‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 50 sur 62 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

mentanément le secrétariat de l'Académie des Sciences , dont les travaux avaient été doublés par la mort de son collègue, le baron Fourier, jusqu'à ce que M. Arago fut élu à la place de ce dernier. Ensuite il lui avait fallu lire ses beaux éloges de sir Humphry Davy et de M. Vauquelin, dont j'ai déjà parlé, à la séance générale de l'Institut, et cette séance ayant été remise, avait apporté un nouvel obstacle à son départ. J'ai déjà dit comment il avait été induit en erreur par le calme apparent qui régnait dans Paris le matin du jour où il le quitta , et les motifs qui l'engagèrent à continuer sa route, même après qu'il eut pris à Calais la résolution de revenir sur ses pas.

Puisque j'ai parlé de la séance générale des Académies du 26 juillet , je m'y arrêterai un instant pour détruire un fait controuvé qui a beaucoup circulé en Angleterre. On a prétendu qu'une querelle avait eu lieu, ce jour-là , avant la séance, entre M. Cuvier et M. Arago, querelle dans laquelle on avait eu beaucoup de peine à empêcher le premier de tirer son épée. Ce qui a pu donner naissance à ce bruit , c'est que M. Arago devait, dans cette solennité, prononcer l'éloge de M. Fresnel, dans lequel il

avait inséré un passage très-violent contre le ministère Clermont-Tonnerre , passage qu'on eût pu aisément appliquer au gouvernement d'alors. M. Cuvierfit entendre à M. Arago qu'il serait plus sage et plus prudent d'omettre à la lecture cette partie de l'éloge, et d'éviter tout ce qui pouvait exciter les esprits dans un pareil moment. Ce conseil fut donné de la manière la plus amicale , et M. Arago ayant défendu son passage avec beaucoup de chaleur , M. Cuvier n'insista pas davantage. Quelques instans après, les deux secrétaires parurent ensemble en présence du public, dans la salle de l'Institut, et au sortir de la séance. M. Arago alla dîner chez M. Cuvier; ils passèrent paisiblement la soirée ensemble, sans se douter que la simple différence d'opinion qui avait existé entre eux, se convertirait, en passant le détroit, en une querelle violente et presque meurtrière.

M. Cuvier avait d'abord été dans l'intention de prendre la route de Douvres; mais, à la prière de mademoiselle Duvaucel, il remonta la Tamise et débarqua à la Tour. Depuis, il se félicita souvent de cette condescendance à laquelle il dut de voir les bords de la Tamise et les milliers de navires qui la sillonnent, spectacle

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