‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 34 sur 62 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

de quitter son pays , elle s'établit à Montbéliard, où quelques-uns de ses membres remplirent des emplois importans. L'oncle de M. Cuvier était ministre de la religion luthérienne, et son père officier dans un régiment suisse au service de France. J'insiste sur ces deux circonstances, parce que plusieurs écrivains sont tombés dans l'erreur, en avançant que M. Cuvier s'était d'abord consacré à l'Eglise , et qu'elles me donnent l'occasion d'en corriger une autre échappée au célèbre botaniste de Genève, M. Decandolle, ancien ami de M. Cuvier. Dans son éloge funèbre de M. Cuvier, M. Decandolle dit qu'il embrassa l'étal militaire ; assertion qui ne repose sur aucun fondement : il est très-probable que ces deux erreurs ont été la suite de quelque confusion entre le père , l'oncle et le fils.

C'est encore par erreur qu'on a prétendu que le génie de l'histoire naturelle ne s'était développé que tardivement chez M. Cuvier. Cela est si peu vrai, que, dès l'époque où il était à l'école préparatoire de Montbéliard, son plus grand plaisir était de lire Buûbn , de copier les planches de ses ouvrages, et de les colorier d'après les descriptions. Lorsqu'il fut arrivé

à Stuttgard, ses études prirent un vol plus élevé, et il choisit la faculté qui lui permettait de se livrera son goût favori. En avançant en âge , ce qui n'était que l'amusement de son enfance devint , pour ainsi dire , une passion , et il lut avidement tous les livres qu'il put se procurer sur l'histoire naturelle. Il disséqua les seuls objets qui fussent à sa portée, c'est-à-dire des insectes et des plantes ; il rassembla une riche collection des dernières, et découvrit dans les environs de Stuttgard plusieurs espèces dont l'existence n'y était point connue. Il gardait constamment dans sa chambre un certain nombre d'insectes qu'il nourrissait et dont il étudiait les mœurs. C'est à cette époque qu'il exécuta la plupart des dessins dont il a été question dans la seconde partie de cet ouvrage, et qui forment plusieurs gros volumes. Je possède deux de ces dessins qui montrent que, dès ses premières années, son habileté égalait déjà celle d'un maître. Connaissant son vif intérêt pour les productions de ce genre , je pris avec moi , dans un de mes voyages à Paris, une collection de dessins originaux pour la soumettre à son inspection; chaque soir, pendant tout le temps de mon séjour, il demandait à re-

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