‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 49 sur 62 · QUATRIÈME PARTIE. 7) I · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. 7) I

fille dévouée, l'habitent constamment , entourées toutes deux des portraits de ceux qu'elles ont aimés, et se réfugiant, dans le souvenir du passé avec un douloureux plaisir.

Après la mort de sa propre fille, M. Cuvier devint, s'il est possible, encore plus attaché à mademoiselle Duvaucel ; jamais il n'avait fail dans sa conduite aucune différence entre elle et mademoiselle Cuvier; mais la mort de celleci lui rendit les soins de sa belle-fille plus nécessaires encore, et joignit à son affection pour elle un sentiment d'inquiétude que de douloureux souvenirs éveillaient sans cesse et qui se manifestait de la manière la plus touchante, soit qu'il aperçût sur son visage quelques traces de souffrance, soit qu'il l'entendît tousser, symptôme qui lui causait toujours un grand effroi et semblait rouvrir toutes les plaies de son cœur.

En i83o, M. Cuvier, ainsi que nous l'avons vu, visita pour la dernière fois l'Angleterre, accompagné de mademoiselle Duvaucel, de la présence de laquelle sa mère avait consenti à se priver; car lel était le dévouement avec lequel toutes deux s'étaient données à sa personne, qu'il ne pouvait se passer d'avoir constamment

l'une ou l'autre auprès de lui. Ce voyage ayant eu lieu, par hasard, au moment où venait d'éclater la révolution de juillet, quelques bruits coururent à Londres qu'ils étaient partis pour fuir le danger. Le fidèle valet de chambre de M. Cuvier, apprenant ce qui ce disait à ce sujet dans les environs de l'hôtel qu'il habitait, se hasarda à le rapporter à son maître, et lui demanda s'il ignorait réellement les événemens qui allaient se passer au moment de son départ. « Croyez-vous, Lombard, répondit doucement M. Cuvier, que si j'eusse eu connaissance de ce qui allait avoir lieu , j'aurais abandonné madame Cuvier?» Pour ceux qui connaissaient l'homme, cette réponse était la meilleure réfutation d'un pareil bruit. La vérité était , qu'ayant si rarement la possibilité de s'absenter, et sentant la nécessité de se rendre en Angleterre pour quelques recherches scientifiques relatives à son grand ouvrage sur les poissons, que sa santé affaiblie par des travaux excessifs , exigeant , en outre , un changement d'air, de simples craintes ne pouvaient lui faire abandonner un projet dont l'exécution avait déjà été traversée par un concours singulier de circonstances. Dabord il avait été impossible que M. Cuvier quittât mo-

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