QUATRIÈME PARTIE
redressa sa tête ; et la laissant retomber dans la position de celle d'un homme qui médite, il rendit sans efforts sa grande ame à son créateur.
Celui qui serait entré en ce moment, aurait cru que le beau vieillard, assis dans un fauteuil, auprès de la cheminée , n'était qu'endormi , et se serait retiré sans bruit de peur de troubler son sommeil, tant il aurait eu de peine à croire que cette noble et calme figure , ce front si pur et si beau, cette bouche paisible, venaient d'être touchés par la main glacée de la mort; mais en contemplant le désespoir profond et déchirant, les muettes angoisses des assistans , il se serait convaincu que tous les efforts humains étaient inutiles, et que le ciel avait repris ce qui lui appartenait (i).
La modeste fortune que laisse M. Cuvier à sa famille suffirait , à défaut d'autres circonstances, pour prouver le parfait désintéressement, la généreuse libéralité de son caractère ,
(i) Dans cette même année, l'Allemagne a perdu son vénérable Goethe. La Fiance, outre M. Cuvier, a été privée de Champolliou, de Casimir Périer et d'Abel Remusat; l'Angleterre, de sir Walter Scott et sir John Leslie. L'année précédente , celle-ci avait encore fait de plus grandes pertes par la mort de sir Humphrey Davy, du docteur Young, du docteur Wollaslon , etc.
et les dépenses qu'il a faites avec tant d'abandon pour l'avancement de la science. Après avoir rempli de si hautes fonctions dans l'État , après avoir été chargé, sous l'empire , de missions, dont un homme avide eût profilé pour s'enrichir, le fruit tout entier de ses économies ne s'élève qu'à cent mille francs (i). Sa bibliothèque lui avait coûté autant ; en outre , jamais il n'hésitait à se procurer de toutes les parties du monde, à ses frais, des objets d'histoire naturelle, non pour les garder, mais pour en faire don au Muséum. Si à cela
(i) Outre les livres qu'achetait lui-même M. Cuvier, sa bibliothèque s'augmentait de ceux publiés aux frais du Gouvernement, qui lui en offrait toujours un exemplaire, et des dons nombreux qu'il recevait des auteurs de toutes les parties du monde , qui s'empressaient de lui donner cette marque de respect , même lorsque leurs ouvrage-, n'étaient pas relatifs à l'histoire naturelle. Us se montent, tous compris, à plus de dix-neuf mille volumes, sans compter les brochures, les atlas, etc.; beaucoup portent en marge les notes de M. Cuvier. Il était vivement à souhaiter que cette bibliothèque restât entière, et madame Cuvier ayant désiré que cela fût ainsi, les légataires, qui étaient M. Frédéric Cuvier, son fils, M. Valenciennes et M. Laurillard, s'y prêtèrent sans hésiter, et le gouvernement cousentit à acheter la collection complète. Les fonds nécessaires pour cette acquisition ont été votés en même temps que la pension de madame Cuvier; seulement il est à regretter que la valeur des livres ait subi une si forte baisse en France dans ces dernières années, et encore plus qu'il n'existe aucun bâtiment où l'on puisse déposer cette bibliothèque, et où le pu-