année dans laquelle M.. Cuvier vint au monde a été très-remarquable, car elle a vu naître Napoléon Bonaparte, qui a opéré dans la politique de l'Europe une révolution aussi importante mais moins durable que celle faite par M. Cuvier dans la science; le duc de Wellington , M. Canning, M. de Chateaubriand, sir Walter Scott , sir James Makintosh , naquirent également dans cette même année.

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