QUATRIÈME PARTIE. .)0(j
scrupules, me chargea de répondre au solliciteur qu'il ne permettait jamais aux femmes de se mêler d'affaires : ce cependant , ajouta t-il , dites à votre protégé que s'il désire me voir et me demander mon avis, je le recevrai avec plaisir. » Il voulait évidemment m'épargner le regret de porter un brusque refus à une personne pour qui je pouvais avoir de l'estime.
Les soirées de M. Cuvier, qui avaient lieu tous les samedis, étaient les plus intéressantes de Paris. Là paraissaient tour-à-tour les savans , les hommes distingués de toutes les nations et de tout âge; tous les systèmes, toutes les opinions étaient également reçus. Le maître de la maison accueillait, encourageait chacun , montrait les plus grands égards à ceux qui étaient réellement dignes de cette distinction , invitait les jeunes gens , et les plus timides, à prendre part à la conversation , et s'efforçait de faire valoir chacun suivant ses mérites. Rien n'était banni de ce cercle, hormis l'envie, la jalousie et la médisance ; l'Europe entière y avait ses représentais. Y être admis c'étaitcontempler l'intelligence humaine dans toute sa splendeur, et l'étranger s'étonnait de se trouver en pré-
OIO MEMOIRES SUR AJ . CUVIEïi.
sencedes hommes les plus célèbres de l'Europe, et de causer familièrement avec des princes, des pairs, des diplomates, des savans, et le grand homme lui-même, qui les recevait, ainsi que le jeune étudiant du cinquième étage de l'hôtel voisin , avec la même urbanité. Peu lui importait la direction qu'ils eussent donnée à leurs talens ; peu lui importait leur fortune ou leur famille. Au-dessus de toute jalousie nationale, il respectait également tout ce qui était digne d'admiration. Il faisait des questions dans le but de s'instruire, comme s'il eût été un simple étudiant ; il était heureux lorsqu'il rencontrait un Ecossais qui parlât la langue celtique; il interrogeait chacun sur les usages et les institutions de sa patrie ; il conversait avec un jurisconsulte anglais comme si lui-même eût étudié cette profession en Angleterre. Il connaissait les progrès de l'instruction publique chez tous les peuples civilisés; au voyageur il adressait une foule de questions relatives à la partie du monde où il avait porté ses pas ; en un mot , pensant que chacun était à même de donner quelques renseignemens utiles , ii en obtenait des plus humbles individus , qui souvent s'étonnaient de l'intérêt qu'il prenait à des choses qui