‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 51 sur 62 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

dont aucun étranger ne peut se former une idée sans l'avoir vu. A son arrivée à Londres , il consacra une de ses premières sorties à voir toutes les caricatures nouvelles ; car il admirait beaucoup nos productions dans ce genre , et il possédait déjà une riche collection des meilleures qui eussent été publiées. Elles n'étaient pas un simple amusement pour lui, mais il les regardait comme des monumens curieux de l'histoire morale et politique de certaines époques ; souvent au milieu d'une conversation sérieuse sur les événemens de notre temps ou voisins de nous , il lui arrivait de citer diverses circonstances que la vue d'une caricature anglaise avait gravées dans sa mémoire. Pendant les quinze jours qu'il passa à Londres , il fut dans un mouvement continuel; mais l'inquiétude que rui faisaient éprouver les événemens politiques troublait tous ses plaisirs. Un accident dû au hasard ayant retardé Tune des lettres que madame Cuvier lui écrivait chaque jour, il ne put goûter aucun repos pendant ces heures d'attente. Un matin il entra subitement, et sans s'annoncer, dans la chambre où j'étais avec mademoiselle Duvaucel, et nous embrassa toutes deux en s'écrianl : « Enfin j'ai des nouvelles de

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ma femme ! » Il nous lut ensuite Ja lettre , et nous demanda si nous n'étions pas aussi heureuses que lui ; puis il nous quitta , le cœur évidemment plein de joie , et sortit pour un rendez-vous au Muséum Britannique. Il profita de son séjour pour prendre un grand nombre de notes, et exécuter plusieurs dessins relatifs à ses ossemens fossiles et à son ichthyologie; le peu d'heures qu'il dérobait à ces travaux étaient employés à visiter les curiosités de la ville. L'aimable et spirituel baron Seguier, mort depuis, était alors consul-général de France à Londres, et notre petit cercle se réunissait souvent chez lui; les événemens qui se passaient alors en France étaient constamment l'objet de la conversation; et ces deux hommes éclairés prédirent une partie de ceux qui sont arrivés depuis. M. Cuvier visita aussi Richmond qu'ij avait souvent entendu vanter; ce jour-là, le ciel était à l'orage avec des alternatives de pluie et de soleil qui ajoutaient encore à l'effet de la scène, et à cette occasion, M. Cuvier remarqua, qu'avec un pareil ciel sur un si beau pays, il ne fallait pas s'étonner de la perfection à laquelle les Anglais ont porté le talent du paysage. Il avait l'intention de revoir Oxford, et de visiter Cambridge qu'il ne connaissait que par descrip-

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