QUATRIEME PARTIE. J I
soupçonnait le mal dans autrui , et qu'elle répandait un charme inconnu sur l'existence de tous ceux qui l'entouraient. Sa ressemblance avec M. Cuvier était frappante, et quoique ses yeux et sa chevelure fussent d'une couleur différente et plus foncée, on pouvait dans chacun de ses traits reconnaître ceux de son père, adoucis et modifiés par la beauté de Ja femme. Ses talens, sa modestie, la solidité de son jugement , sa charité inépuisable , son extrême piété, tout semblait indiquer qu'elle n'était pas faite pour habiter long-temps ce monde ; elle fut enlevée par une consomption rapide, que sa constitution recelait sans doute , depuis long-temps, qui avait déjà une ou deux fois donné des craintes pour elle , mais dont les progrès long-temps carries ne se manifestèrent avec une violence effrayante que six semaines avant sa mort, au milieu des joyeux préparatifs de son mariage. A partir de ce moment, un voile de deuil couvrit les lieux où elle avait vécu; long-temps, bien long-temps, le cœur brisé de sa mère n'eut pas la force de se prêter aux devoirs du monde ; elle renonça à la société pour n'y plus jamais rentrer , et les efforts héroïques et sans relâche de la fille qui lui restait, ainsi que les tendres soins de son
inari, ne purent l'arracher à sa douleur. Enfin, M. Cuvier ayant absolument besoin de quelques distractions chez lui, l'épouse tendre consentit ace que la mère au désespoir avait refusé; le salon où elle avait vu sa fille chérie rendre le dernier soupir demeura fermé . et l'une des bibliothèques fut consacrée aux réceptions du soir. Quelques anciens amis profitèrent les premiers de ce changement pour reprendre leurs visites; avec le temps d'autres les suivirent; mais le coup était porté , et pour ceux qui avaient connu Clémentine, ces soirées avaient perdu leur plusdoux charme. En vain M. Cuvier redoubla-l-il de prévenances envers ses hôtes; en vain sa belle-fille seconda- 1 -elle ses soins pour eux ; la mère affligée était là dans son abattement , faisant évidemment effort sur ellemême , mais sa pensée était trop clairement ailleurs; et ceux qui avaient connu Clémentine, expliquaientauxélrangers lacause de cettepréoccupation , à voix basse et avec de tristes regards. Un second effort fut fait, et le salon fermé fut ouvert de nouveau aux amis de M. Cuvier; mais il ne sembla ne l'avoir été que pour recevoir son dernier soupir. Aujourd'hui ce salon est toujours ouvert; sa veuve restée seule avec sa