QUATRIÈME PARTIE
aussitôt que M. Cuvier l'apprit, il accourut pour examiner ce trésor, et dans plusieurs séances il devint, à l'aide de son pinceau, ce précieux instrument de l'observation et de la mémoire, possesseur à son tour de Sa collection ; car en histoire naturelle , la représentation fidèle d'un objet est l'objet lui-même. Près de six années se passèrent ainsi, années terribles pour la France, mais calmes et profitables pour M. Cuvier. Cependant les soupçons jaloux et les fureurs de la révolution pénétrèrent jusque dans sa paisible retraite; et par suite d'une impulsion partie delà capitale, il allait se former à Fécamp une de ces sociétés qui armaient les citoyens les uns contre les autres, et qui produisaient les plus fâcheux résultats. M. Cuvier prévit le danger, et représenta aux propriétaires de Fiquainville et des lieux circonvoisins qu'il était de leur intérêt de constituer la Société eux-mêmes. Ce sage conseil fut adopté : • a Société fut organisée, M. Cuvier nommé secrétaire ; et au lieu de discuter des mesures sanguinaires , elle se consacra uniquement à l'agriculture. » J'ai déjà rapporté comment il arriva que M. Tessier vint chercher un refuge dans le voisinage , et la manière dont il fut dé-
couvert et accosté par M. Cuvier ; j'ajouterai maintenant, d'après l'Eloge de M. Pariset, qu'à la suite de cette reconnaissance , ils devinrent amis intimes « et que cette confiance parfaite qui existait entre eux, les rendait en quelque sorte nécessaires l'un à l'autre.» M. Tessier découvrait chaque jour dans son jeune ami, de nouveaux talens et de nouvelles perfections , et il fut émerveillé à la vue de ses nombreuses productions. Le 1 1 février il écrivait en ces termes à M. de Jussieu : « A la vue de ce jeune homme, j'ai éprouvé le même ravissement que ce philosophe qui, jeté sur un rivage inconnu, y aperçut des traces de ligures géométriques. M. Cuvier est une violette qui se cache sous l'herbe ; il a de grandes connaissances ; il dessine des planches pour votre ouvrage , et je l'ai engagé à nous faire cette année un cours de botanique. Il a promis de le faire, et je félicite mes élèves de l'hôpital de cette bonne fortune. Je me demande si vous pourriez trouver un meilleur professeur d'anatomie comparée ; c'est une perle qui est digne que vous la recueilliez J'ai concouru à tirer M. Delambre de sa retraite, et je vous prie de m 'aider à tirer M. Cuvier de la sienne, car il est fait pour la science et pour