QUATRIÈME PARTIE
résulterait pour sa constitution : il assurait lui-même n'avoir jamais travaillé avec plus de plaisir, et il avançait rapidement non-seulement, dans ses ouvrages déjà commencés, mais encore dans ceux qu'il préparait pour l'avenir. Le mardi 8 mai , il ouvrit au Collège de France la troisième et dernière partie de son cours sur l'histoire des sciences, en résumant tout ce qu'il avait dit dans ses leçons précédentes. Il s'éleva avec force contre cette hérésie en histoire naturelle , qui veut ramener tous les êtres de ce vaste univers à une pensée isolée et systématique, et faire des progrès du moment un temps d'arrêt et un obstacle pour l'avenir ( i ). Il indiqua ce qui lui restait à dire sur le globe et les changemens qu'il a éprouvés , et annonça son intention de développer sa propre manière d'envisager l'état actuel de la création, étude sublime dont la mission est de ramener l'intelligence humaine qui méconnaît les choses en les assujettissant a des systèmes étroits, à cette intelligence suprême qui les gouverne , les éclaire et les vivifie toutes, et leur donne leur indivi-
(i) Il s'agit ici de l'unité de composition. Ce passage et les su i van s sont extraits de ce qu'a écrit, sur cette admirable leçon, un des auditeurs les plus distingués, M. le baron de H.
Ô-lS MÉMOIRES SUR M. CUVIER.
dualité parfaite , parce qu'elle ne laisse manquer aucune d'elles des conditions nécessaires à son existence , à cette intelligence enfin qui révèle tout et que tout révèle , qui renferme tout et que tout renferme. Il y avait dans cette dernière partie de la leçon un calme et une justesse de perception , une révélation franche de la vie intime et complète de l'observateur religieux, rappelant involontairement le livre qui parle de la création à tout le genre humain , la Genèse. Ce rapport plutôt évité que cherché , qui ne se trouvait pas dans les mots , mais dans les idées, parut se faire jour tout à coup lorsque le professeur prononça ces paroles : « Chaque être renferme en lui-même , dans une variété infinie et une prédisposition admirable , tout ce qui lui est nécessaire; chaque être est parfait et viable, selon son ordre, son espèce et son individualité.» Nulle part formulée, il y avait dans toute cette leçon une omniprésence de la cause suprême. On touchait par l'examen du monde visible au monde invisible ; l'examen de la création évoquait nécessairement la présence du créateur; on eût dit que le voile qui la recouvre allait être déchiré, et que la science allait révéler la sagesse éternelle. Aussi les dernières paroles de