QUATRIÈME PARTIE
les deux bras furent pris , et la paralysie du pharynx fut complète. Une forte saignée qui fut faite alors ne le soulagea point; à partir de ce moment, il ne se fit aucune illusion sur son état, et dicta ses dispositions testamentaires avec un calme parfait, avec une tendre sollicitude pour celles dont les soins et l'affection avaient embelli sa vie , et pour ceux qui l'avaient aidé dans ses travaux scientifiques. Il ne put signer luimême cet acte ; mais quatre témoins en attestèrent la validité. Il fit ensuite dresser par M. Royer, chef de bureau de l'administration du Jardin, un état des dépenses qu'il avait faites sur sa propre fortune dans la maison qu'il occupait, afin que cette pièce servît de titre à madame Cuvier près du gouvernement pour en obtenir la jouissance quand il ne serait plus. Les assistans étaient plongés dans la douleur la plus profonde. M. Cuvier seul se montrait calme; et quoique bien convaincu que toutes les ressources de la médecine ne serviraient à rien , il se soumit sans résistance , par tendresse pour les êtres chéris qui l'entouraient , à tous les remèdes qu'on lui imposa. Dans la nuit , le mal augmenta, ot des célébrités médicales furent appclé-ps on consultation ; des vomitifs furent
introduits dans l'estomac , à l'aide d'une sonde , et , de môme que les autres remèdes , ils ne produisirent aucun effet. Le vendredi se passa en efforts inutiles pour arrêter les progrès du mal, et peut-être ne servirent-ils qu'à accroître les souffrances du malade. Vers le soir, la paralysie gagna les jambes ; la nuit fut pénible et inquiète; la voix s'embarrassa, quoique les paroles fussent encore parfaitement distinctes. Il indiquait le siège du mal , et il ajouta pour ceux qui pouvaient le comprendre : « Ce sont les nerfs de la volonté qui sont malades, » faisant allusion aux belles et récentes découvertes de sir Charles Bell et de Scarpa sur le double système des nerfs de la colonne dorsale (i). Il désignait par des ordres précis et clairs les changemens de position que la sensibilité , restée intacte dans les membres paralysés , lui faisait désirer. Cet état ne cessa de toute la journée du samedi 12 ; on le transporta de sa modeste chambre à coucher dans ce salon où il avait été l'aine et la vie du monde savant; et quoiqu'il articulât difficilement, il parlait à sa famille, aux médecins et
(1) Un mois avant sa maladie, M. Cuvier avait )u un rapport à l'Institut sur un mémoire de Scarpa, relatif à cette distinction entre les nerfs de la volonté et «eux de la sensibilité,