‹ Mémoires du baron Georges CuvierChapitre 53 sur 62 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

travaillé à perfectionner ses vues profondes sur la science et la législation , et il était sur le point de livrer au monde le résultat de ses recherches et de ses méditations scientifiques. « Son intention était de revoir tous ses ouvrages , de les mettre au niveau des dernières découvertes, et d'en déduire ensuite toutes les conséquences , tous les principes généraux, qui lui paraissaient découler de cette réunion de faits, quoiqu'il regardât comme impossible , dans l'état actuel des connaissances humaines, d'établir une théorie générale. Toutes ses études, toutes ses méditations l'avaient convaincu de la vérité de ce principe philosophique, que les êtres organisés existent pour une fin , dans un but spécial; cependant il n'admettait aucune théorie scientifique, et soutenait avec toute son énergie qu'il n'était pas encore possible d'en établir aucune ( i). « Mais la Providence, dans ses vues impénétrables, nous a refusé jusqu'à la publication de ces faits et de leurs conséquences; peut-être n'étions-nous pas encore dignes d'être initiés aussi profondément aux mystères de la création que l'était celte pro-

(i) M. Laurillard.

.)2D MEMOIRES SUR M. CLVIER.

digieuse intelligence ; et je n'ose pas avancer que la mort de M. Cuvier a été prématurée, dans la crainte d'attaquer les décrets de cette Providence à qui nous devons l'existence de ce puissant génie , et qui l'avait prêté à la terre afin qu'il lui dévoilât les plans de l'éternelle sagesse , et qu'il l'éclairât par ses exemples.

M. Cuvier avait cherché l'oubli des orages qui grondaient au dehors de sa retraite , dans un surcroît d'application à ses travaux ordinaires : il n'allait plus que rarement dans le monde, et avait renoncé aux distractions qu'il s'était permises jusque-là. Le choiera exerçait ses ravages autour de lui ; il le voyait frapper les jeunes et les forts, ceux qu'il aimait et ceux dont les services étaient nécessaires à l'État. Les émeutes renaissaient chaque jour dans les rues de Paris , en même temps que l'épidémie frappait indistinctement toutes les classes de la population. Il ne s'occupa donc plus que de remplir ses devoirs publics, et retournait à ses travaux avec une ardeur qui, ajoutée à la tristesse du moment dont il avait sa part , devait nécessairement attaquer chez lui les sources mêmes de la vie. Personne , cependant, ne pouvait prévoir l'effet qui en

Page 1